Dans le port de Vannes, La Traverse Rive gauche est un lieu qui ne se contente pas d’ouvrir une porte, mais un passage…
Un passage entre la ville qui travaille et la ville qui rêve, entre les habitudes du quai et les audaces d’un tiers-lieu qui assume d’être multiculturel, indiscipliné, vivant. Dans ce quartier en mutation, La Traverse donne désormais à voir son projet au grand jour : ses espaces, sa ligne artistique, ses prochains développements, et cette énergie très concrète qui se mesure à ce qu’on y entend, à ce qu’on y goûte, à ce qu’on y rencontre. Dix-neuf artistes y sont actuellement en résidence, et certains ouvrent leur atelier, comme on entrouvre un carnet de recherche.

Le lieu, créé en décembre 2024, s’est déployé par étapes, comme une scène qu’on éclaire progressivement. Le 3 avril 2025, La Traverse a d’abord offert sa terrasse, et déjà l’on devinait la promesse : celle d’un point de rendez-vous qui ne ressemble pas aux autres. Puis le 23 mai 2025, le bar intérieur associatif a pris le relais, en gardant l’équipe de direction et l’esprit convivial de l’ancien Bref et Dédale. Ici, la culture n’est pas un supplément d’âme ; elle est un usage, au plan quotidien, au plan social, au plan sensible.
Le soir, la restauration type street food prolonge la logique du lieu : une carte pensée pour accompagner les temps culturels et les conversations qui s’étirent. Les assiettes sont préparées sur place, à partir de produits frais et de saison, issus de producteurs locaux. On vient pour un concert, on reste pour une discussion, et parfois on revient juste parce que l’atmosphère tient sa promesse : simple, accueillante, mais jamais tiède.
Le bar accueille une scène de concert avec une ou deux représentations par semaine selon les périodes. C’est le cœur battant, celui qui donne le tempo : découvrir, écouter, partager, se retrouver. Et c’est peut-être là que La Traverse réussit son pari le plus délicat : faire cohabiter l’exigence artistique et la convivialité sans que l’une serve d’alibi à l’autre.

Un tiers-lieu qui assume l’idée de “faire ensemble”
Depuis son ouverture, La Traverse s’affirme comme un lieu artistique et dynamique, autant pour les résidents que pour les visiteurs de passage. Elle réunit des artistes émergents ou confirmés, des habitants, des publics curieux, avec une logique qui dépasse la diffusion : il s’agit aussi de co-création, d’expérimentation, de croisements disciplinaires. Au plan local, l’objectif est clair : se connecter aux acteurs culturels, développer des partenariats durables et favoriser les synergies entre initiatives qui, ailleurs, s’ignorent ou se frôlent sans se rencontrer.
Au 1er étage, les espaces B et C accueillent une exposition immersive qui met en lumière des œuvres d’art contemporain urbain. L’entrée libre n’est pas un détail : c’est une manière de dire que l’on peut entrer par curiosité, rester par surprise, revenir par attachement. L’espace est conçu pour offrir une expérience sensorielle, et pour accompagner le public dans sa découverte des œuvres, en favorisant l’échange et la compréhension des démarches, sans transformer l’art en cours magistral.
Concerts, expositions, projections : une programmation qui refuse de choisir
Les événements à La Traverse dessinent une cartographie volontairement ouverte : expositions immersives, concerts, spectacles vivants, projections cinématographiques, DJ sets, et même de la magie en close-up le dimanche. La programmation musicale se veut plurielle, exigeante, parfois décalée, et c’est tant mieux : la scène peut faire dialoguer jazz, rock, rock breton et karaoké, avec cette idée simple que la culture est aussi un lieu d’essai, pas seulement un lieu de validation.
La Traverse joue aussi un rôle central au plan de l’Éducation artistique et culturelle : accueil de groupes scolaires et de publics spécifiques, attention portée à la transmission, et désir de rendre les pratiques pluridisciplinaires accessibles aux jeunes. Ici, la curiosité n’est pas un slogan ; elle s’attrape en voyant des artistes travailler, en posant une question, en entrant dans un atelier, et en découvrant que la création est un geste, pas un mythe.
Le lieu s’est développé comme une maison de culture à pièces multiples
Le Super 8, au rez-de-chaussée, accueille depuis le 8 octobre 2025 les arts vivants et les projections de films dans un espace hybride à taille humaine. La salle compte 50 places et une scène adaptée aux troupes, avec une programmation accessible, pop et vivante, qui privilégie les formats singuliers et les temps de rencontre avec les publics.

En octobre 2025, le Bar à Lire a ouvert ses portes. L’idée est belle parce qu’elle est simple : un espace de respiration qui prolonge l’expérience culturelle. On y feuillette des livres d’art, on échange des romans de poche, on s’attarde autour d’un thé ou d’un verre soigneusement choisi. Le Bar à Lire n’est ni une bibliothèque, ni un bar au sens classique ; c’est un endroit chaleureux, dédié au calme et à la conversation, comme un contre-rythme dans la ville.

Le Bar à Lire est annoncé ouvert du mardi au vendredi dès 11h. On s’y retrouve entre amis, collègues ou voisins, autour d’une cuisine gourmande, entièrement faite maison. Là encore, l’important n’est pas seulement ce qui est servi, mais ce que cela rend possible : la continuité entre le midi, l’après-midi et le soir, entre l’usage quotidien et l’événement.

En novembre 2025, la Galerie est inaugurée : un espace d’exposition professionnel, qui accueille des artistes de divers horizons, dont ceux en résidence au second étage. On y trouve aussi une boutique dédiée aux livres d’artistes, micro-éditions et créations originales. La programmation est ouverte aux candidatures et les projets sont sélectionnés par un comité artistique composé de neuf professionnels, afin d’assurer la cohérence et l’exigence des propositions. Au plan concret, la galerie soutient la diffusion, la professionnalisation et la valorisation économique des œuvres, tout en donnant un vrai cadre de rencontre avec les publics.

Les ateliers : le vrai moteur, celui qu’on ne voit pas toujours mais qui fait tout tenir
Les ateliers d’artistes sont le pilier essentiel de La Traverse. Ils affirment la volonté de soutenir la création contemporaine dans toute sa diversité, non pas comme une décoration du lieu, mais comme sa colonne vertébrale. Dix-neuf artistes, aux disciplines variées, sont actuellement accueillis en résidence au second étage, au sein d’un ensemble de 30 ateliers qui favorisent l’émulation et les croisements, sans oublier l’exigence première du travail : du temps, un espace, et une concentration possible.
Parmi eux : deux céramistes (Claire Carré, Salomé Dubart), cinq peintres (Pedro Tasende, Claire Pineau, Jeanne Raimbault, Greky, Karine Derrien – peinture et textile), un sculpteur (Clemmy Pastre), deux autrices (Anne Clairon, Justine Guichen), cinq artistes autour du tissage (Catharina Holmberg, Violaine Buet – algues, Gaëlle Stévan – design, Jamie Howes et Florence Wuillai – laine), un illustrateur (Thomas Hair), un duo de musiciens (Célestin Paillier, Elouan Begoc), un groupe de comédiens (Yohann, Max, Sklaerenn, Caroline) et une photographe (Laura Verheyde).
Coup de projecteur : deux résidences, deux manières d’habiter le geste
— Thomas Hair développe un rapport instinctif à l’image. Marqué par la culture skate des années 1990, il explore le dessin, le tag, la photographie et la vidéo, et cette liberté initiale demeure une force de son travail. Après une formation aux Beaux-Arts puis à l’université de Brighton, l’Allemagne et Berlin deviennent pour lui un vaste laboratoire : friches, scènes alternatives, street art, galeries hors-format. De retour en France, il passe par le graphisme et la direction artistique, jusqu’à ce que le dessin reprenne toute la place. Son œuvre graphique, brute et précise, est nourrie de récits personnels et de références issues des contre-cultures ; elle fait dialoguer l’instinct et la réflexion, et compose un monde où la beauté, sombre et électrique, refuse d’être décorative.
— Catharina Holmberg, artiste textile d’origine suédoise installée à Le Bono, explore le tissage comme un langage à part entière. Son travail aborde la transmission, la mémoire et ce qui nous relie. Elle développe deux axes qui se répondent : d’un côté, des textiles revalorisés qui portent un univers métissé et participatif, où le geste devient espace de partage ; de l’autre, des œuvres en lin brut, plus introspectives, composées de fines bobines industrielles, avec une esthétique épurée qui laisse place au vide, à la lumière et au silence de la matière. À travers le tissage, elle interroge les liens invisibles entre individus, territoires et souvenirs, dans une œuvre qui oscille entre ancrage et ouverture.
Au final, La Traverse est devenue un endroit rare : un lieu où l’on peut venir “juste boire un verre”, et ressortir avec une exposition en tête, une voix entendue sur scène, une œuvre découverte, ou une conversation qui déplace. Sur le port de Vannes, elle apporte ce que les villes cherchent souvent au mauvais endroit : un espace où l’on se rencontre vraiment, parce que la culture y est vécue, au plan concret, au plan humain.
Infos pratiques
La Traverse – Tiers-lieu multiculturel
8 rue du Commerce, Port de Vannes (56)
Horaires d’ouverture
Le Bar : 7 jours/7, de 16h à 23h ; jeudi, vendredi et samedi : de 16h à 01h
Le Bar à Lire : du mardi au dimanche, de 11h à 23h (selon votre mention ; si vous souhaitez, je peux harmoniser avec “dès 11h du mardi au vendredi” pour éviter l’ambiguïté)
Tous les événements sont en entrée libre, sauf la magie au Super 8.
Contact : onparle@latraverse.art
