À la pointe de Cesson, face à la baie de Saint-Brieuc, une moitié de donjon géant veille encore. Elle fut bâtie à la charnière des XIVe et XVe siècles, puis amputée, démantelée, contournée, réinterprétée. Au fil des siècles, la Tour de Cesson est devenue un palimpseste à ciel ouvert. Et c’est précisément ce que la Ville veut rendre à nouveau lisible, un domaine où le paysage parle autant que la pierre.
À l’été 2026, le domaine de la Tour de Cesson doit rouvrir au public sous une forme renouvelée, avec, comme fil conducteur, une promenade sonore conçue pour la déambulation. Une manière de parcourir le site non seulement avec les yeux, mais aussi au plan sensible, par une mise en récit du patrimoine et des milieux naturels.

Un promontoire stratégique devenu “paysage d’histoires”
Au commencement, il y a une position. Une hauteur, un éperon, l’estuaire du Gouët et, au loin, la baie. La pointe de Cesson fait saillie vers l’est-nord-est, en belvédère naturel à environ 70 mètres au-dessus du niveau de la mer, face à la baie de Saint-Brieuc. Au nord, la falaise tombe vers le Gouët. À l’est-nord-est, le bord de baie se fait abrupt. Au sud-est, la pente glisse vers la grève du Valais et l’anse d’Yffiniac. Le front de mer paraît presque inattaquable. Le front de terre, lui, devait être tenu, modelé, creusé.
La tour est construite entre 1395 et 1407 pour le duc de Bretagne Jean IV, avant d’être démantelée en 1598, au terme du dernier siège de la place pendant la Guerre de la Ligue en Bretagne. De l’ensemble fortifié, il reste cette masse spectaculaire, ouverte, blessée, et pourtant insistante, qui continue d’organiser le regard.
Repères patrimoniaux et géographiques
La Tour de Cesson est le vestige le plus visible d’un vaste château fort, dont l’emprise peut être évaluée à environ 3 hectares d’après le cadastre parcellaire de 1814 et les relevés de terrain. Le bourg de Cesson se situe à environ 800 mètres au sud-ouest. La tour elle-même est inscrite au titre des Monuments historiques (parcelle cad. BR 1) par arrêté du 24 avril 1926. La commune est Saint-Brieuc, code INSEE 22278.
Moins de la moitié du donjon subsiste. La tour, d’environ 15 mètres de diamètre au niveau de l’accès et haute de plus de 25 mètres (estimation), était cylindrique à l’extérieur et hexagonale à l’intérieur. Un escalier à vis en granite, aménagé dans l’épaisseur du mur, desservait les niveaux. Chaque étage était conçu comme une pièce habitable, éclairée par des baies à coussiège et chauffée par une cheminée. L’accès se faisait par un pont-levis piéton débouchant dans le pan de mur est.

Ce que le sol raconte encore
Autour de la tour, le paysage garde des traces concrètes de l’ancienne forteresse. Plusieurs masses de terre visibles sur le site correspondent à d’anciens ouvrages de défense, remaniés ou nivelés au fil des siècles. Une butte proche, dite Tour Malakoff, pourrait ainsi reprendre l’emplacement d’un bastion aménagé à la fin du XVIe siècle, dans la séquence où la place est adaptée à l’artillerie.
Le front de terre était renforcé par des fossés secs. Le cadastre parcellaire de 1814 figure une “Grande douve” de plus de 30 mètres de largeur, ainsi qu’un fossé sec plus étroit entourant la tour. La toponymie conserve le souvenir de ces lignes de défense, avec un lieu-dit “La Douve” mentionné sur un plan de Saint-Brieuc daté de 1938.
Au début du XVIIe siècle, alors que certains demandent encore sa destruction, la Ville obtient de conserver la tour car elle sert d’amer pour la navigation dans la baie. Ruine neutralisée, mais repère indispensable, un point fixe dans un littoral qui, lui, change sans cesse.
Au XIXe siècle, changement d’époque et de geste. Le site devient domaine. Entre 1852 et 1877, l’industriel et homme politique Alexandre Glais de Bizoin compose un parc, une demeure, des dépendances, un jardin d’agrément. Plus tard, la maison se pare de touches néo-gothiques, comme si la ruine médiévale, à deux pas, avait contaminé l’architecture d’un désir de passé.
Puis vient la strate la plus brutale. Durant la Seconde Guerre mondiale, le domaine est réquisitionné. À l’extrémité de la pointe, le béton s’installe, avec onze constructions liées au Mur de l’Atlantique, dont plusieurs bunkers permanents. Le lieu devient, littéralement, un musée involontaire des défenses du XXe siècle.

De l’abandon à la reconquête publique
Après-guerre, le domaine se fragilise. L’incendie du 25 janvier 2018 ravage la demeure et met au jour, crûment, un état d’abandon. La suite est connue, au moins dans ses lignes de force, avec des procédures, des arbitrages, puis la prise de possession par la Ville en mars 2020. Le domaine, vaste d’environ 13,7 hectares, entre dans une nouvelle séquence, celle d’une reconquête par la mise en sécurité, le débroussaillage, les diagnostics, et la connaissance patiente du site.
Cette reconquête s’est aussi faite par le partage. Dès 2021, des visites guidées et des explorations thématiques (nature et patrimoine, bain de forêt) ont aidé à retisser un lien avec ce promontoire longtemps fermé. En parallèle, la Ville a engagé une concertation citoyenne pour imaginer des usages compatibles avec les invariants du lieu, au premier rang desquels sa sensibilité écologique.

L’été 2026 : une ouverture, et une promenade à écouter
Le prochain pas se joue à l’été 2026. La Ville de Saint-Brieuc a confié au collectif rennais Ars Nomadis la création d’une fiction sonore à écouter au casque, pensée pour accompagner la marche dans le parc. Le collectif annonce une livraison à l’été 2026, au rythme de la réouverture au public. L’idée est simple et forte, faire entendre ce que le site superpose, ce que le vent disperse, ce que l’histoire a laissé en couches, de la tour au manoir, des chemins aux bunkers.
Le domaine est en outre labellisé Natura 2000. Ici, l’ouverture ne se conçoit pas contre la nature, mais avec elle, dans un équilibre où l’accueil du public doit composer avec les habitats et les espèces, et avec la réalité d’un littoral où le dérangement peut coûter cher au vivant. Ce n’est pas un décor, c’est un milieu.
Participer à la création
La promenade sonore se fabrique aussi avec les habitants. Ars Nomadis mobilise un groupe de Briochines et Briochins (à partir de 16 ans) dans un cycle d’ateliers gratuits, avec une réunion de présentation organisée par la Ville.
- Projet : promenade sonore, fiction à écouter au casque, conçue pour la déambulation
- Porteur : Ville de Saint-Brieuc, avec Ars Nomadis (projet subventionné par la Région Bretagne)
- Cap : réouverture au public et mise en service de la création à l’été 2026

Infos pratiques
- Lieu : Domaine de la Tour de Cesson, Saint-Brieuc (pointe de Cesson)
- Adresse de référence : 105 rue de la Tour, 22000 Saint-Brieuc
- Commune : Saint-Brieuc, Côtes-d’Armor, Bretagne (code INSEE 22278)
- Élément protégé : Tour de Cesson (cad. BR 1), inscrite MH par arrêté du 24 avril 1926
- Période annoncée : été 2026








