Résistances à Rennes, un jeu immersif pour faire vivre la mémoire de la Seconde Guerre mondiale

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resistance jeu rennes centre

Le 4 juin 2026, le centre-ville de Rennes deviendra, le temps d’une journée, le décor d’une mission clandestine inspirée de l’année 1944. Avec Résistances !, l’Office National des Combattants et Victimes de Guerre propose à plusieurs centaines de jeunes une expérience historique, théâtralisée et participative autour des engagements de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.

Comment transmettre la mémoire de la Résistance à des générations qui n’ont plus de lien direct avec la guerre, l’Occupation, les réseaux clandestins, les risques encourus, les choix minuscules ou immenses qui pouvaient faire basculer une existence ? C’est à cette question que répond Résistances !, un dispositif imaginé par l’ONACVG pour déplacer la mémoire hors du seul cadre commémoratif et la faire entrer dans une expérience sensible, collective, incarnée.

Le principe tient à la fois du théâtre vivant, du jeu de piste historique et de l’éducation citoyenne. Répartis en équipes, les participants sont plongés dans une ville occupée au début de l’année 1944. Un aviateur américain, porteur d’informations capitales pour les réseaux résistants, s’est écrasé sur le territoire. Blessé, caché dans un lieu secret, il doit être exfiltré avant d’être retrouvé par les forces allemandes. Pour réussir leur mission, les jeunes devront parcourir plusieurs lieux du centre-ville, rencontrer des personnages incarnés par des comédiens, résoudre des énigmes et comprendre peu à peu les différentes formes de la Résistance.

Résister ne voulait pas seulement dire prendre les armes

L’un des grands intérêts du projet est de rappeler que la Résistance française ne fut jamais un bloc uniforme, ni une épopée uniquement militaire. Résister, c’était parfois saboter une voie ferrée, transmettre un renseignement, imprimer un journal clandestin, fabriquer de faux papiers, organiser une filière d’évasion, cacher une personne recherchée, protéger un voisin, mentir à l’occupant, faire circuler une information interdite ou simplement refuser l’ordre imposé.

Le parcours permet ainsi d’aborder le renseignement, le sabotage, la presse clandestine, les réseaux d’évasion, l’engagement armé, mais aussi la résistance civile. À travers ces situations, les participants découvrent que l’Histoire s’est souvent construite dans des gestes modestes, dangereux, parfois anonymes, portés par des instituteurs, des ouvriers, des cheminots, des étudiants, des femmes, des fonctionnaires, des familles ou des citoyens ordinaires.

Le dispositif ne cherche donc pas à fabriquer artificiellement des héros. Il permet plutôt de faire comprendre que l’engagement peut naître d’un choix concret, dans un moment de contrainte, de peur, d’urgence ou de responsabilité. Cette nuance est essentielle, car elle rend la mémoire plus proche, plus humaine, moins figée dans les grands récits.

Des figures rennaises au cœur du parcours

À Rennes, Résistances ! prendra appui sur l’histoire locale. Plusieurs personnages inspirés de figures réelles de la Résistance rennaise seront incarnés au fil du parcours. Le dossier de présentation mentionne notamment Françoise Élie, André Rouault, Thérèse Pierre, Anne-Marie Tanguy, Céline Jan-Jouault, Eugène Richomme ou encore Pierre Herbart, dit « Le Vigan ».

Ce choix d’ancrage territorial donne une force particulière à l’expérience. Les participants ne traverseront pas une histoire abstraite, lointaine, seulement déposée dans les manuels scolaires. Ils seront invités à découvrir que les rues qu’ils connaissent, les places qu’ils fréquentent, les bâtiments devant lesquels ils passent chaque semaine ont aussi été traversés par la guerre, l’Occupation, les réseaux, les peurs, les silences et les courages.

Faire revenir ces noms dans l’espace urbain, par le jeu et par le théâtre, permet de reconnecter la mémoire nationale à une géographie intime. L’Histoire ne s’est pas seulement écrite à Londres, à Paris, dans les maquis ou sur les plages du Débarquement. Elle s’est aussi écrite à Rennes, dans des appartements, des ateliers, des bureaux, des imprimeries, des gares, des rues ordinaires devenues lieux de décision.

Neuf comédiens, des étudiants en histoire et plusieurs centaines de jeunes

Deux sessions sont prévues le jeudi 4 juin 2026. La première se déroulera de 9h45 à 12h15, la seconde de 13h45 à 16h15. Neuf comédiens interpréteront des résistants locaux et formeront les participants à un acte précis de résistance. Ils seront accompagnés par des étudiants du master Histoire, Patrimoine et Territoires de l’Université Rennes 2, chargés d’aider les équipes dans leur progression.

Le dispositif doit accueillir des collégiens et lycéens venus de Rennes, mais aussi de Brest, Vannes, Auray, de Normandie et des Pays de la Loire. Des jeunes encadrés par la Protection Judiciaire de la Jeunesse participeront également à l’expérience. Les réservations sont déjà complètes, signe de l’intérêt suscité par cette forme nouvelle de transmission mémorielle.

Sur le temps du midi, une remise des prix des concours jeunesse des Armées sera organisée dans les salons de l’Hôtel de Ville de Rennes. Elle concernera notamment Bulles de Mémoire, Les Petits Artistes de la Mémoire et le Prix Armées Zone Ouest. Les participants et lauréats de ces trophées pourront ainsi prendre part à Résistances !, qui leur est offert.

Le spectacle vivant comme outil de mémoire

Porté par l’ONACVG, la Ville de Rennes, le ministère des Armées et le Cercle des Amis de la Mémoire Partagée, le projet s’inscrit dans une démarche d’Éducation Artistique et Culturelle. Il associe travail historique, création artistique, médiation, transmission citoyenne et participation active du public.

Le choix du théâtre immersif n’est pas seulement une manière de rendre l’Histoire plus attractive. Il permet de replacer les corps, les voix, les hésitations et les dilemmes au centre de la transmission. En rencontrant des personnages, en recevant une mission, en comprenant qu’une information peut sauver une vie ou compromettre tout un réseau, les jeunes approchent autrement la clandestinité. Ils ne se contentent plus d’apprendre que des résistants ont agi. Ils éprouvent, à une échelle pédagogique et symbolique, ce que signifiaient la coopération, la discrétion, la peur, la confiance et la décision.

À l’issue du parcours, les personnages sortiront de leurs rôles pour présenter les véritables figures historiques qu’ils incarnaient. Ce moment final permettra de relier le jeu à la mémoire réelle, l’émotion à la connaissance, l’immersion à l’exigence historique. C’est là que le dispositif trouve son équilibre, en évitant l’écueil d’un simple divertissement patrimonial et en réaffirmant son ambition civique.

Un format appelé à circuler dans d’autres territoires

Cette première édition rennaise est conçue comme un lancement. Le format de Résistances ! a vocation à être adapté dans d’autres villes et territoires, en conservant sa mécanique immersive tout en intégrant les figures locales, les lieux de mémoire et les spécificités historiques propres à chaque espace.

Ce point est important. La mémoire de la Résistance ne se transmet pas seulement par de grandes dates ou de grands noms. Elle gagne en puissance lorsqu’elle se relie à des paysages connus, à des rues traversées, à des bâtiments encore debout, à des histoires familiales ou scolaires. En ce sens, Résistances ! propose moins une reconstitution qu’une manière de réhabiter l’espace public par la mémoire.

À Rennes, le 4 juin, plusieurs centaines de jeunes ne liront pas seulement une page d’histoire. Ils entreront dans une situation, suivront des traces, écouteront des voix, devront choisir, coopérer, comprendre. Pour une journée, la ville deviendra un livre ouvert, mais un livre que l’on parcourt à pied, en équipe, avec le sentiment que la mémoire n’est pas derrière nous. Elle continue de nous demander ce que nous faisons de la liberté reçue.

Informations pratiques

  • Événement : Résistances !, jeu immersif, historique et théâtralisé
  • Date : jeudi 4 juin 2026
  • Lieu : centre-ville de Rennes
  • Horaires : 9h45-12h15 et 13h45-16h15
  • Public : collégiens, lycéens, jeunes participants aux concours jeunesse des Armées, jeunes suivis par la Protection Judiciaire de la Jeunesse
  • Participation : gratuite sur inscription, réservations complètes
  • Organisation : ONACVG, Ville de Rennes, ministère des Armées, Cercle des Amis de la Mémoire Partagée
Nolwenn Denis
Nolwenn Denis suit les battements de l’Ille-et-Vilaine au plus près du terrain. À Rennes et dans ses environs, elle raconte ce qui traverse un territoire — ses élans, ses fragilités, ses initiatives, ses secousses aussi. Culture, société, environnement, vie locale : son regard s’attache à ce qui fait la texture du quotidien et la singularité bretonne.