Du 26 au 28 juin 2026, Angers accueillera la première édition des Rencontres du Consentement, au Tiers Lieu de l’Esvière. Organisé par l’association Tatami Talks, ce festival inédit entend sortir le consentement de son seul cadre juridique ou intime pour en faire une compétence sociale, une habitude démocratique et une culture partagée.
Le consentement est souvent évoqué au moment où il manque. On en parle après la violence, après l’abus, après l’emprise, après le malaise. Il surgit alors comme une preuve à rechercher, une limite franchie, une parole absente ou une défense tardive. Or c’est peut-être précisément là que réside notre retard collectif. Une société réellement attentive au consentement ne devrait pas attendre la crise pour l’interroger. Elle devrait l’apprendre avant, l’exercer partout, l’inscrire dans les gestes ordinaires, les conversations, les relations de travail, les pratiques sportives, les espaces festifs, les familles, l’école, la vie affective et la culture commune.
C’est tout l’intérêt des Rencontres du Consentement, premier festival français entièrement consacré à ce sujet. Durant trois jours, Angers deviendra « Consentopolis », ville imaginaire dessinée par Tatami Talks pour donner forme à une idée simple et décisive. Le consentement n’est pas un formulaire mental, ni une case à cocher, ni un mot réservé aux relations sexuelles. Il est une grammaire du lien. Il suppose de savoir sentir ce que l’on veut, l’exprimer, écouter ce que l’autre veut, accueillir le refus, vérifier l’accord, respecter l’hésitation, ne pas confondre silence et approbation, enthousiasme et résignation, politesse et désir réel.
Le consentement comme apprentissage social
La force de ce festival tient à son déplacement. Il ne réduit pas le consentement à une injonction morale. Il ne l’enferme pas non plus dans une pédagogie anxieuse de l’interdit. Il propose au contraire de le pratiquer, de le ressentir, de l’expérimenter. C’est là un point essentiel. Le consentement ne s’apprend pas seulement dans les textes, les chartes et les campagnes de prévention. Il s’apprend dans le corps, dans le langage, dans les situations ambiguës, dans les moments où l’on n’ose pas dire non, où l’on croit devoir dire oui, où l’on ne sait pas encore ce que l’on désire, où l’on craint de blesser, de décevoir ou d’être exclu.
Nous avons longtemps vécu dans des sociétés où l’éducation relationnelle se faisait par imitation, par pression, par implicite. Les filles devaient deviner les limites à poser. Les garçons devaient deviner les signes à interpréter. Les adultes parlaient rarement des zones grises. Les institutions réagissaient souvent après coup. Les cultures populaires ont abondamment romantisé l’insistance, la conquête, le forçage doux, le baiser volé, la jalousie possessive, l’idée qu’un refus pouvait être une étape narrative avant l’acceptation. Le consentement vient rompre avec cette vieille dramaturgie. Il invite à une autre manière de désirer et de vivre ensemble.
Renforcer l’habitude sociétale du consentement, c’est donc agir au plan très concret de la vie quotidienne. C’est apprendre à demander avant de toucher. C’est accepter qu’un enfant puisse ne pas vouloir embrasser un adulte. C’est ne pas imposer une blague humiliant quelqu’un au nom de la bonne ambiance. C’est ne pas confondre autorité éducative et emprise. C’est faire de la fête un lieu de vigilance partagée plutôt qu’un espace d’excuse. C’est enseigner aux adolescents que la liberté relationnelle n’est pas la somme de pulsions individuelles, mais une négociation continue entre des êtres vulnérables, égaux en dignité, inégaux parfois en pouvoir, en âge, en statut, en assurance ou en capacité de répondre.
Consentopolis, une ville imaginaire pour cartographier nos relations
Le festival a choisi une métaphore urbaine. Consentopolis se compose d’un Palais des négociations, d’un Stade des Ressentis, d’un Pont des transformations, d’un Théâtre des limites respectées, d’une Clinique de la restauration, d’un Parc des relations réinventées, d’une Boussole et d’une Université du oui enthousiaste. Cette cartographie peut paraître ludique. Elle est pourtant conceptuellement très juste. Elle dit que le consentement ne se situe pas en un seul lieu de la vie. Il circule. Il traverse les espaces intimes, amicaux, professionnels, sportifs, artistiques, numériques et familiaux.
Le Palais des négociations rappelle que l’accord ne tombe pas du ciel. Il se construit par la parole, l’écoute et l’ajustement. Le Stade des Ressentis insiste sur le rôle du corps, des émotions, de l’intuition, de ces signaux parfois faibles qui nous avertissent qu’une situation n’est plus juste. Le Théâtre des limites respectées permet de mettre en scène ce que nous peinons souvent à dire directement. La Clinique de la restauration ouvre une dimension essentielle, celle de la réparation après la blessure, du retour à soi après l’effraction, de la reconstruction après une relation déséquilibrée. Quant à l’Université du oui enthousiaste, elle rappelle que le consentement n’est pas seulement le droit de dire non. Il est aussi la possibilité d’un oui plein, libre, désiré, vivant.
Cette distinction est fondamentale. Une culture du consentement ne saurait être une culture de la peur. Elle ne vise pas à rendre les relations froides, contractuelles, bureaucratiques. Elle cherche au contraire à les rendre plus claires, plus joyeuses, plus sûres, plus incarnées. Elle permet que le désir ne soit pas arraché, supposé ou obtenu par fatigue, mais partagé. Elle fait de l’accord une intensification de la relation plutôt qu’un obstacle à celle-ci.
Un festival pour les jeunes, les éducateurs, les sportifs, les familles
Les Rencontres du Consentement s’adressent aux adolescents dès 12 ou 14 ans selon les formats, aux jeunes adultes, aux professionnels de l’éducation, du sport, de l’accompagnement, mais aussi aux curieux qui souhaitent mieux comprendre les dynamiques relationnelles contemporaines. La programmation réunit 18 ateliers et conférences, un spectacle de théâtre, une conférence gesticulée, un concert, une lecture et un kiosque ressource permanent. Plusieurs ateliers sont proposés en bilingue français-anglais, signe que l’événement s’inscrit dans une réflexion européenne plus large.
Le projet est en effet l’aboutissement de « Consent for Youth », programme Erasmus+ porté par Tatami Talks. Durant deux ans, 28 professionnels venus de plusieurs pays européens ont travaillé à transformer des droits abstraits en outils pédagogiques concrets, expérimentés auprès des adolescents et des éducateurs. Cette dimension est décisive. Une société ne change pas seulement parce qu’elle proclame de nouveaux principes. Elle change lorsqu’elle invente les exercices, les situations, les mots, les médiations et les lieux qui permettent à ces principes de devenir des réflexes.
L’enjeu éducatif est immense. Parler de consentement avec les jeunes ne revient pas à sexualiser prématurément l’enfance ou l’adolescence, comme le prétendent parfois les discours réactionnaires. C’est exactement l’inverse. C’est donner aux jeunes des repères pour reconnaître leurs limites, respecter celles d’autrui, distinguer confiance et pression, désir et obligation, relation et domination. C’est leur apprendre que l’autre n’est pas un territoire à conquérir, mais un sujet à rencontrer.
De la prévention des violences à la qualité démocratique du lien
La notion de consentement est évidemment centrale dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Mais elle déborde largement ce cadre. Elle concerne toutes les situations où une asymétrie peut produire de l’abus. Un adulte et un enfant, un entraîneur et un sportif, un professeur et un élève, un supérieur hiérarchique et un salarié, une personne valide et une personne en situation de handicap, un groupe majoritaire et une personne isolée, une foule festive et un individu vulnérable. Le consentement devient alors une manière de regarder les rapports de pouvoir.
C’est pourquoi le consentement est aussi une question démocratique. Il oblige à reconnaître que la liberté ne se réduit pas à l’absence d’interdiction. On peut être juridiquement libre et socialement empêché. On peut dire oui sous pression. On peut se taire par peur. On peut accepter parce que l’on ne voit pas d’autre issue. On peut ne pas avoir appris à nommer son désaccord. Une société du consentement cherche à réduire ces zones de contrainte invisible. Elle ne supprime pas les conflits, les désirs divergents, les négociations difficiles. Elle donne au contraire des outils pour les traverser sans violence, sans effacement et sans domination.
À ce titre, le consentement n’est pas seulement une affaire privée. Il touche à la manière dont une communauté se civilise. Il suppose une attention au rythme de l’autre, à sa parole, à ses hésitations, à ses vulnérabilités. Il implique de sortir d’une culture de la captation, de l’insistance et de l’appropriation. Il apprend à préférer la relation ajustée à la relation victorieuse. Il oblige chacun à se demander non seulement « ai-je obtenu ce que je voulais ? », mais « l’autre a-t-il vraiment pu vouloir ce qui est arrivé ? ».
Une programmation entre réflexion, pratique et culture populaire
Le vendredi 26 juin, la soirée d’ouverture proposera le spectacle Régime Soupe aux choux : Mode d’emploi par le Collectif La Castagne, présenté comme une petite histoire pluridisciplinaire du féminisme contemporain, mêlant humour, poésie, chant, écriture et danse. Le samedi 27 juin, les ateliers se succéderont de 9h30 à 18h, avec trois propositions en parallèle à chaque créneau. Parmi les temps forts annoncés figurent notamment des ateliers consacrés à La Roue du Consentement, au jeu des trois minutes, au toucher dans la danse, au consentement à travers un écran, au soutien actif ou encore aux festivités consenties.
Le même jour, la soirée réunira une lecture de La timidité des singes hurleurs de Thomas Gesmond, la conférence gesticulée Rébellion féministe d’une CPE d’Emi Heddache, puis le concert du duo rap-pop queer Soleil Badass. Le dimanche 28 juin prolongera l’exploration avec des propositions sur les biais validistes dans le consentement, le décryptage de chansons, les cultures de consentement, le jeu de bagarre, ainsi qu’une conférence-table ronde intitulée Qui peut vraiment consentir ?
Le choix des formats n’est pas anodin. Théâtre, danse, jeu, lecture, conférence, table ronde, musique, ressources pédagogiques. Le festival comprend que le consentement ne se transmet pas seulement par argumentation. Il se travaille aussi par la mise en situation, par l’imaginaire, par le corps, par les récits, par les chansons que l’on écoute, les séries que l’on regarde, les blagues que l’on répète, les gestes que l’on banalise. Il faut donc une pédagogie à plusieurs entrées, capable de parler à la raison, mais aussi aux habitudes incorporées.
Dire non, mais aussi apprendre à entendre non
On insiste souvent, à juste titre, sur la nécessité d’apprendre à dire non. Mais une culture du consentement exige aussi d’apprendre à recevoir le non. C’est peut-être l’un des apprentissages les plus difficiles, car il touche à l’orgueil, au désir, à la frustration, au sentiment de rejet. Entendre non sans punir, sans insister, sans bouder, sans humilier, sans négocier jusqu’à l’épuisement de l’autre, est un savoir relationnel majeur. Il demande une éducation de la puissance. Il apprend que notre désir ne nous donne aucun droit sur l’autre.
Cette éducation concerne tout le monde. Elle n’est pas dirigée contre les hommes, contre les adultes, contre les institutions ou contre les traditions. Elle vise les mécanismes par lesquels certains corps, certaines paroles, certains statuts ou certaines habitudes prennent trop de place. Elle rappelle qu’une société plus libre n’est pas une société où chacun impose davantage sa volonté. C’est une société où chacun devient plus capable de composer avec la liberté d’autrui.
Dans une époque souvent saturée de rapports de force, de polarisation, de cris numériques et de brutalisation des échanges, le consentement peut sembler un sujet secondaire ou spécialisé. Il est au contraire central. Il réintroduit du temps dans la relation. Il oblige à vérifier plutôt qu’à supposer. Il donne une dignité à l’hésitation. Il reconnaît que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais une donnée constitutive de toute vie commune.
Faire société par l’attention
Les Rencontres du Consentement arrivent donc au bon moment. Non parce qu’elles apporteraient une solution simple à des problèmes immenses, mais parce qu’elles proposent un changement de niveau. Elles ne se contentent pas de dénoncer. Elles outillent. Elles ne se limitent pas à l’indignation. Elles créent un espace d’apprentissage. Elles ne réduisent pas le consentement à un slogan. Elles en font une pratique, une culture, une manière d’habiter les liens.
Il serait réducteur de voir dans ce festival un événement militant parmi d’autres. Il s’agit plutôt d’un laboratoire social. Pendant trois jours, une cité imaginaire permettra de penser très concrètement ce que pourrait être une société où les relations ne seraient plus fondées sur l’implicite, la domination douce, la gêne, la pression ou l’inertie, mais sur la clarté, l’écoute, le respect et la possibilité réelle de choisir.
Le consentement ne rend pas les relations moins passionnées. Il les rend plus justes. Il ne refroidit pas le désir. Il le libère de la peur. Il ne remplace pas la spontanéité par le contrat. Il donne à la spontanéité un sol plus sûr. Il ne détruit pas la séduction. Il l’arrache à la prédation. Il ne fragilise pas la société. Il la civilise.
À Angers, du 26 au 28 juin 2026, les Rencontres du Consentement inviteront ainsi chacun à entrer dans Consentopolis. Non pour y apprendre une morale de plus, mais pour y exercer une compétence vitale. Celle qui consiste à reconnaître l’autre comme un sujet libre, sensible, parfois vulnérable, jamais disponible d’avance. Une société du consentement commence peut-être là, dans ce déplacement minuscule et immense. Avant d’agir, demander. Avant d’insister, écouter. Avant de prendre, vérifier. Avant de supposer, accueillir la parole. Et lorsqu’un oui advient vraiment, le recevoir non comme une conquête, mais comme une rencontre.
Informations pratiques
Les Rencontres du Consentement
Du vendredi 26 au dimanche 28 juin 2026
Tiers Lieu de l’Esvière, 2 rue de l’Esvière, 49100 Angers
Festival à prix libre. Soirées spectacles à partir de 5 €
Public dès 12-14 ans selon les formats
Programme et inscriptions : lesrencontresduconsentement.fr
Contact : lesrencontres@tatamitalks.fr
