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À Rennes, Le Dernier Tour reprend L’Heure du Jeu sans rejouer la même partie

Au 11 boulevard Magenta à Rennes, L’Heure du Jeu a disparu après quatorze années d’existence. Mais les dés, cartes, plateaux et joueurs n’ont pas quitté les lieux. Depuis cette rentrée 2026, Le Dernier Tour a pris sa place. À sa tête, Axel Cereloz, ancien salarié de l’établissement, assume la filiation tout en revendiquant la rupture : conserver ce qui faisait du lieu un véritable bar à jeux, mais construire désormais le sien.

Le nom pourrait annoncer une fin. Il désigne plutôt ce moment particulier d’une partie où les stratégies se révèlent et où chacun tente encore de renverser le jeu. « Le Dernier Tour, dans une partie, c’est souvent là où tout se joue », explique Axel Cereloz. La formule est d’ailleurs devenue la signature de l’établissement : « Le Dernier Tour, c’est là où tout se joue. »

Le clin d’œil fonctionne déjà. Quelques jours à peine après l’ouverture, le nouveau patron raconte avoir entendu plusieurs tables lancer spontanément : « Allez, c’est le dernier tour. » « Ça me fait sourire à chaque fois », confie-t-il.

Derrière le changement d’enseigne se trouve pourtant une transition préparée de longue date.

De l’envie d’ouvrir un bar à jeux à la reprise de L’Heure du Jeu

Axel Cereloz arrive à Rennes en janvier 2025 avec une idée assez précise : ouvrir son propre bar à jeux. À ce moment-là, reprendre un établissement existant ne fait pas encore partie du projet. Un an plus tard, en janvier 2026, il rejoint l’équipe de L’Heure du Jeu. La perspective d’une transmission est alors déjà envisagée. « Au moment où j’ai été embauché, le projet était déjà dans les tuyaux. Intégrer l’entreprise était une manière de confirmer cela », explique-t-il.

L’expérience lui permet de connaître le lieu de l’intérieur : le service, le bar, les clients, mais aussi la gestion quotidienne d’un établissement de ce type. Lorsque Xavier Berret, fondateur de L’Heure du Jeu, lui transmet finalement le commerce, Axel Cereloz ne reprend donc pas une affaire qu’il découvre. La relation entre les deux hommes demeure bonne. « Je pense qu’il souhaite sincèrement que le projet fonctionne et que Le Dernier Tour connaisse une belle longévité », souligne le repreneur.

Pourquoi abandonner un nom connu depuis quatorze ans ?

La question pouvait pourtant se poser : pourquoi renoncer à l’enseigne L’Heure du Jeu, connue des joueurs rennais depuis 2012 ? Précisément parce qu’Axel Cereloz ne souhaitait pas se contenter de prolonger l’existant.

« J’ai beaucoup appris à L’Heure du Jeu, que ce soit professionnellement en salle et au bar ou dans la gestion d’un bar. Je ne voulais pas reprendre le bar et tout continuer comme avant. J’avais besoin de créer une rupture pour proposer mon bar à moi et y mettre ma patte. »

Le changement de nom sert donc de ligne de partage : ni rejet de l’ancien établissement, ni simple changement de propriétaire derrière une enseigne inchangée. Le Dernier Tour revendique une filiation, mais entend acquérir sa propre personnalité.

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Rester avant tout « le bar à jeux de Rennes »

Pour autant, certaines caractéristiques ne sont pas négociables. Axel Cereloz voulait notamment préserver ce qui distinguait L’Heure du Jeu d’un bar généraliste ayant simplement quelques boîtes de jeux posées sur une étagère.

« Ce que je voulais absolument conserver, c’est d’être le bar à jeux de Rennes. C’est-à-dire un bar où l’on est centré sur l’univers ludique, et pas sur d’autres choses. »

La programmation demeure donc centrée sur le jeu, tout comme les partenaires accueillis par l’établissement. La ludothèque est conservée, mais surtout le principe d’accompagnement des joueurs. Le personnel ne se contente pas de servir des consommations : il conseille, oriente et peut expliquer les jeux.

« Je voulais aussi conserver l’animation et le conseil en salle, que les gens sachent qu’en venant ici ils auront quelqu’un pour les guider dans le choix de leur prochain jeu. »

Une dimension essentielle dans un secteur où l’abondance de l’offre peut rapidement décourager les néophytes. Le rôle du bar à jeux consiste précisément à faire tomber cette barrière : on peut venir sans savoir à quoi jouer et repartir après avoir découvert un titre que l’on n’aurait jamais sorti seul d’un rayon.

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Davantage de bières et un nouveau tarif pour jouer

Si la philosophie demeure, deux changements très concrets accompagnent l’arrivée du Dernier Tour. Le premier concerne la carte. Grand amateur de bière, Axel Cereloz a choisi d’élargir sensiblement l’offre. Un réfrigérateur est consacré à des bières craft plus originales, tandis que les amateurs de références plus classiques retrouvent toujours des bières à la pression.

L’autre transformation touche directement au modèle économique. À L’Heure du Jeu, l’accès aux jeux reposait sur une consommation minimale de 4 euros par personne et par heure. Le Dernier Tour abandonne cette formule au profit d’un système beaucoup plus simple : 2 euros pour l’accès à la ludothèque, auxquels s’ajoute une consommation.

Pour les clients, la règle devient plus lisible. Pour l’équipe également : elle n’a plus à suivre le niveau de consommation de chaque table au fil des heures. Le principe marque une petite évolution philosophique : le temps passé autour d’un jeu n’est plus directement indexé sur les commandes successives au bar.

Un bar pour les joueurs, mais pas seulement

Le choix du nom traduit aussi une volonté d’éviter que le lieu apparaisse réservé à une communauté d’initiés. « Je voulais un terme qui parle aux joueurs mais aussi aux non-joueurs qui pourraient venir juste pour boire une bière ou un mocktail et se laisser tenter par la découverte de notre ludothèque. »

C’est probablement l’un des enjeux du nouveau projet : préserver une identité ludique forte sans transformer l’établissement en cercle fermé. Le jeu reste la raison d’être du lieu, mais il peut aussi devenir une découverte imprévue au détour d’un verre.

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Une filiation qu’Axel Cereloz ne cherche pas à effacer

Reste une difficulté inhérente à toute reprise d’un établissement connu : combien de temps Le Dernier Tour restera-t-il, dans la bouche des Rennais, « l’ancien L’Heure du Jeu » ? La question ne semble guère préoccuper Axel Cereloz. « Je pense que le lieu a déjà sa propre identité et que des gens arriveront toujours dans deux ou trois ans en se demandant où est passée L’Heure du Jeu. Ce n’est pas un problème, j’accepte la filiation avec grand plaisir. » La réponse résume assez bien la transition en cours boulevard Magenta.

L’Heure du Jeu n’a donc pas exactement disparu : une partie de son ADN demeure dans la ludothèque, le conseil aux joueurs, les habitudes et probablement nombre de ses habitués. Mais Axel Cereloz ne veut pas jouer éternellement avec les règles écrites par son prédécesseur. Le Dernier Tour commence ainsi par un paradoxe assez séduisant : son nom évoque la dernière manche alors que, pour celui qui vient d’en prendre les commandes, la partie ne fait que commencer.

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L’auteur

Nolwenn Denis

Nolwenn Denis suit les battements de l’Ille-et-Vilaine au plus près du terrain. À Rennes et dans ses environs, elle raconte ce qui traverse un territoire — ses élans, ses fragilités, ses initiatives, ses secousses aussi. Culture, société, environnement, vie locale : son regard s’attache à ce qui fait la texture du quotidien et la singularité bretonne.