Wonder Mama ou l’éloge tendre des mères imparfaites par Gwénola Morizur et Céline Ziwès

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Gwénola Morizur
Gwénola Morizur et Céline Ziwès

La maternité sans cape ni mensonge : avec Wonder Mama, Gwénola Morizur et Céline Ziwès déplacent le mythe de la mère héroïque vers une expérience plus vraie, plus fragile, plus partageable. Entre fatigue, humour, corps et sororité, l’ouvrage rappelle qu’une mère n’a pas besoin d’être invincible pour être admirable.

Porté par deux créatrices installées dans l’écosystème rennais, Wonder Mama réunit Gwénola Morizur, autrice née dans le Finistère mais vivant et travaillant à Rennes, et Céline Ziwès, illustratrice rennaise. L’ouvrage et la lecture dessinée qui l’accompagne posent un regard sensible sur les joies, les épuisements, les contradictions et les solidarités de la maternité. Ici, la mère n’est pas une super-héroïne parfaite. Elle tâtonne, recommence, rit, pleure, demande parfois de l’aide, et c’est précisément là que commence sa puissance.

Wonder Mama joue avec l’imaginaire de la super-héroïne pour mieux le retourner. Il ne s’agit pas de célébrer une mère toute-puissante, capable de tout porter sans fléchir, mais de regarder ce que la maternité fait au corps, au sommeil, au désir, au couple, au temps disponible, à l’amitié, à la confiance en soi. Le livre avance dans cette zone rarement dite où l’amour le plus intense peut cohabiter avec l’épuisement, la joie avec la colère, la tendresse avec l’envie de reprendre souffle.

Gwénola Morizur, autrice et scénariste, explore depuis plusieurs livres les liens, la nature, les personnages sensibles et les trajectoires de femmes. Dans Wonder Mama, elle entre dans une matière plus directement intime et poétique. La maternité devient un territoire ambivalent : lieu d’amour, mais aussi d’usure ; puissance de vie, mais aussi expérience sociale souvent invisibilisée. Elle donne une intensité nouvelle aux jours, tout en exposant à la charge mentale, à l’injonction à bien faire et à l’idéal impossible de la mère toujours disponible.

« WONDER MAMA propose un regard sensible, parfois drôle ou émouvant, sur la maternité, ses joies et ses épuisements, le corps et la sororité. »

Cette phrase de présentation dit l’essentiel. L’ouvrage ne choisit pas entre l’émerveillement et l’usure. Il fait tenir ensemble les sentiments contradictoires que les discours convenus sur la maternité séparent trop souvent. Une mère peut aimer son enfant et se sentir débordée. Elle peut être heureuse et fatiguée. Elle peut rire de ce qui, la veille, l’a mise au bord des larmes.

Wonder Mama, livre de Gwénola Morizur et Céline Ziwès

La présentation du spectacle associé à l’ouvrage le formule avec une justesse concrète. Elle évoque « les joies, les doutes, les peurs, les colères aussi parfois », puis cette succession fidèle à l’expérience parentale : « Tâtonner, encore et toujours. Essayer. Recommencer. Se tromper. En rire ou en pleurer. » Ces mots donnent à Wonder Mama sa couleur véritable. La maternité n’y est pas un accomplissement lisse, mais une pratique quotidienne, parfois chaotique, faite d’ajustements, de maladresses, de scènes minuscules et de recommencements.

« Tâtonner, encore et toujours. Essayer. Recommencer. Se tromper. En rire ou en pleurer. »

Ce qui rend le projet précieux, c’est cette réhabilitation de l’imperfection. La maternité contemporaine est souvent prise entre deux images écrasantes : la mère sacrificielle, qui disparaît derrière le soin, et la mère performante, organisée, informée, active, capable d’optimiser l’allaitement, le sommeil, l’éducation, l’alimentation et l’équilibre émotionnel de toute la maisonnée. Wonder Mama fissure ces deux modèles. La « wonder mama » n’est pas celle qui réussit tout. C’est celle qui accepte de ne pas être parfaite.

« Accepter d’être une mère imparfaite, quand tout nous échappe et qu’on aimerait s’enfuir pour prendre un peu l’air. »

La présence de Céline Ziwès donne au projet une dimension visuelle essentielle. Dessinatrice, facilitatrice graphique et autrice, elle accompagne Gwénola Morizur dans la forme performée de Wonder Mama. Les présentations publiques décrivent un dessin réalisé en direct, « à l’encre, aux pastels, à l’eau, avec des papiers découpés, des trésors glanés ça et là ». Cette diversité de gestes correspond à la matière même du sujet : la maternité n’est pas un trait unique, mais une superposition, un collage, une reprise, une trace, un débordement.

Gwénola Morizur

On imagine alors une œuvre située entre poésie, récit intime et bande dessinée sensible. Wonder Mama ne cherche pas le grand effet démonstratif. Il avance par scènes, sensations, éclats de vécu : un sourire fatigué, un corps qui change, un enfant qui appelle, une amie qui comprend, une colère que l’on n’ose pas toujours nommer, une main qui dessine pendant qu’une voix raconte.

La sororité occupe une place décisive. Elle n’est pas un slogan, mais une nécessité. Dans Wonder Mama, demander de l’aide n’apparaît plus comme un aveu d’échec. C’est une manière de rompre avec le mensonge social du « tout va bien ». Les mères savent souvent reconnaître chez les autres ces sourires fatigués qui disent l’inverse de ce qu’ils affichent. Le livre semble naître de cette reconnaissance discrète, de cette solidarité entre femmes qui n’efface pas les difficultés, mais permet de les dire sans honte.

« Accepter aussi de demander de l’aide, arrêter de prétendre que tout va bien alors que les sourires fatigués disent exactement le contraire. »

L’intérêt de Wonder Mama dépasse donc le seul récit de maternité. Le livre rejoint une conversation plus large sur le travail invisible du soin, la fatigue féminine, la culpabilité parentale et la solitude des jeunes mères. Il ne noircit pas la maternité ; il la délivre de son vernis obligatoire. L’humour y devient une respiration, une distance, une complicité. Rire, ici, n’est pas esquiver la difficulté, mais transformer une expérience parfois écrasante en récit partageable.

Wonder Mama peut toucher les parents, les jeunes mères, les lecteurs de récits graphiques intimes, mais aussi toutes celles et ceux qui souhaitent sortir des représentations idéalisées de la maternité. Sa force tient à cette simplicité apparente : dire que la maternité est belle, oui, mais qu’elle est aussi traversée de peur, de fatigue, de ratés, de corps transformés et de besoins de soutien. Dire que l’amour maternel n’a pas besoin du mensonge de la perfection pour être immense.

Note des bibliothécaires des Champs Libres : ★★★★☆ — Sensibilité : maternité, corps, fatigue et tendresse. Humour : une manière légère d’aborder des réalités parfois lourdes. Sororité : un livre qui défait le mythe de la mère parfaite. Forme : une œuvre née aussi d’une lecture dessinée, entre voix, poésie et images en direct. Une recommandation douce, utile et incarnée.

Fiche technique
Autrice : Gwénola Morizur
Dessinatrice : Céline Ziwès
Titre : Wonder Mama
Éditeur : Les Bonnes Feuilles / Poésie.io
Date de parution : 22 décembre 2025
Format : A5, intérieur noir et blanc
ISBN : 978-2-38648-431-5
Prix indicatif : 16,90 €

Recommandation réalisée dans le cadre du partenariat Les Champs Libres – Unidivers.fr, rédigée par les bibliothécaires des Champs Libres et Nicolas Roberti. Vous pouvez consulter et emprunter cet ouvrage à la bibliothèque de Champs Libres.