Nous ne parlons jamais, et pourtant elles le mériteraient, de toutes ces associations ou sociétés qui font vivre la mémoire des écrivains. Passionné(e)s, bénévoles, noms connus ou inconnus dans leurs comités, disposant ou pas d’un lieu de résidence… C’est en chroniquant récemment un livre que l’idée m’est venue d’ouvrir ces quelques lignes sur elles (voir fin d’article).
Impossible de toutes les recenser bien entendu et telle n’est pas mon intention. Plutôt donc en choisir parmi les proches, de Bretagne par exemple, de celles qui ont subi l’épreuve du temps et parfois lutté pour exister contre vents et marées. En voici deux qui à bien des égards se distinguent l’une de l’autre. La société des Amis de Louis Guilloux et l’association Les amis de Marie Le Franc.
La première s’appuie sur un lieu, la maison de l’écrivain, libre à la visite à Saint Brieuc. Sa création remonte à la disparition de Louis Guilloux en 1980 et compte parmi ses fondateurs des noms prestigieux dont Edmond Hervé, Florence et Clara Malraux, André Chamson, Jean Daniel, Robert Gallimard, Roger Grenier, Marcel Maréchal, Maurice Nadeau, Jorge Semprun, Germaine Tillion. Elle propose des rencontres littéraires, des promenades sur les pas de l’écrivain à Saint Brieuc, des résidences d’autrices et d’auteurs, des ateliers d’écriture. Elle édite une revue, Confrontations, et a créé le prix Louis Guilloux des jeunes. Des soirées d’hommage à l’écrivain sont parfois organisées hors de Saint Brieuc comme celle tenue en décembre 2025 à l’Hôtel du Nord à Paris à l’initiative de Frédéric Laurent, son petit-fils. Une soirée soutenue par les Éditions Gallimard et Denoël, en présence entre autres d’Éric Vuillard, prix Goncourt 2017, et d’Emmanuelle Lambert, prix Femina essai 2019. Comment avec eux ne pas saluer ici, encore et toujours, l’auteur de La maison du peuple, Le Sang noir, Le pain des rêves, Le jeu de patience, autant de titres qui ont marqué plus d’un d’entre nous. Grand romancier, référence morale par ses engagements et ses combats, enraciné dans sa terre de Bretagne et campé face à la mer de sa fenêtre.
La seconde, celle des amis de Marie Le Franc, ne prétend pas au même prestige mais est tout autant vivante. Ce n’est pas sans raison que je l’ai choisie pour cette chronique. Marie Le Franc m’est en effet familière pour l’avoir accompagnée modestement dans quelques ouvrages1. Cette association embrasse non pas une résidence mais une presqu’île entière, celle de Rhuys. Et mieux encore, elle étend son influence jusqu’au Québec où elle compte plus que des amis2. Créée en 1996, et malgré sa tenue modeste, elle a su réunir des forces capables de faire rééditer les œuvres de Marie Le Franc au fil des ans des deux côtés de l’Atlantique. Dans la presqu’île, des panneaux littéraires3 tournés vers les paysages marins du Golfe et de l’Océan marquent les lieux de son inspiration et de sa vie. Ils témoignent des gens de mer et de terre et de la nature qui les entoure. Banastère, Pencadénic, Le Roaliguen, etc. et jusqu’au lac Marie Le Franc dans les Laurentides qui ont inspiré son roman, Hélier, fils des bois. Poète, romancière, nouvelliste, elle se fait connaître par le prix Femina 1927 pour son roman Grand-Louis l’Innocent. Se succèderont ensuite Le Poste sur la dune, Grand-Louis le Revenant, La Rivière solitaire, La Randonnée passionnée, Pêcheurs de Gaspésie pour n’en citer que quelques-uns. Ajoutons à cette liste Enfance marine, un livre autobiographique tout en tendresse, ce dernier paru en 1959.
N’hésitez pas à pousser la porte de ces associations et, pourquoi pas, à en devenir membre.
Pour aller plus loin :
Site Louis GUILLOUX
Association Marie Le Franc
Site Les Amis de Jean GUÉHENNO
Site de la Société des études de Rénaniennes
1 Appelons-la Marie, Rencontre avec Marie Le Franc, collection Rivages, éditions Riveneuve, 2012, et dans l’ouvrage collectif « La Bretagne des écrivains » aux éditions Alexandrines (« Marie Le franc ou l’écriture de la vie », pp 34-41, 2014.
2 Les travaux de Rachel Bouvet à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) ont été à ce titre remarquables. D’autres plus récemment ont pris la relève comme Aurélien Boivin et Gwenaëlle Lucas.
3 Sonorisés depuis 2022, chaque lieu est l’occasion d’une lecture d’extraits de ses œuvres sur un fond musical de la symphonie Bretagne (Didier Squiban et Pierre-Yves Moign).
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