Crématorium, le mot suffit à faire monter la tension, parce qu’il touche à l’intime autant qu’au collectif. À Saint-Germain-en-Coglès, près de Fougères (Ille-et-Vilaine), le débat ne porte pas tant sur la légitimité d’un équipement funéraire attendu que sur son implantation au cœur d’un secteur où la ressource en eau potable fait l’objet de protections spécifiques.
Un besoin de crématorium ? La demande existe, elle est légitime. La crémation progresse, les familles demandent de la proximité, des délais raisonnables et des trajets moins lourds au plan humain. Un crématorium à l’est de l’Ille-et-Vilaine répond à une logique de service public – et c’est précisément ce qui rend l’affaire délicate. Car, la controverse ne vise pas d’abord l’existence d’un crématorium, mais le lieu retenu pour l’accueillir.
Le choix du terrain en une ZA pratique, mais un site sensible
Le projet vise la ZA de la Gare, au 63 ZA La Gare à Saint-Germain-en-Coglès, pour un bâtiment d’environ 532 m². Le permis de construire a été signé en septembre 2025 par le maire, Daniel Helbert. Mais l’arrêté rappelle un point décisif, le permis ne peut pas être mis en œuvre avant la délivrance de l’autorisation environnementale. Le dossier ne se joue donc pas seulement au plan urbanistique, mais aussi au plan environnemental.
En amont, la MRAe Bretagne a demandé des compléments en jugeant l’étude environnementale insuffisamment étayée sur plusieurs aspects, notamment l’efficacité des mesures et leur suivi. Et, au fil de l’instruction, la question centrale s’est imposée : la compatibilité du site avec la protection d’une ressource en eau potable.
La CLE du SAGE Couesnon situe explicitement le projet « au sein des périmètres de protection des Drains du Coglais », ressource stratégique pour l’alimentation en eau du département, et rappelle un faisceau d’alertes : avis défavorable de la CEBR (septembre 2025) et avis défavorable de l’ARS (septembre 2025), ainsi que des demandes de compléments, notamment sur le mercure.

Mercure, retombées, ruissellements, un “risque acceptable” ?
Pourquoi le mercure cristallise-t-il autant ? Parce qu’il renvoie à une crainte très concrète qui est la dégradation progressive de la qualité des sols et des eaux, par dépôts, migration et accumulation au fil des années. Dans sa délibération, la CLE du SAGE Couesnon mentionne le mercure comme « substance hautement toxique », soluble après dépôt sur le sol, et susceptible de s’accumuler dans la chaîne alimentaire. Elle conclut en conséquence à un avis négatif sur l’installation du projet à la ZA de la Gare, au nom de la prudence. Au plan de l’ARS, un courrier précise notamment l’absence d’alternative proposée, souligne que le site retenu se situe au sein des périmètres de protection, et pointe le caractère stratégique de la ressource au regard de l’eau potable, en rappelant aussi l’attention portée aux polluants atmosphériques et à leurs conséquences possibles.

La réponse technique… “possible, mais sous conditions”
Le dossier ne se résume pas à des avis défavorables. Un hydrogéologue agréé par l’ARS est désigné et rend un avis technique avec des réserves et des prescriptions. Le point sensible est structurel. En effet, une partie des garanties réclamées repose sur la durée, c’est-à-dire sur la qualité réelle de l’exploitation. Dans une zone ordinaire, cela peut suffire à calmer le débat. Dans un périmètre lié à l’eau potable, l’acceptabilité sociale devient plus exigeante. Il ne s’agit plus seulement de réduire un risque, mais de convaincre que l’emplacement n’expose pas inutilement un bien commun vital.

L’enquête publique rend un avis favorable, mais conditionnel
L’enquête publique se déroule d’octobre à novembre 2025. Dans ses conclusions et avis, la commissaire enquêtrice rappelle les contributions, les inquiétudes et les arguments, puis conclut ainsi :
« Sous la réserve que le porteur de projet observe strictement ses engagements sur l’application des prescriptions de l’hydrogéologue agréé par l’ARS, je donne un avis favorable à la réalisation du projet de crématorium à Saint-Germain-en-Coglès. » (fait à Rennes, le 30 décembre 2025, P. Le Floch-Vannier)
Cette formulation résume la tension du dossier : un “oui”, mais adossé à un “si” particulièrement lourd au plan du contrôle et de la confiance.

Annuler le permis, relocaliser, élargir le portage
Les associations mobilisées et des riverains demandent l’annulation du permis de construire et, surtout, une relocalisation sur un terrain jugé plus adapté en rappelant qu’elles ne contestent pas la demande de crémation mais l’implantation au sein d’un secteur protégé pour l’eau. Elles souhaitent aussi que le projet soit porté à une échelle intercommunale plus large (par exemple Couesnon Marches de Bretagne et/ou Fougères Agglomération), afin de rouvrir la recherche foncière et d’éviter un conflit durable.
Dans cette affaire, le plus troublant n’est pas la présence d’un projet. C’est la persistance d’un site contesté, malgré un faisceau d’avis qui alertent sur la ressource en eau. Un équipement de cette nature se construit au plan technique, mais aussi au plan démocratique, autremnt dit par la confiance, par la transparence, par une démonstration solide du meilleur endroit. Quand le doute subsiste, il ne doit pas être géré comme un bruit de fond, mais comme un signal. Et si l’on veut un crématorium utile, accepté, durable, alors le premier geste de responsabilité n’est pas de convaincre, mais de déplacer. L’apaisement ne viendra certainement pas d’un bras de fer, mais sans doute d’un terrain mieux choisi.

