Il y a des ateliers qui ressemblent à des ateliers. Et d’autres qui ressemblent à des cabanes à histoires : des lieux où l’on vient travailler, certes, mais aussi reprendre son souffle, s’échanger des solutions, confronter un cadrage, une couleur, un rythme de page, une chute. À Rennes, l’atelier Pépé Martini appartient à cette seconde famille : un collectif qui réunit des métiers de l’image et du récit — auteurs de bande dessinée, illustrateurs, dessinateurs de presse, coloristes, animateurs 3D, parfois réalisateurs — et qui cultive, au quotidien, une idée simple : la création est souvent solitaire, mais elle gagne à être entourée.
Installé au sein des locaux d’Ezgourd’Mirettes (2 rue d’Andorre, 35200 Rennes), le lieu fonctionne comme une ruche discrète : on y dessine, on y écrit, on y découpe le temps en séquences, on y cherche la bonne ellipse — et, régulièrement, on en sort pour aller à la rencontre du public, des médiathèques, des festivals, des classes.
Un atelier-collectif, au sens fort
Le mot « atelier » dit souvent une adresse. Ici, il dit surtout une méthode. Un album naît rarement d’un seul geste : il passe par des étapes (récit, personnages, storyboard, crayonné, encrage, mise en couleur, lettrage) et par une série de décisions concrètes — ce que l’on montre, ce que l’on cache, ce que l’on accélère, ce que l’on laisse respirer. L’atelier Pépé Martini s’est aussi fait connaître par sa capacité à transmettre ces coulisses : ateliers d’initiation, approches ludiques, contraintes d’écriture, fabrication collective de planches, pédagogie de la narration dessinée.
Le principe est limpide : rendre visible la mécanique de la BD, sans jamais l’assécher. Car apprendre à « faire une case », ce n’est pas apprendre un dessin ; c’est apprendre une phrase visuelle, une ponctuation, une musique du regard.
Une constellation d’auteurs, une scène rennaise bien vivante
L’atelier Pépé Martini s’inscrit dans une géographie culturelle où la bande dessinée n’est pas un genre périphérique, mais un langage à part entière : festivals, librairies, médiathèques, revues, formes hybrides entre concert dessiné, lecture, exposition, performance.
Plusieurs auteurs associés à Rennes y sont passés ou y travaillent. Lomig, par exemple, est présenté par le festival Rue des livres comme vivant à Rennes et travaillant à l’atelier Pépé Martini ; il y est aussi mentionné comme cofondateur de la revue rennaise La Vilaine. D’autres noms, repérables dans l’écosystème et les activités publiques de l’atelier, reviennent régulièrement : Zanzim, Jop, Lionel Chouin, ou encore des profils d’illustration et de graphisme qui font dialoguer la BD avec d’autres arts.
Cette diversité de trajectoires est, au plan artistique, une force : elle crée des frottements entre styles, des manières de raconter, des outils (du trait humoristique au récit long, de l’illustration à la séquence documentaire), et rappelle qu’un atelier n’est pas seulement un lieu de production, mais un milieu.
Sortir de la bulle : rencontres, ateliers, créations partagées
Le collectif ne reste pas replié sur ses planches. Il apparaît dans des programmations publiques qui mettent la BD au travail, au présent : en 2021, Rue des livres (en partenariat avec TVR) proposait un reportage consacré à l’atelier Pépé Martini, dans une édition adaptée au contexte sanitaire. Plus récemment, l’atelier est aussi associé à des formats participatifs : à l’Antipode, par exemple, une proposition invitait des adolescent·es à fabriquer une BD improvisée collectivement, accompagnés par des membres de l’atelier (avec l’idée stimulante qu’« il manque des cases » et que le public vient, littéralement, compléter l’histoire).
Ce type de démarche dit bien la vocation du lieu : faire circuler. Circuler entre auteurs, entre techniques, entre générations, entre la table à dessin et la ville.
Infos pratiques
Atelier Pépé Martini
Au sein d’Ezgourd’Mirettes
2 rue d’Andorre, 35200 Rennes
Contact : atelier.pepe.martini@gmail.com
Page Facebook : Atelier Pépé Martini
