Bulles en fureur : cap sur la sélection 2026, la BD comme outil d’expression et d’émancipation pour les jeunes suivis par la PJJ.
« Bulles en fureur » n’est pas qu’un prix de bande dessinée : c’est une manifestation culturelle nationale portée par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), qui mobilise la lecture, l’argumentation et la création au service de l’insertion. Pendant des mois, des jeunes accompagnés par la PJJ lisent une sélection, échangent, débattent, votent, rencontrent parfois des auteurs et fabriquent, au fil des ateliers, une confiance qui se reconstruit autant dans les mots que dans les images.
Et, parce que le dispositif ne s’arrête pas au palmarès, le jour de la remise du prix littéraire André-Georges Hamon devient aussi un moment décisif au plan pédagogique : c’est là que les jeunes contribuent à choisir les bandes dessinées qui accompagneront l’édition suivante. La sélection 2026, plébiscitée lors de la journée nationale du 13 février 2025, est désormais le fil rouge de l’année 2025-2026, avant la proclamation des lauréats en 2026.
Un prix né à Rennes, devenu un rendez-vous national à Angoulême
Créé en 1992 par André-Georges Hamon, éducateur PJJ, et Alain Noblet, libraire et ancien éducateur, Bulles en fureur a longtemps eu une forte coloration rennaise, puisque la manifestation a pris racine à Rennes jusqu’à la fin des années 2010. Depuis 2020, l’organisation de cette manifestation nationale est déléguée à la direction interrégionale de la PJJ Sud-Ouest, tandis que la journée de remise des prix se tient à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, à Angoulême, ville qui assume pleinement son rôle de capitale française de la BD.
Comment ça marche, concrètement
- Deux catégories : préadolescents et adolescents.
- Une sélection de six BD (trois par catégorie), qui est lue tout au long de l’année par les jeunes engagés dans le dispositif.
- Un vote individuel, qui permet de choisir les albums lauréats du prix André-Georges Hamon.
- Un versant créatif, avec le concours « Jeunes créateurs » (écrits, arts plastiques, œuvres numériques), grâce auquel la lecture devient aussi matière à produire.
- Un temps fort national, la journée de remise des prix à Angoulême, au cours de laquelle les jeunes votent aussi pour préparer l’édition suivante.
Le 13 février 2025 : une remise des prix, et une passerelle directe vers 2026
La 32e édition s’est clôturée à Angoulême, le 13 février 2025, lors d’une journée organisée par le ministère de la Justice en partenariat avec la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, et avec l’appui du ministère de la Culture. L’événement, non ouvert au public, rassemble des jeunes et des équipes éducatives venus de toute la France, et rappelle une règle essentielle, qui protège les mineurs au plan juridique comme au plan éthique : l’anonymat physique et patronymique doit être strictement respecté.
Au terme des votes de l’édition, les lauréats suivants ont reçu le prix André-Georges Hamon :
- Catégorie préadolescents : Elliot au collège — Théo Grosjean (Dupuis, 2023).
- Catégorie adolescents : Le Cœur en braille — Joris Chamblain, Pascal Ruter, Anne-Lise Nalin (Dargaud, 2023).
La sélection 2026 : six titres soumis au vote, puis trois “élus” par catégorie
Pour préparer l’édition 2026, la mécanique est à deux étages : un jury retient, par catégorie, trois bandes dessinées et six titres qui sont proposés au vote lors de la journée nationale. Les albums qui recueillent le plus de suffrages rejoignent ensuite la sélection officielle 2026, laquelle accompagnera les jeunes tout au long de l’année 2025-2026.
Dans une publication de la PJJ Nouvelle-Aquitaine, l’édition 2026 est annoncée comme “l’édition qui s’ouvre”, et la liste des titres plébiscités par les jeunes lors de la remise des prix du 13 février 2025 est explicitée. Les signataires de cette publication sont : Caroline Nisand, James Garde, Corinne Pouit, Jérôme Valere, Olivier Brelot, Jean-Philippe Martin, Charlotte Grondin, Nour-Eddine Mrani et Manon Larrieu.
Sélection 2026 : catégorie préadolescents
- L’île du crâne (t.1 Groosham Grange) — d’après Anthony Horowitz, par Maxe L’Hermenier et Clément Lefèvre (Jungle!, 2023).
- Garçons manqués — James (Fluide Glacial, 2024).
- L’œil du loup — d’après Daniel Pennac, par Mathieu Sapin (Nathan, 2023).
Ces trois titres ont été retenus à l’issue du vote, parmi une liste plus large soumise aux jeunes lors de la journée nationale, qui comprenait aussi Les Justiciers de la justice (Sti & Stivo), Molly Wind (Catalina González Vilar & Toni Galmés) et Léonarde (Isabelle Bauthian & Anne-Catherine Ott), tandis que le jury avait également mis en avant Bot 9 (Derek Laufman), Red Flower (Just Loui) et Vingt décembre (Appollo & Téhem).
Sélection 2026 : catégorie adolescents
- À mourir entre les bras de ma nourrice — Mark Eacersall, Henri Scala, Raphaël Pavard (Glénat, 2024).
- Bobigny 1972 — Marie Bardiaux-Vaïente, Carole Maurel (Glénat, 2024).
- Kroma — Lorenzo De Felici (Delcourt, 2023).
Ici encore, la sélection s’est dessinée à partir d’un vote organisé lors de la journée nationale. Parmi les titres soumis aux suffrages figuraient aussi Le Beau Parleur (Teresa Radice & Stefano Turconi), Le Chien qui voulait voir le Sud (Takashi Murakami) et 10 Octobre (Paola Barbato & Mattia Surroz), tandis que le jury avait également retenu La Course du siècle (Kid Toussaint & José Luis Munuera), La Cuisine des Ogres (Fabien Vehlmann & Jean-Baptiste Andreae) et Mahar, le lionceau (Anne Poiret & Lars Horneman).
Pourquoi cette sélection 2026 est cohérente au plan éducatif
À regarder la sélection 2026 dans son ensemble, on comprend ce qui la rend opérante au plan éducatif : des récits qui parlent de seuils, de bascules et de justice, et qui donnent aux jeunes des prises pour raconter le monde sans se réduire à un dossier, ni à une case. Une adaptation romanesque qui plonge dans le mystère et l’épreuve, un récit qui interroge les normes de genre et l’identité, un classique qui réapprend l’empathie, une œuvre qui remonte à un moment historique où la loi et la société se reconfigurent, un récit contemporain dont la violence tient aussi à l’abandon, et une dystopie graphique qui fait de la couleur un enjeu de pouvoir : l’ensemble n’impose pas une morale, mais il ouvre des débats, et il donne une matière solide aux ateliers, aux discussions et aux créations.
Repères chronologiques
- 1992 : création de Bulles en fureur par André-Georges Hamon et Alain Noblet.
- Jusqu’à la fin des années 2010 : un ancrage historique à Rennes, qui a durablement marqué l’identité du prix.
- Depuis 2020 : organisation déléguée à la DIRPJJ Sud-Ouest, et remise des prix à Angoulême.
- 13 février 2025 : journée nationale de remise des prix (32e édition) et vote qui prépare la sélection 2026.
- 25 août 2025 : Thomas Lesueur prend ses fonctions comme directeur de la PJJ, après Caroline Nisand.
- 2025-2026 : année de lectures, d’ateliers et de créations autour des six titres de la sélection 2026.
- 2026 : proclamation des lauréats de l’édition, lors de la journée nationale (date et programme à suivre selon l’organisation officielle).
