Le film L’Inconnu de la Grande Arche est un drame réalisé par Stéphane Demoustier. À l’affiche : Claes Bang, Sidse Babett Knudsen et Xavier Dolan. Le film explore, de façon originale, les secrets du pouvoir et ceux de l’architecture dans le Paris des années 1980, sous la présidence de François Mitterrand.
Notre critique : un grand film sur l’idéal mis à l’épreuve
Il y a des films qui racontent un monument comme on raconte une prouesse ; L’Inconnu de la Grande Arche fait mieux : il raconte une naissance, au sens organique, douloureux et magnifique du terme. Stéphane Demoustier transforme un dossier d’État, des réunions, des notes, des arbitrages, en tragédie moderne : celle d’un homme venu avec une forme de pureté — l’architecture comme promesse — et qui découvre que le réel n’est pas un ennemi frontal, mais un mille-feuille de contraintes, d’ego, de délais, de symboles à sauver et de compromis à signer.
La mise en scène a cette intelligence rare : elle fait sentir l’architecture avant même de la montrer. Les lignes, les cadres, les couloirs, les perspectives composent un langage ; et ce langage finit par devenir le véritable enjeu politique du film. À mesure que le chantier avance, on comprend que la Grande Arche n’est pas seulement un objet dans le décor : c’est un personnage, une idée debout, un idéal qu’on tente de ne pas trahir. Au plan cinématographique, Stéphane Demoustier signe un récit tendu, presque un thriller administratif, mais avec une mélancolie souterraine : celle des œuvres trop grandes pour les procédures qui les entourent.
Ce qui emporte, surtout, c’est la justesse du ton : le film ne verse ni dans la démonstration ni dans la nostalgie. Il observe comment le pouvoir fabrique des images et des monuments, et comment, inversement, une œuvre d’architecture vient exiger du pouvoir une hauteur qu’il n’a pas toujours. Résultat : un film très cinématographique sur un sujet qu’on aurait pu croire austère, et qui devient ici incandescent — parce qu’il parle, en creux, de nous : de ce que nous acceptons de perdre quand nous échangeons l’idéal contre l’efficacité.
On sort de la séance avec l’envie de lever la tête : vers la Grande Arche, bien sûr, mais aussi vers l’idée qu’une ville, parfois, peut encore être un récit commun. Un très beau film, ambitieux et profondément inspirant.
