Du 19 juin au 4 octobre 2026, Vichy redevient — au sens fort — une chambre noire à ciel ouvert. Pour sa 14e édition, Portrait(s) déploie un programme qui croise l’événementiel (une grande exposition David LaChapelle), l’histoire culturelle (le Bicentenaire de la photographie), et l’identité même de la ville, une station qui s’expose, s’écoute et se raconte, au plan architectural comme au plan humain.
Le festival ne se contente pas d’aligner des images, il fabrique un écosystème du regard. Expositions en intérieur et en extérieur, résidences, médiations, programmes scolaires, “voix” qui accompagnent l’œuvre… À Vichy, le portrait devient un outil d’exploration : des visages, bien sûr, mais aussi des codes, des récits, des paysages sociaux, et cette question souterraine qui relie toutes les éditions réussies : qui regarde qui, et au nom de quoi ?
David LaChapelle, une rétrospective événement au Grand Établissement thermal
Tête d’affiche de 2026 : David LaChapelle. Au Grand Établissement thermal, Portrait(s) annonce une exposition majeure célébrant quatre décennies de création, avec plus de 100 œuvres — des images emblématiques, mais aussi des pièces annoncées comme inédites.
LaChapelle est l’un des rares photographes contemporains dont le style est devenu une grammaire immédiatement reconnaissable : saturation, mise en scène, dramaturgie pop, humour acide, iconographie de la célébrité et du désir, mais aussi — au fil du temps — un basculement vers des visions plus mythologiques, parfois apocalyptiques, souvent morales. Là où d’autres documentent le monde, lui le recompose : un théâtre visuel où la société se regarde dans un miroir qui déforme juste assez pour devenir vrai.
Installée dans un lieu de cures et d’apparat, cette exposition prend une dimension supplémentaire : à Vichy, l’image n’est jamais purement décorative. Elle dialogue avec un patrimoine du soin, du corps, de la transformation. Et le portrait, ici, ne désigne plus seulement un sujet : il capte une époque, ses mythes, ses excès, ses masques.
Le Bicentenaire de la Photographie, Vichy dans un récit national
Autre axe structurant, une exposition sur l’esplanade du Lac d’Allier, annoncée dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, sous l’égide du ministère de la Culture, en collaboration avec le Musée Nicéphore Niépce.
Ce Bicentenaire (2026–2027) vise à faire résonner, partout en France, deux siècles de pratiques photographiques : invention, diffusion, usages scientifiques et politiques, archives, création contemporaine. L’intérêt, pour Portrait(s), est évident : le festival se situe naturellement au point de contact entre histoire et présent. En extérieur, au bord de l’eau, l’image quitte le white cube pour redevenir ce qu’elle a toujours été, une forme publique, disponible, disputable, traversée par le passage des corps.
Et Vichy, par sa configuration même — promenades, parcs, grandes perspectives, architecture thermale — se prête à cette mise en commun du regard. Ici, l’exposition n’est pas “posée” : elle s’insère dans un paysage de flânerie. La photographie devient une expérience urbaine.
La “voix” comme méthode : Brigitte Patient présente Yohanne Lamoulère
Le festival reconduit un dispositif précieux, La Voix du Regard. Cette année, Brigitte Patient accompagne le public dans l’œuvre de Yohanne Lamoulère. L’idée est simple, et très efficace, ajouter au plan visuel une médiation incarnée — une voix qui ne surplombe pas, mais ouvre des portes, propose des angles, relie des images entre elles, restitue des contextes sans fermer le sens.
Lamoulère travaille au long cours, souvent au plus près des périphéries et des réalités sociales, avec une attention aux seuils : ce qui s’assemble, ce qui se fracture, ce qui reste invisible quand on ne prend pas le temps. Dans un festival centré sur le portrait, sa présence rappelle une évidence, il n’y a pas de visage “neutre”. Tout portrait engage une relation, un cadre, une responsabilité.
Résidences : quand le festival fabrique aussi des images
Portrait(s) n’est pas uniquement une vitrine, c’est aussi une fabrique. En 2026, deux résidences dessinent une ligne claire : ancrer le festival dans des dynamiques de production, au-delà des seuls accrochages.
- Laetitia Bica est annoncée en résidence pour le CAVILAM – Alliance Française. Son univers, souvent nourri par la performance et les communautés, s’accorde particulièrement bien à l’esprit du portrait contemporain, le visage comme scène, mais aussi comme espace de réappropriation.
- Patrick Tourneboeuf poursuit sa résidence consacrée aux grandes villes d’eau d’Europe inscrites au Patrimoine mondial de l’UNESCO. En 2026, cap sur Bath (Royaume-Uni). On devine le fil narratif : faire dialoguer les cultures thermales européennes, leurs architectures, leurs rites, leurs représentations — et, par ricochet, donner à Vichy une place dans une constellation patrimoniale plus vaste.
Cette présence de Tourneboeuf est tout sauf un “à-côté” : elle renforce l’idée de Vichy-ville-laboratoire. Parce que la station thermale, depuis toujours, est un endroit où l’on vient se refaire, se montrer, se transformer. Le portrait, ici, est presque une conséquence naturelle, une ville qui a appris à accueillir des corps, des récits, des passages.
“Des Mots pour voir” : l’alliance du texte et de l’image
Le programme annonce aussi Des Mots pour voir, présenté par la Fondation d’entreprise Neuflize OBC. Le dispositif, au fil des éditions, rappelle que la photographie n’est pas uniquement un art de la preuve : c’est un art du récit. Faire entrer des mots, c’est créer une deuxième focale — parfois plus lente, plus intime — qui déplace le regard et aide à voir ce qu’une image, seule, laisse en suspension.
Portrait(s) s’invite à l’école : transmission et démocratisation du regard
Enfin, l’édition 2026 réaffirme un axe devenu central : Portrait(s) s’invite à l’école. Ateliers, sensibilisation, projets avec les classes… Ce choix n’a rien d’ornemental. Il dit quelque chose de la photographie aujourd’hui. Dans un monde saturé d’images, apprendre à regarder — et à se regarder — est une compétence culturelle et civique. Le portrait, au plan pédagogique, est l’un des meilleurs terrains : il oblige à parler de cadrage, d’intention, d’éthique, de représentation.
Vichy, scène idéale : le portrait comme expérience de ville
Ce qui fait la singularité de Portrait(s), c’est la manière dont Vichy devient plus qu’un décor. Le festival s’appuie sur des lieux qui ont une présence, une histoire, une fonction : thermes, parcs, esplanades, points de passage. On n’entre pas dans une exposition comme on entre dans une boîte fermée : on la rencontre en marchant. Et cette dimension de parcours, à la fois culturel et sensible, rend le festival profondément accessible — même quand les œuvres, elles, peuvent être exigeantes.
En 2026, la combinaison LaChapelle (spectaculaire, iconique), Bicentenaire (historique, national), et résidences (production, ancrage) compose un triptyque très cohérent. À Vichy, le portrait n’est pas un genre, c’est une manière de faire de la photographie un outil de lecture du monde.
Infos pratiques
- Festival : Portrait(s) – Le rendez-vous photographique de Vichy
- Dates : du 19 juin au 4 octobre 2026
- Ville : Vichy (Allier)
- Principaux lieux du festival (parcours intérieur/extérieur, selon programmation) :
- Grand Établissement thermal (notamment l’exposition David LaChapelle)
- Pôle universitaire de Vichy
- Hall des Sources
- Esplanade du Lac d’Allier (exposition annoncée dans le cadre du Bicentenaire)
- Parc des Sources
- Parvis de la Gare
À noter : au moment où nous écrivons ces lignes, le festival a communiqué les grandes lignes artistiques (têtes d’affiche, axes, résidences) ; les horaires détaillés, la cartographie “expo par expo / lieu par lieu”, ainsi que d’éventuels éléments de billetterie, sont susceptibles d’être précisés dans un dossier de presse complet à l’approche de l’ouverture.
