Rennes. “Tatiana, le feuilleton” ou quand l’humour tient tête au drame les 24 et 25 janvier

368
julien andujar Tatiana
Tatiana - 18 et 19 Janvier 2023 - Théâtre universitaire Nantes. Photo : Vincent Curutchet

Tatiana, le feuilleton transforme une absence en récit vivant. Les Tombées de la nuit présentent deux épisodes in situJulien Andujar mêle humour, joie et mémoire afin de rendre au prénom de sa sœur disparue en 1995 sa lumière confisquée.

« Tu es le frère de Tatiana, ce n’est pas à toi de mener ce combat. » Au détour d’une conversation, les mots d’une mère peuvent être libérateurs : ils le furent en 2018 pour Julien Andujar. « Ma mère mène un combat fou pour que l’enquête ne soit pas oubliée. Je voulais savoir comment l’aider, prendre le relais », raconte le directeur artistique de la compagnie Bibotch. C’est là qu’il entend, pleinement, être le frère de Tatiana, disparue à la gare de Perpignan en 1995. « Je sentais qu’une part de moi n’était pas publiquement débloquée. Mais à ce moment-là, c’était comme si elle m’autorisait à être pleinement le frère de Tatiana. » De cette bascule naît Tatiana, créé en 2022, et une forme d’émancipation : dire, enfin, et prendre sa part dans le combat familial.

Julien Andujar, Tatiana
Tatiana – 18 et 19 janvier 2023 – Théâtre universitaire, Nantes.
Photo : Vincent Curutchet

Un prénom, un titre, une pièce

« Le premier parti pris a été de nommer la pièce Tatiana. » Ce prénom aux sonorités particulières a traversé plusieurs violences : seule à n’avoir jamais été retrouvée dans une série de quatre disparitions, Tatiana a vu son nom placardé dans les faits divers, associé à l’imaginaire criminel… S’il a été difficile pour le comédien de se réapproprier ce prénom si proche de lui, et pourtant si éloigné, une amie lui a ouvert la voie : « En tant que frère, tu vas lui apporter une nouvelle lumière et une nouvelle couleur. » Julien Andujar a dû dépasser son syndrome de l’imposteur et combattre un sentiment de non-légitimité : avec Tatiana, il sort de l’intime et s’expose publiquement.

Le sujet peut effrayer, mais Julien Andujar livre une œuvre à rebours du sensationnel, lumineuse et joyeuse. Il redonne toute la beauté du prénom de sa sœur en nous invitant dans le foyer des Andujar. « Je voulais que le public entre dans notre maison, sinon, pour moi, on ratait quelque chose d’important. » Le public vient voir Tatiana qui ne peut plus être vue, en tant que pièce, mais aussi en tant que sœur. « Mais mon parti pris, c’est la disparition. Elle n’est pas présente. »

Julien Andujar, Tatiana
Tatiana, Julien Andujar © Sandy Korzekwa

Une pièce d’apparition et de disparition

Dans la pièce, il est question de disparition, mais aussi d’apparition : Julien Andujar s’empare enfin de cette histoire qui l’a forgé et convoque différents personnages à la recherche de Tatiana – le gendarme, l’avocat, la meilleure amie, la mère, le frère, etc. Pendant 1h45, il traverse des corps et des voix pour faire surgir des métamorphoses intérieures. « Je me fais apparaître dans la disparition. »

Tatiana parle de métamorphose : au fil de la pièce, Julien reprend sa juste place, celle d’un frère et d’un artiste.

« L’humour est fédérateur. »

Le spectateur entre dans ce conte familial sans crainte, avec légèreté et humour. « Malgré cette disparition, la recherche et les moments difficiles, j’ai grandi dans un foyer joyeux. Ma famille a toujours eu beaucoup d’humour », confie Julien Andujar. « Le public découvre ce qu’on a vécu, mais dans la joie, le rire et le partage. » Le comédien contrebalance la dureté du propos, et lui donne un relief d’autant plus saisissant lorsqu’elle affleure sur scène. « C’est ça, une disparition : on continue à vivre et à rire, mais certains jours, on est rattrapé par la brutalité de la réalité. »

« Beaucoup de personnes se sont demandé comment je pouvais rire alors qu’eux étaient bouleversés. Mais la vie, c’est aussi ça : rire dans le malheur. c’est grâce à cela qu’on tient debout. »

Des références qui ont nourri sa construction d’artiste ont guidé sa création : Élie Kakou pour l’incarnation, et Louis de Funès pour le rythme. « Élie Kakou ne se moque pas des personnages qu’il incarne, il les aime. C’est en partant de ce principe que j’ai pu incarner les différentes figures qui apparaissent dans la pièce, avec beaucoup d’amour », explique-t-il. « Quant à Louis de Funès, il était un chef d’orchestre, un comique du rythme qui savait créer des suspens et des longueurs. »

L’improvisation comme symbole de vie

Si la pièce possède une structure narrative, la part d’improvisation apporte la spontanéité d’une vie et l’intimité d’une confidence. « L’affaire est aujourd’hui classée “cold case”, et cette incertitude doit laisser place aux vivants. » [Le dossier de l’affaire a été transféré il y a un an au pôle « cold cases » du tribunal de Nanterre, en attente que l’enquête soit rouverte, NDLR.]

L’écriture instantanée est d’autant plus sensible dans la version in situ, comme ce sera le cas aux Tombées de la nuit. « Comme la scénographie sur scène, le lieu est un partenaire de jeu. Je rencontre l’espace avant de dialoguer avec lui pendant la représentation. » Le comédien se fait autant surprendre que le public par des événements extérieurs avec lesquels il doit parfois composer. « Je ne maîtrise pas tout, et j’adore que la situation m’échappe. »

Premier volet de la saga familiale de Julien Andujar, Tatiana sera suivi, en 2027, de Marc, prénom de son frère décédé en 2022. « Je viens questionner un sujet tabou : le fait que j’ai eu beaucoup de difficulté à aimer mon grand frère, malgré notre vie commune et les injonctions sociétales à s’aimer en famille », exprime-t-il. « Au-delà d’être un événement tragique, je parle de la mort comme d’un élément de réconciliation et d’apaisement, et de la possibilité d’une nouvelle relation. »

Chez Julien Andujar, la création artistique participe ià la reconstruction personnelle. Comme il le souligne lui-même, ses œuvres cherchent de la lumière dans les ténèbres et parlent d’amour : « Je ne peux pas écrire des pièces au sujet de ma famille sans parler d’amour. »

Infos pratiques :

Aux Tombées de la nuit, Julien Andujar présente Tatiana, le feuilleton, soit une version racontée en deux parties. Les épisodes s’inscrivent dans une continuité, mais peuvent être vus individuellement.

Épisode 1 • samedi 24 janvier 2026 : 18:00 > 18:50 (50 minutes)
Archives municipales de Rennes, 18 avenue Jules-Ferry, Rennes
Achetez vos billets

Épisode 2 • dimanche 25 janvier 2026 : 16:00 > 16:50 (50 minutes)
Grand’Chambre, Parlement de Bretagne, place du Parlement-de-Bretagne, Rennes
Achetez vos billets

8€ tarif unique • 4€ tarif Sortir !

Mardi 3 février, Tatiana sera présenté en version plateau au Triangle, dans le cadre du festival Waterproof, plongez dans la danse !. Plus de renseignements sur letriangle.org