Le documentaire Sortir de l’ombre de Danièle Alet était diffusé jeudi 15 janvier 2026 sur France.TV. La réalisatrice retourne sur les traces des femmes détenues, sur le point de sortir, qu’elle avait rencontré dans un premier documentaire : Que sont-elles devenues ? Il est disponible sur le site internet jusqu’au 15 janvier 2027.
« Ce n’est pas parce que tu as fait une erreur et que tu es en prison, que tu es une mauvaise personne. »
Tous les Rennais et Rennaises connaissent cet édifice de pierre impressionnant qui se dresse derrière un portail de fer à deux pas de la gare de Rennes. Ouvert en 1978, le centre pénitentiaire pour femmes de Rennes est le plus grand établissement de ce type en Europe avec près de 250 détenues. Jusqu’en 1992, il a été le seul en France dédié à l’incarcération de femmes définitivement jugées notamment pour de longues peines. Il est le terrain d’enquête de la réalisatrice Danièle Alet qui s’intéresse à la réinsertion de femmes détenues sur le point de sortir.
Le documentaire Sortir de l’ombre fait suite à Les Caresses de l’ombre, sorti en 2022. Dans ce premier volet, Danièle Alet avait suivi quatre femmes en détention sur le point de sortir du centre pénitentiaire, après six ans d’enferment. À travers leurs parcours intimes, ce documentaire interrogeait les défis de la réinsertion après de longues années d’enfermement, l’angoisse de se confronter à la vie extérieure et à la liberté. L’image de fin montrait Roselyne, une des détenues, sur le point de franchir seule et pour la première fois depuis six ans, le seuil de l’entrée de la gare de Rennes. Après de telles rencontres, la réalisatrice a voulu savoir : Que sont-elles devenues ? Elle est alors partie sur les traces de Roselyne, Sarah et Mina afin de le découvrir. Deux d’entre elles sont désormais sorties de prison et la troisième est sur le point de sortir.
Le documentaire Sortir de l’ombre aborde une thématique sociale sensible et essentielle : la parole de personnes longtemps invisibilisées ou marginalisées par la société. À travers des témoignages directs et un dispositif sobre, Danièle Alet donne une voix à celles et ceux que l’on n’écoute pas assez, tout en interrogeant les mécanismes de l’exclusion et de la reconnaissance. « La sortie est un moment très paradoxal, elles est attendue depuis de nombreuses années par les personnes détenues. Elle est préparée, souvent activement, et à la fois elle fait resurgir plein d’angoisses », explique Aude Wessbecher, la nouvelle directrice du Centre pénitentiaire pour femmes de Rennes.
La parole est un élément central du documentaire : dans une réalisation sobre, Danièle Alet privilégie les témoignages authentiques, filmés sans artifices, ce qui renforce la crédibilité, la sensibilité et l’émotion dégagée. Dans une cellule ou assises à une table chez elle, Roselyne, Mina et Sarah racontent leur vécu et leurs réflexions avec sincérité, leurs doutes aussi, ce qui permet au spectateur de comprendre la complexité de leurs parcours. Cette proximité crée une forte empathie et invite à une réflexion personnelle sur les préjugés et les silences qui entourent ces réalités. Cette empathie est d’ailleurs renforcée par la demande d’anonymat de Roselyne, dont le nouvel entourage n’est pas au courant de son passé. Ce simple fait montre les cicatrices que laissent ce type de passé et le poids de jugement que les ex-détenues peuvent subir à leur sortie.

L’absence de musique envahissante, le rythme lent et les plans simples accompagne ce choix de production en privilégiant le contenu à la forme. Si ce choix artistique peut sembler austère pour certains, il est cohérent avec l’intention du film : laisser la place aux mots et aux regards, évitant ainsi le sensationnalisme.
En ce sens, le point de vue du film est très engagé, et peut réduire la diversité des perspectives proposées. Le spectateur peut facilement se laisser guider dans son interprétation, au détriment d’une analyse plus nuancée ou contradictoire. De plus, le rythme lent, bien qu’efficace sur le plan émotionnel, peut sembler répétitif. Cependant, Sortir de l’ombre reste un documentaire poignant et un projet cinématographique nécessaire pour la sensibilisation du public à ce sujet. Son approche humaine et respectueuse permet de mettre en lumière des réalités souvent ignorées. Il invite à l’écoute, à la compréhension et à la remise en question des regards portés sur l’autre.
