Pour les amoureux d’images, d’art et de récit visuel, ce bicentenaire est une occasion rare de voyager dans le temps : des premières images fixées sur une plaque aux créations contemporaines, la photographie raconte autant nos techniques que nos manières de voir. Et, au-delà des célébrations, elle invite à regarder autrement ce qui semblait “évident” : la lumière, les corps, les villes, le quotidien, l’Histoire en train de se faire.
1826 : Niépce, Daguerre, Talbot… trois pionniers, trois routes vers la lumière
Nicéphore Niépce est généralement considéré comme l’auteur de la première photographie “durable”. Louis Daguerre perfectionne la fixation de l’image et contribue à faire entrer le procédé dans l’ère de la diffusion. William Henry Fox Talbot, de son côté, invente un principe décisif : le négatif permettant de produire plusieurs tirages.
Après de longues années de recherches, Nicéphore Niépce (1765-1833) parvient dès les années 1810-1820 à obtenir des images sur des supports traités à des substances sensibles à la lumière. Mais ces premières tentatives restent fragiles : on “voit” l’image, sans toujours pouvoir la conserver durablement.

Il faut attendre 1826 (souvent datée 1826-1827) pour que Niépce réalise ce qui est considéré comme la première photographie conservée : Le Point de vue du Gras, prise depuis la fenêtre de son atelier à Saint-Loup-de-Varennes (Saône-et-Loire). Le principe est celui de l’héliographie : une plaque métallique (souvent décrite comme de l’étain, parfois du cuivre) est enduite de bitume de Judée dissous, puis exposée dans une chambre noire. La lumière durcit progressivement la matière ; après traitement, l’image apparaît. Le temps de pose est très long : on parle de plusieurs heures, voire davantage selon les reconstitutions.


Quelques années plus tard, Niépce s’associe avec Louis Daguerre (1787-1851), peintre-décorateur et inventeur, pour améliorer le procédé. Après la mort de Niépce (5 juillet 1833), Daguerre poursuit les recherches et met au point une technique qui accélère considérablement la formation de l’image : une plaque métallisée, sensibilisée à l’iodure d’argent, est exposée, puis l’image latente est révélée. Les progrès techniques permettent de réduire le temps de pose et d’obtenir des images plus nettes.

En 1839, le daguerréotype est rendu public : c’est le premier procédé photographique fiable à connaître une diffusion large. La photographie entre alors dans une nouvelle époque : elle n’est plus seulement une expérimentation, elle devient un outil (scientifique, documentaire, artistique) et un objet social.
Un matin de mai 1838, Daguerre réalise l’une des images les plus célèbres des débuts : une vue du boulevard du Temple, depuis la fenêtre de son atelier parisien. Grâce à la durée de pose, la rue semble presque vide… sauf une scène restée immobile assez longtemps : un passant se faisant cirer les chaussures. Pour la première fois, des êtres humains apparaissent dans une photographie.

De son côté, William Henry Fox Talbot (1800-1877) développe en Angleterre un autre chemin technique : le principe du négatif sur papier. Dès les années 1830, ses “dessins photogéniques” aboutissent à un procédé majeur (rendu public en 1841) : le calotype, qui permet de créer un négatif puis d’en tirer plusieurs positifs. Cette logique négatif/positif, décisive pour la reproduction, structurera la photographie argentique pendant plus d’un siècle, jusqu’à l’ère numérique.


Une célébration nationale annoncée de septembre 2026 à septembre 2027
La photographie aura 200 ans en 2026. À cette occasion, une grande célébration est annoncée en France de septembre 2026 à septembre 2027 pour mettre à l’honneur la création et le patrimoine photographique : expositions, rencontres, projets participatifs, conférences, ateliers éducatifs… Autant de formats pour rappeler que la photographie est à la fois un art, une archive, une preuve, une fiction, un langage.
À travers plusieurs rendez-vous au fil de l’année, Paris proposera des événements et expositions pour accompagner ce bicentenaire.
Premier rendez-vous : jeudi 22 janvier 2026, Institut français de Finlande (Paris)
Jeudi 22 janvier 2026, de 17h à 19h, l’Institut français de Finlande propose une soirée immersive (dans le cadre de la Nuit de la science 2026) pour explorer l’histoire de la capture de la lumière “au-delà du simple clic”.
Au fil de la soirée, le public est invité à comprendre comment une image apparemment calme — une vue depuis une fenêtre — peut révéler tout un monde en transformation. Le programme fait dialoguer histoire des techniques, patrimoine, et pratiques contemporaines inspirées de procédés anciens, parfois même sans appareil photo.
Au programme (temps forts) :
- Documentaire : Objectif Niépce
- Analyse historique du Point de vue du Gras, avec le docteur Jan Middelbos (Université Rennes 2)
- En quête de la couleur : premiers autochromes de la collection du Musée finlandais de la photographie
- Photographie contemporaine basée sur des techniques anciennes, avec Jérémy Barrois, artiste photographe
- Le jardin héliographique : photogrammes, chimigrammes et autres techniques photosensibles sans appareil photo, avec le docteur Tuula Närhinen
- Exposition pop-up participative : Le point de vue depuis ma fenêtre
- Déambulation et échanges avec les intervenants, initiation à la prise de photo instantanée
Adresse : Institut français de Finlande, 60 rue des Écoles, 75005 Paris
Téléphone : 07 68 44 07 68

Repères : trois dates pour situer l’invention
- 1826-1827 : Niépce réalise la première photographie conservée (Le Point de vue du Gras).
- 1839 : le daguerréotype est rendu public et la photographie commence sa diffusion.
- 1841 : Talbot rend public le calotype, fondé sur le négatif/positif reproductible.
