Installé à Rennes, Alexy Large a connu les circuits de l’industrie musicale, les collaborations visibles et les logiques de performance. Aujourd’hui, l’artiste franco-québécois défend une voie plus indépendante et plus personnelle. Avec Maman, chanson intime écrite dans un contexte familial éprouvant, et un EP en préparation, il revendique un rapport plus direct à la création.
Auteur, compositeur, producteur, arrangeur, interprète, Alexy Large assume un parcours multiple. Cette polyvalence lui a offert une grande autonomie, mais elle l’a aussi parfois rendu plus difficile à classer dans un milieu friand d’étiquettes. Passé par les rouages du label, de la promotion et des collaborations à grande échelle, il dit avoir beaucoup appris de cette expérience, tout en prenant progressivement ses distances avec une industrie qu’il juge parfois trop soumise aux logiques de rendement.
Ce recentrage semble trouver un point d’équilibre dans Maman, morceau personnel écrit pour sa mère. Sans chercher le pathos, Alexy Large y revendique une écriture plus nue, plus sincère, plus proche de ce qui l’a conduit à faire de la musique. Cette démarche accompagne aujourd’hui un choix plus large : celui de l’indépendance, avec ce qu’elle suppose de liberté, mais aussi de solitude, de charge mentale et de travail invisible.
Rennes, où il vit et travaille, représente pour lui un point d’ancrage. Il y a installé son studio et dit y trouver une stabilité précieuse. Une base depuis laquelle il entend poursuivre sa route, tout en restant ouvert à des collaborations locales.
Vous vivez à Rennes depuis quelques années. Qu’est-ce que cette ville représente dans votre parcours ? Un lieu de retrait, de reconstruction, de travail, d’équilibre, ou une véritable terre d’inspiration ?
J’adore Rennes. Et pourtant j’adore aussi Miami et Madrid, j’ai vécu des choses fortes dans plein d’endroits. Mais Rennes, c’est différent, c’est difficile à expliquer. C’est là que j’ai mes repères, mes amis, ma famille. Il y a une énergie dans cette ville que j’aime profondément. C’est pas juste un endroit où je vis, c’est un endroit où je me sens chez moi. Mon studio est ici, ma vie est ici. Et quand tu te sens ancré quelque part comme ça, ça se ressent dans la musique. T’es plus posé, plus connecté à ce que tu fais. Rennes me donne cette stabilité-là, et en même temps cette ville a un truc vibrant qui me nourrit au quotidien.
Vous dites aujourd’hui être amoureux de la musique, mais moins de l’industrie. À quel moment cette fracture est-elle devenue claire pour vous ?
Alexy Large : Ce n’est pas venu d’un seul moment, mais plutôt d’une accumulation. J’ai vu des projets dans lesquels j’avais mis mon âme être traités comme de simples produits. J’ai vu des décisions humaines et artistiques prises pour des raisons purement marketing. À force, cela use. La musique, elle, ne m’a jamais trahi. C’est le système autour qui fatigue. Aujourd’hui, j’aime créer, j’aime le studio, j’aime la scène. Le reste, je le gère, mais je ne le subis plus.
Votre morceau Maman semble marquer un déplacement important. Avez-vous eu le sentiment de revenir à quelque chose de plus essentiel ?
Alexy Large : Oui, complètement. Maman, c’est sans doute le morceau le plus brut que j’aie jamais écrit. Il n’y avait pas de brief, pas de direction imposée. Cela est sorti de moi, point. Quand on vit quelque chose d’aussi fort que la maladie de sa mère, on n’a plus envie de romancer. Il ne reste plus que soi, son émotion, et un micro. C’est aussi comme cela que j’ai retrouvé pourquoi j’avais commencé la musique.
L’indépendance est souvent présentée comme un espace de liberté. Quel en est, pour vous, le vrai prix ?
Alexy Large : Le vrai prix, c’est le temps et l’énergie mentale. Quand on est indépendant, on doit tout assumer. Il y a des jours où l’on se sent artiste, et d’autres où l’on se sent chef d’entreprise. La solitude existe vraiment. Mais malgré cela, je ne reviendrais pas en arrière. Le prix de la liberté reste toujours moins lourd que celui de renoncer à être soi-même.
Qu’aimeriez-vous que l’on comprenne d’Alexy Large que les réseaux et les chiffres ne racontent pas ?
Alexy Large : Que derrière les posts et les clips, il y a quelqu’un qui doute, qui travaille, qui se remet en question tous les jours. La musique, pour moi, ce n’est pas un plan de carrière. C’est quelque chose de vital. Chaque morceau que je sors aujourd’hui est, à sa manière, un petit acte de courage.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous importe le plus : être vu, être entendu, ou être juste ?
Alexy Large : Être juste, sans hésiter. Être vu peut être très creux. Être entendu, c’est déjà mieux, mais cela ne suffit pas si ce qu’on entend ne me ressemble pas. Être juste, c’est être aligné. C’est sortir un morceau qui correspond à ce qu’on ressent vraiment, sans filtre et sans calcul.









