Cette réédition du roman de Marie Le Franc paru en 1930 (Rieder, coll. « Prosateurs français contemporains ») est une vraie fête littéraire pour celles et ceux qui aiment la nature et la belle littérature. Un roman dans une langue dépouillée de tout baroque où les émotions sont vécues à fleur de peau et de poésie. Vous ne connaissez pas encore Marie ? Eh bien voilà l’occasion d’une première rencontre.
Sans refaire sa biographie, disons simplement que si Marie Le Franc appartient au siècle dernier, elle a tout pour revenir en pleine actualité. Partagée entre le Canada et la Bretagne, ses deux terres adoptées dès 1906 et qu’elle fera vivre dans tous ses écrits, elle nous apporte ici le goût, les odeurs et les couleurs des grands espaces québécois. Hélier, fils des bois fait partie de son œuvre romancière à côté de recueils de poésie et de récits. Dans ses ouvrages, il n’y a jamais de nombreux personnages. C’est le cas dans ce roman où nous croisons ; Hélier, coureurs des bois aux mille métiers, une haute stature, peau tannée, yeux noirs ; Renaut Saint Cyr, un diplomate, un mondain, charmeur, cultivé, raffiné qui s’avèrera face aux épreuves un rien superficiel ; et Julienne Javilliers, fille des livres et des villes, Marie en somme, à la recherche d’un monde nouveau, obstinée à trouver sa voie dans les grands espaces du Québec, ici les Laurentides, le lac Tremblant, la Baie-aux-ours.
Les livres de Marie Le Franc tiennent à la fois du rêve et de la réalité et construisent des voyages que nous ferions bien d’emprunter nous aussi au lieu de nous réjouir par écrans interposés, d’une part de la grande ou de la plus modeste nature à portée de mains et, d’autre part, des humains avec qui nous devrions réapprendre à parler et faire société. Marie Le Franc nous en montre le chemin dans ces montagnes boisées et ces milliers de rivières à poissons et de lacs. Elle a un don particulier pour rendre vivants les vents, les arbres, les nuages, ils deviennent avec elle nos compagnons de route. La solitude prend alors toute la vie qui l’entoure, les couleurs, les odeurs, le toucher, les souffles et les plaintes qui bruissent dans l’obscurité des nuits. C’est là que nous revenons à notre vérité, à l’essentiel d’une vie.

La force de Marie le Franc est de tisser ces liens si minces où la nature révèle les êtres à eux-mêmes. Que peut bien signifier ici avancer et revenir sur ses pas, se perdre avant de se retrouver ? Sinon que nous sommes vulnérables, démunis, devant ces géants et parmi ces eaux à la fois paisibles et impétueuses. La nature dans les romans de Marie Le Franc inspire la psychologie des personnages, leurs vécus et leurs actes. Les intrigues, les amours s’y enracinent. Ombres et mystères ne sont jamais loin. Oui les romans de Marie Le Franc sont un appel à l’ailleurs. Ils sont aussi un appel à la liberté des femmes. Elle a ainsi toute sa place dans la collection UniversELLES des éditions Goater.
Hélier, fils des bois de Marie Le Franc, préface de Gaëlle Pairel, collections UniversELLEs, éditions Goater, 326 pages, 10,50€. Parution : mai 2025
