
En signant Narcos, la série la plus cokée de l’année, Netflix a aussi signé un de ses plus beaux succès. Mais en revenant sur les origines du narcotrafic colombien, la série a aussi fantasmé de nombreuses réalités. Alors pour faire le point sur le trafic d’hier et d’aujourd’hui, nos partenaires des Décloitrés ont demandé à Vincent Nagot – étudiant de Sc Po Rennes qui revient de Bogotá où il a séjourné plusieurs mois – ses impressions sur la série.



Tu as participé au tournage de Narcos. Peux-tu nous raconter brièvement cette expérience ?

J’ai tourné trois fois avec eux. La première, c’était au ministère de l’Environnement où ils tournaient les scènes à l’ambassade américaine. J’ai joué un militaire colombien, mais au final on ne me voit pas. La seconde était deux jours après. Je jouais un visiteur lambda pour une scène dans un hôpital colombien, maquillé en hôpital de Miami. 
Et le narcotrafic en Colombie ? Comment est-ce qu’on vit avec au jour le jour ? Perçoit-on l’omniprésence de la cocaïne ?


Comment s’organise la lutte contre les cartels et le trafic ? Assiste-t-on à un combat contre les pratiques d’échange de la drogue ?


(NDLR Les grands cartels font référence aux années 80 et au début des années 90 lorsque se sont succédé les cartels de Medellín, dirigé par Pablo Escobar, et de Cali, dirigé par Pacho Herrera, au contrôle d’une grande partie du narcotrafic colombien. Depuis les monopoles n’ont pas été reconstitués.)
Qu’as-tu pensé de la série Narcos ?


C’était une époque où la représentation de l’État colombien sur le territoire était difficile et souvent illusoire dans des régions reculées, difficiles d’accès et marquées par de fortes identités locales. Les services publics basiques n’étaient pas toujours assurés dans les campagnes ou dans les régions éloignées. Et les lois faites par le gouvernement avaient souvent du mal à être respectées. Cette contextualisation n’est pas faite, il me semble, dans la série.

Ensuite, Narcos occulte presque totalement la présence des groupes guérilleristes ou celle des groupes paramilitaires d’extrême droite. Là encore, la série simplifie l’hétérogénéité de ces mouvements. Le seul mouvement guerrilleriste évoqué est celui du M-19, présenté comme une guérilla rurale, dans la jungle, alors qu’elle était plus urbaine. Il y a aussi les FARC dont la série ne parle pas ou ELN (Ejército de Liberación Nacional, pour Armée de Libération Nationale. NDLR)
Comment penses-tu que les Colombiens ont réagi en entendant parler de la série ou en la voyant ? Par rapport à ce passé qui est encore récent…



À côté de ça, la société, elle, vit encore à travers le traumatisme de cette époque, qui a été très dure. Je sais par exemple que la femme et les enfants d’un de mes voisins ont été kidnappés. Même si c’était lui qui était visé, car il était très riche. Cela pouvait arriver fréquemment et dans tous les milieux. Ça a marqué les gens… Les Colombiens ont développé une défiance envers leurs compatriotes. Ils te disent « Fais attention là ! », etc. Ils ont une mauvaise image d’eux-mêmes. Est-ce que ça vient du trafic de drogue ou de l’histoire de la Colombie en général, assez violente et marquée par plusieurs guerres civiles ? Je ne saurais dire.
C’est un vrai travail sur la citoyenneté qu’il faudrait entreprendre pour restaurer cette confiance qui est abimée au quotidien par des incivilités. Un ancien maire de Bogotá avait lancé des mesures phares dans ce sens, en instaurant un couvre-feu à 2h, ou des mimes pour apprendre aux gens à s’arrêter aux passages piétons.