Paris enjambe la Seine par 37 ponts et passerelles. Chacun porte une part de la mémoire urbaine, des cortèges royaux aux métros aériens, des expositions universelles aux promenades lentes. À pied, lors d’une traversée poétique du fleuve, ils composent une suite d’étapes incontournables. Du Pont Neuf à la passerelle Simone-de-Beauvoir, en passant par le pont des Arts et le pont Alexandre III, ils sont tous différents, mais tous participent au charme parisien.


Au Moyen Âge, les ponts à Paris sont construits en bois, sur pilotis, et abritent parfois des habitations de plusieurs étages, bordées au rez-de-chaussée de boutiques et d’ateliers : de véritables espaces de vie. Les ponts deviennent des lieux de foires, de fêtes populaires et de cortèges. Mais la Seine impose sa loi : incendies, crues et accidents sont fréquents. On se souvient notamment des ponts « habités » dont certaines maisons ont été emportées lors d’épisodes violents.

1 — Le Pont Neuf, paradoxalement « neuf » depuis le XVIIe siècle, est considéré comme le plus ancien pont de Paris encore en place. Lancé sous Henri III, il est achevé au début du règne d’Henri IV (début XVIIe siècle). Construit en pierre à la pointe de l’île de la Cité, il marque une rupture : il est pensé comme un grand ouvrage urbain, plus dégagé, plus praticable, plus moderne pour son temps.


Avec ses trottoirs — une nouveauté qui protège les piétons de la boue et des chevaux — le Pont Neuf accompagne l’essor des nouveaux quartiers et l’art de circuler. Il accueille aussi, à l’époque, une grande pompe destinée à tirer l’eau de la Seine pour l’usage de la population, abritée dans un pavillon décoré : la Samaritaine, dont le nom sera repris plus tard par le grand magasin voisin.

À cette époque, on continue de bâtir en pierre : le pont Marie et le pont Royal comptent, avec le Pont Neuf, parmi les grandes figures anciennes des franchissements parisiens encore visibles.
Le pont Marie relie l’île Saint-Louis au quai de l’Hôtel-de-Ville (4e). Terminé en 1635, il a connu l’épisode spectaculaire des maisons bâties sur l’ouvrage : en 1658, lors d’une crue, une partie du pont et des maisons sont emportées, faisant de nombreuses victimes (un traumatisme durable dans l’imaginaire parisien). Les maisons ne seront pas reconstruites.
Le pont Royal, constitué de cinq arches, est construit à la fin du XVIIe siècle (1680s), dans la grande époque des aménagements monarchiques : depuis, il n’a été que légèrement modifié et conserve son rôle de liaison majeure entre les rives au cœur de la ville.


2 — Le pont de l’Alma est construit entre 1854 et 1856 et inauguré par Napoléon III le 2 avril 1856. Prévu dans la dynamique de l’exposition universelle, il doit son nom à la bataille de l’Alma (guerre de Crimée). À l’origine, l’ouvrage est décoré de statues représentant des régiments liés à cette guerre.

Jugé trop étroit et fragilisé par des tassements, il est entièrement remplacé entre 1970 et 1974. Un symbole demeure : le zouave, resté en place. Dans le langage populaire, sa hauteur « mesure » la montée des eaux : lorsque la Seine atteint certains repères de la statue, les aménagements des berges peuvent être adaptés.

Le pont de l’Alma relie les abords du quai Branly et de l’avenue de New-York, à proximité de la cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité et de la Flamme de la Liberté, devenue au fil du temps un lieu de recueillement associé à la mémoire de la princesse Diana, décédée dans le tunnel voisin.


- 3 — Le pont des Arts est le premier pont métallique parisien et il est réservé aux piétons. Décidé sous Napoléon Bonaparte, il est construit au début du XIXe siècle et relie le Louvre (ancien « palais des Arts » dans l’imaginaire de l’époque) à l’Institut de France.
- Fragilisé au fil du temps (guerres, accidents de navigation), il est fermé après un effondrement partiel en 1979, puis reconstruit entre 1981 et 1984 dans une version plus sûre, tout en conservant l’esprit de la passerelle. Lieu de tournage et d’inspiration, il reste l’un des grands balcons sur la Seine.




4 — Du pont de Solférino à la passerelle Léopold-Sédar-Senghor : le pont de Solférino (1861) est remplacé au XXe siècle. La passerelle actuelle, piétonne, relie le musée d’Orsay aux abords des Tuileries. En 2006, elle est rebaptisée passerelle Léopold-Sédar-Senghor, en hommage au poète et ancien président sénégalais.


5 — Le pont Alexandre III, élégance Belle Époque, symbolise l’amitié franco-russe. Sa première pierre est posée en 1896 par le tsar Nicolas II aux côtés du président français Félix Faure. Il est construit pour l’Exposition universelle de 1900.

Long d’environ 154 mètres et très large, il relie l’esplanade des Invalides à l’avenue Winston-Churchill, dans l’axe des Petit et Grand Palais. Sa décoration, particulièrement riche, est protégée au titre des monuments historiques depuis 1975 : pylônes, bronzes, nymphes, cuivres martelés, et une mise en scène nocturne portée par ses candélabres.


De nos jours, plusieurs ponts et surtout des passerelles sont entièrement piétonniers, tandis que d’autres voient leur circulation apaisée. C’est une manière de redonner aux ponts leur rôle le plus évident : relier, faire respirer, ouvrir des perspectives.

Ils deviennent un élément essentiel des infrastructures urbaines. À l’heure où l’on encourage la marche, le vélo et les transports en commun, ces structures contribuent à réduire la place de la voiture et à améliorer l’expérience de la ville : l’eau au milieu, les rives comme des scènes, et les ponts comme des passages obligés, mais choisis.

6 — La passerelle Simone-de-Beauvoir affiche une silhouette lenticulaire et un design très contemporain. Inaugurée en 2006, elle est réservée aux piétons et aux cyclistes. Elle relie le parc de Bercy (12e) aux abords de la Bibliothèque nationale de France (13e), en franchissant le fleuve sans appui dans l’eau.

7 — Petits clins d’œil à d’autres ponts parisiens
Le pont Saint-Michel (ouvrage actuel : 1857) relie le Quartier latin aux abords du Palais de Justice et de la fontaine Saint-Michel. Il affiche un N majuscule, rappelant l’emblème impérial de Napoléon III.

Le pont de la Tournelle (1920s) joue une dissymétrie assumée pour épouser le paysage du fleuve. Il offre une vue panoramique sur Notre-Dame et l’île Saint-Louis, et accueille la statue de sainte Geneviève, patronne de Paris, posée en hauteur comme un signe de veille.



Le pont de Bir-Hakeim (construit au début du XXe siècle) est l’un des ponts les plus cinégéniques : en bas, la circulation et les piétons ; au-dessus, le métro (ligne 6) traverse la Seine en plein ciel. Ancien « pont de Passy », il est rebaptisé pont de Bir-Hakeim après la Seconde Guerre mondiale, en mémoire de la bataille de 1942.

