À Vern-sur-Seiche, Constance Boulay fait parler le tissu avec Autant silence que souffle

299
Constance Boulay
Constance Boulay

Le tissu en fait partie, a touché la peau, absorbé des odeurs, survécu à des usages, gardé des plis, des accrocs, des coutures reprises. Avec Autant silence que souffle, présentée au Volume à Vern-sur-Seiche, l’artiste Constance Boulay aka Constance Grabriel prend ce pouvoir au sérieux. Ici, le textile n’illustre pas, il témoigne. Il porte une mémoire.

Phototransferts, broderies, sculptures textiles, l’exposition assemble des techniques qui ont en commun la patience et le contact. Boulay travaille à partir de matières récupérées et d’images “oubliées” ; elle fabrique des pièces où l’on sent la présence des vies précédentes, comme si le matériau résistait à l’effacement. Ce n’est pas un folklore de la dentelle, ni une nostalgie décorative : plutôt une archéologie du quotidien, au ras des gestes, de l’intime, de l’éphémère.

Dans sa démarche, Constance Boulay dit chercher une “matérialisation de l’oubli” : ce qui disparaît, ce qui se perd, ce qui n’est plus regardé. Son processus commence par la collecte (photographies, textiles, fragments prélevés dans la nature), puis l’association intuitive. Elle explore le patrimoine photographique existant, hybride l’ancien et le numérique, et détourne la technique du phototransfert : des images viennent ainsi se déposer sur des draps, des rideaux, des tissus déjà chargés d’histoire. Le résultat produit une sensation troublante : l’image n’est pas “posée sur” la matière, elle est comme absorbée par elle.

Constance Boulay

Et puis il y a la sculpture textile, ce retour assumé au manuel. Boulay revendique le besoin de rompre avec l’ère technologique pour retrouver une pratique lente, artisanale, réparatrice. Le tissu, dit-elle, porte l’histoire de son ancien propriétaire : en le glanant, en le cousant, en le transformant, elle réactive une mémoire collective faite de pratiques domestiques, de croyances, d’usages populaires. Ses formes peuvent jouer l’anthropomorphisme, l’excès, l’hypertrophie : comme si le textile, au lieu d’habiller le corps, devenait le lieu même où le corps et le temps se redessinent.

Constance Boulay

La tactilité des tissus joue un rôle central dans mon désir de travailler avec eux. Le tissu, en touchant la peau, évoque un rapport intime au corps, nourrit un lien profond avec la chair pour moi en tant qu’artiste. Le rembourrage ajoute une dimension supplémentaire, rendant les œuvres palpables et vivantes. Pour le spectateur, ce matériau confère un aspect pelucheux, réconfortant et attrayant, suscitant des sensations de douceur et de sécurité. Cette interaction tactile invite à une connexion émotionnelle et sensorielle, enrichissant ainsi l’expérience artistique.

Constance Boulay

Née en 1987, Constance Boulay vit et travaille à Saint-Nazaire. Elle est passée par l’université Rennes 2 (Master d’arts plastiques, option gravure et photographie), et développe depuis plusieurs années une pratique à la frontière de la photographie, du collage, de l’installation et de la sculpture textile. Elle est également membre du collectif Fiber Art Fever, qui contribue à la visibilité d’une scène textile contemporaine affranchie des clichés “arts décoratifs”.

Infos pratiques

  • Exposition : Autant silence que souffle — Constance Boulay
  • Lieu : Centre culturel Le Volume, 3 rue François Rabelais, 35770 Vern-sur-Seiche
  • Dates : du 9 janvier au 12 février 2026 (la plaquette de saison mentionne “9 janv > 12 fév”)
  • Entrée : libre
  • Horaires (périodes scolaires) : mardi 15h-18h ; mercredi 9h30-13h / 14h-18h ; jeudi 15h-18h ; vendredi 15h-18h ; samedi 9h30-13h / 14h-16h
  • Contact : 02 99 62 96 36