PHAKT Rennes. Fractographie de Pascal Jounier Trémelo ou l’art de faire parler les fissures

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Pascal Jounier Trémelo artiste

Avec Fractographie, l’artiste rennais Pascal Jounier Trémelo part d’un geste presque humble qui est d’observer une cassure avant de déplacer ce regard vers la sculpture et le dessin afin que la matière, au lieu de se taire, livre sa mémoire, ses tensions et ses devenirs. L’exposition est présentée au PHAKT, Centre Culturel Colombier, du 9 janvier au 21 mars 2026.

Le mot « fractographie » vient du champ des sciences des matériaux, où il désigne l’analyse des surfaces de rupture. Chez Pascal Jounier Trémelo, ce socle scientifique ne sert pas à expliquer, il sert à engendrer. Une fissure, prélevée dans l’atelier, devient l’origine d’un protocole plastique où l’accident n’est plus un défaut, mais une matrice. La ligne est calquée, puis traduite en gabarit, avant d’être transposée dans une matrice de zinc, qui agit comme un calibre générateur, c’est-à-dire comme l’outil qui impose sa loi à la forme tout en conservant la trace de l’imprévu.

Pascal Jounier Trémelo artiste

Tout commence par une « ligne accidentelle », et c’est là, paradoxalement, que la rigueur s’installe. L’artiste construit un processus très contraint, où chaque étape découle de la précédente, tout en acceptant que le point de départ soit contingent. Cette méthode donne aux œuvres une densité particulière, parce qu’elles semblent à la fois réglées et vulnérables, comme si la sculpture assumait de rester en état de travail, et non de se refermer sur une perfection muette.

Au cœur de la démarche, il y a le traînage, une technique issue des pratiques des staffeurs ornemanistes. Guidée par un traîneau équipé du calibre en zinc, la forme se construit par ajouts successifs de plâtre. Le geste devient répétitif, presque mécanisé, mais il demeure dépendant du corps, de l’attention et des micro-variations du faire. Les volumes qui en résultent convoquent un vocabulaire classique, la colonne notamment, mais ils en déplacent les codes, car ils laissent apparaître la fragilité, l’irrégularité et la coupure comme des principes actifs.

Pascal Jounier Trémelo artiste

Les évidements et cavités ne relèvent pas du manque, puisqu’ils fonctionnent comme des zones de tension, où la matière se donne à voir autrement. Ici, la « belle forme » n’est pas celle qui efface ses risques, mais celle qui les rend lisibles. Les sculptures paraissent alors capter des états transitoires, glissements, accumulations, effondrements possibles, et elles évoquent parfois un paysage géologique, comme si l’atelier rejouait, à son échelle, la lente dramaturgie des strates.

Depuis 2020, le dessin prolonge la recherche sculpturale. Le principe du gabarit se déplace sur le papier, souvent à partir d’un profil que l’artiste fait glisser avec méthode, afin que la répétition fasse surgir des variations de ton, de relief et de densité. Le dessin gagne alors une épaisseur presque sculpturale, tandis que la sculpture, elle, semble animée par une pensée graphique, tant la ligne y demeure fondatrice.

Pascal Jounier Trémelo artiste

Né en 1976 à Saint-Nazaire, Pascal Jounier Trémelo vit et travaille à Rennes. Il se forme en arts plastiques à l’Université Rennes 2, où il découvre la sculpture et la pratique du moulage, puis il obtient sa maîtrise en 2004. En 2005, une expérience au sein de la fonderie Susse Fondeur, dans l’atelier mouleur cire, approfondit son rapport aux techniques, qui deviennent un langage à part entière. Artiste mouleur, Pascal Jounier Trémelo s’inspire des techniques et savoir-faire traditionnels du bâtiment, du moulage d’art et du staff. Il développe une pratique artistique qui prend la forme de sculptures et, depuis 2020, de dessins. Il a notamment été nommé au Prix MAIF pour la sculpture, ainsi qu’au Prix Marc Petit.

Fractographie s’inscrit dans une fidélité au lieu, puisque le PHAKT avait déjà accueilli l’artiste en 2015 avec Slump Test. Dix ans plus tard, la même question se déploie avec davantage d’ampleur, à savoir ce que produit une œuvre quand elle met au centre la fabrication, les contraintes, l’héritage des savoir-faire du bâtiment, et ce point précis où la matière ne « représente » plus, mais devient le sujet même de la forme.

Infos pratiques

  • Exposition : Fractographie, du 9 janvier au 21 mars 2026
  • Vernissage : jeudi 8 janvier 2026 à 18h30
  • Lieu : PHAKT – Centre Culturel Colombier, 5 place des Colombes, 35000 Rennes
  • Horaires : lundi au jeudi 13h–19h, vendredi 13h–18h, samedi 14h–18h
  • Entrée : libre et gratuite, accessible aux personnes à mobilité réduite

Accès : métro ligne A (Charles de Gaulle), métro ligne B (Colombier), bus (arrêts Plélo Colombier et Charles de Gaulle selon lignes).

Rendez-vous autour de l’exposition

  • Rencontre avec l’artiste : vendredi 16 janvier 2026 à 18h (gratuit)
  • Visite-goûter : samedi 14 février 2026 à 15h30 (gratuit, à partir de 16 ans, inscription par e-mail)
  • Groupes et scolaires : visites et ateliers possibles sur réservation

Contact médiation : mediation@phakt.fr. :