Le lavoir de Chézy renaît sur l’Ille : un bijou de patrimoine retrouvé à Rennes

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A Rennes, le lavoir de Chézy a retrouvé sa silhouette sur l’Ille. Porté par le Budget participatif (saison 1, 2015-2016) et arrivé 2e au vote, le projet de mise en valeur du lavoir de Chézy a bien abouti : l’ancien édifice, trop fragilisé, a été démoli au printemps 2017, puis reconstruit dans les années suivantes. Aujourd’hui, le lavoir se lit de nouveau dans le paysage, discret et présent, au bord de l’Ille, derrière l’École d’architecture.

Le lavoir de Chézy est l’un de ces petits patrimoines qui n’imposent rien, mais qui comptent : une architecture utile, un abri de gestes répétés, un morceau de mémoire ouvrière et domestique accroché à l’eau. Longtemps en souffrance, il a fini par être sauvé — au plan symbolique comme au plan urbain — par une mobilisation d’habitants et d’associations, puis par le vote citoyen.

Architecture : un bâtiment à deux niveaux, pensé pour le linge

Le lavoir de Chézy est constitué de deux niveaux. Le rez-de-chaussée (environ 137 m²) servait au lavage, avec des emmarchements donnant accès à l’eau. L’étage (environ 102 m²) était destiné au séchage, sous la couverture d’ardoise.

Le bâti s’inscrit dans la tradition constructive locale : maçonneries (brique pleine et schiste), charpente et planchers bois. Le lavoir était également associé à des dispositifs techniques (foyers/chaudières) qui rappellent une évidence oubliée : laver était un travail physique, organisé, et parfois semi-industriel.

Du vote citoyen à la reconstruction

Lors de la saison 1 du Budget participatif de la Ville de Rennes, le projet « Mettre en valeur le lavoir de Chézy » a été retenu et a rassemblé 1 372 votes, se classant 2e juste derrière le projet des « jardins flottants » (1 446 votes). Son coût était annoncé à 500 000 €.

Mais l’état du bâtiment ne permettait pas une restauration classique. L’ouvrage, très dégradé, a été démoli au printemps 2017. Le nouveau lavoir a ensuite été reconstruit dans les années suivantes : il est signalé comme proche de l’achèvement à l’été 2019, et apparaît debout et “neuf” dans les années qui suivent.

Selon les sources, la reconstruction est présentée comme une restitution « à l’identique », mais certains observateurs estiment qu’elle s’en écarte (notamment du fait des adaptations techniques contemporaines). Quoi qu’il en soit, le geste patrimonial est là : la présence du lavoir a été réinstallée dans le paysage des bords de l’Ille.

Un patrimoine discret, visible surtout depuis l’autre rive

Situé entre le boulevard de Chézy et la rue de Dinan, à l’arrière de l’École régionale d’architecture, le lavoir est aujourd’hui principalement visible depuis la rive opposée (promenade du bord de l’Ille) — et depuis le porche du 99, rue de Dinan. C’est un lieu que l’on “découvre” : un pli de rivière, un pas de côté, un souvenir remis en bois et en ardoise.

Et maintenant : quel usage pour un lavoir reconstruit ?

Au moment du vote, plusieurs usages étaient évoqués : visites patrimoniales, expositions temporaires, manifestations ponctuelles (et, dans certains récits, une possible guinguette). Dans les faits, des articles post-chantier soulignaient surtout un paradoxe : un édifice restauré, mais encore peu identifié comme lieu programmé.

Le lavoir de Chézy reste pourtant une promesse simple : offrir à la ville un petit abri de mémoire sur ses rives, et rappeler que Rennes ne s’est pas seulement construite sur des places et des façades, mais aussi sur des gestes, des métiers, de l’eau, et des journées entières consacrées à “faire le linge”.

À propos du lavoir de Chézy

Construit autour de 1880 et lié à la famille Briand, le lavoir a accueilli blanchisseuses, laveuses indépendantes et ménagères, avant un déclin progressif au XXe siècle (industrialisation des blanchisseries, généralisation des lave-linge). Fermé, puis délaissé, il a été acquis par la Ville de Rennes au début des années 1990. Il est souvent présenté comme le dernier lavoir rennais sur l’Ille.