À la Roche-Jagu, Lucien Pouëdras ou la mémoire des champs du 8 mai au 27 septembre 2026

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Lucien Pouëdras

Du 8 mai au 27 septembre 2026, le Domaine départemental de la Roche-Jagu (Ploëzal, Côtes-d’Armor) consacre une exposition d’ampleur à Lucien Pouëdras, figure singulière de la peinture bretonne.

L’accrochage réunit 124 œuvres originales, dont une part importante de toiles réalisées depuis 2018, et propose un dispositif rare, presque intime, où l’on peut aussi entendre la voix de l’artiste à travers des commentaires sonores.

Le titre, La mémoire du peintre, dit l’enjeu sans détour. Il ne s’agit pas seulement d’un parcours esthétique, mais d’une traversée d’un monde rural breton que l’après-guerre a accéléré, déplacé, parfois effacé, au plan des paysages comme au plan des gestes, des rythmes et des sociabilités.

Lucien Pouëdras

Un peintre-témoin, plus libre que “naïf”

Né en 1937 à Languidic (Morbihan), Lucien Pouëdras a grandi dans une ferme et a longtemps vécu de l’intérieur ce que ses tableaux n’ont cessé de reprendre, de fixer, d’interroger.

On l’a parfois rangé, un peu vite, dans la “peinture naïve”. L’exposition prend précisément le contrepied de l’étiquette. Elle rappelle la puissance de sa composition, l’art de la narration silencieuse, et cette manière de faire tenir ensemble le document et le songe. À la Roche-Jagu, Pouëdras apparaît surtout comme un peintre libre, qui a choisi la figuration non pour simplifier le réel, mais pour le rendre partageable.

Lucien Pouëdras

Avant le remembrement, une Bretagne vécue, pas folklorisée

Ce que Pouëdras saisit, ce n’est pas “la Bretagne” comme carte postale. Ce sont des micro-scènes et des milieux : chemins creux, talus, landes, champs morcelés, haies, fermes, petites communautés de travail. Le remembrement d’après-guerre n’est pas ici un slogan, mais une rupture concrète, visible dans les formes du territoire et dans la texture même des souvenirs que ses tableaux portent, sans nostalgie facile.

La grande idée de cette exposition tient aussi à son double registre. D’un côté, une lecture quasi ethnologique, car les toiles restituent outils, cultures, saisons et usages. De l’autre, une lecture pleinement contemporaine, car l’œuvre, en creux, interroge la disparition de certaines biodiversités et l’appauvrissement des continuités paysagères, au moment même où l’écologie redevient un langage commun.

Lucien Pouëdras

La voix de l’artiste, un supplément d’âme

Les commentaires sonores annoncés par le Domaine ajoutent une dimension précieuse : celle du témoignage direct. On ne regarde plus seulement des scènes peintes, on entend une mémoire racontée, avec ses détails, ses inflexions, ses évidences d’époque. Ce dispositif, rare en exposition monographique, transforme la visite en conversation, et redonne au tableau sa fonction première : être un récit transmis.

Informations pratiques

  • Dates : du 8 mai au 27 septembre 2026
  • Lieu : Domaine départemental de la Roche-Jagu, 22260 Ploëzal
  • Tarifs exposition : 6,50 € (plein tarif) ; 4,50 € (tarif réduit)
  • À noter : le parc est en accès libre et gratuit toute l’année
  • Traductions : exposition annoncée traduite en anglais et en breton
  • Contact : 02 96 95 62 35