Rennes 2. Dans Brasier, Annaelle Toussaere danse la poésie féministe

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brasier annaelle toussaere
© Léa_Montézin

La Rennaise Annaëlle Toussaere présente Brasier, sa première création en tant que chorégraphe, jeudi 19 mars 2026. Dans sa performance, qui mêle danse contemporaine et poésie féministe, la danseuse raconte son amour des mots et de la danse, et place l’émotion au cœur de sa pratique.

Annaëlle Toussaere, danseuse et performeuse, vient de terminer sa résidence d’artiste (du 26 janvier au 6 février 2026), avec une restitution jeudi 5 février, à l’université Rennes 2. Porté par le service culturel de l’université Rennes 2, ce programme de résidence valorise chaque année les artistes du territoire. Jeudi 19 mars 2026, à l’Agora de la Bibliothèque Universitaire Centrale, la jeune chorégraphe présentera son premier spectacle, Brasier : un solo traversé par son affection pour les mots et la danse. La création s’inscrit dans une saison culturelle ancrée dans des propositions artistiques qui traitent de sujets sociaux engagés.

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Annaëlle Toussaere © Léa_Montézin

Annaëlle Toussaere pratique la danse hip hop – new style en MJC depuis ses 16 ans et a suivi un cursus littéraire à l’université. Ses parcours scolaires et professionnels ont pris un nouveau tournant quand elle s’est intéressée à la danse contemporaine pour ce qu’elle offre en termes d’expressivité. « Je me retrouve dans le contemporain en termes d’esthétique et de vocabulaire, mais ça ne m’empêche d’être nourrie par d’autres styles », souligne t-elle. « Je trouve que le contemporain peut se rapprocher du krump, que j’ai pu pratiquer sans être formée. Ces endroits de frottements me parlent énormément, notamment sur la gestion des émotions. »

Après un double parcours littérature-danse à l’université Paris 8, elle est aujourd’hui interprète dans plusieurs compagnies, dont la principale, Obaluae, est dirigée par Susy Chetteau, son regard extérieur pour Brasier. « La pratique a pris le dessus sur la recherche à un moment donné, mais elle est revenue quand j’ai commencé une thèse autour de la présence sur scène et la relation au public, à l’université de Montpellier 3. »

« Ma première expérience de théâtre, c’est d’avoir dansé un poème de Gérard de Nerval. » Avec Brasier, la Rennaise revient à ce plaisir de danser des textes et exprime en mouvement les émotions qu’elle ressent à la lecture.

C’est à partir du covid, après ses études, qu’elle a croisé la route de la poésie orale, marquée par un engagement militant nécessaire pour elle. Elle a découvert les scènes ouvertes poétiques et la poésie de Lisette Lombé. Le point de départ de Brasier est d’ailleurs sa participation à un concours de la Maison de la poésie de Namur pour lequel elle a réalisé une vidéo dans laquelle elle a travaillé un texte de Lisette Lombé. Après un duo avec la danseuse nantaise Cécile Tahon, Des branchées poussent sur tes seins – un vers issu du poème Lâcher-prise de Lauriane Saldois -, le projet s’est mué en solo : « J’ai voulu pousser la réflexion plus loin, aller jusqu’au bout de l’appétit que j’ai de danser les textes. Ils ne pouvaient pas rester juste une source d’inspiration pour la danse. C’était nécessaire pour moi de les transmettre pour que les émotions puissent circuler. »

Les textes ont été la colonne vertébrale de Brasier : Gloria Anzaldùa, Lisette Lombé, Marie-Hélène Voyer, tour à tour, Annaëlle donne corps aux poèmes sous forme de tableaux. Il y a d’abord eu le poème La famille de Lisette Lombé, puis Une femme repose enterrée sous moi de Gloria Anzaldua, deux textes écrits pour un 25 novembre – journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes. « Pour moi, la filiation était très claire sur le fait que les deux abordent le féminicide. » De là a découlé ses premiers questionnements sur la prise de parole des femmes, ou plutôt l’absence de prise de parole : Qu’est-ce qui nous empêche en tant que femme, minorité de genres ou personnes discriminées, de ne pas s’autoriser à parler ? La performance suit ce fil conducteur et tisse une narration autour de ces sujets.

Le poème de Marie-Hélène Voyer, lui, redonne une parole collective et une circulation des émotions : colère, tristesse, joie, toutes ces émotions que l’on peut avoir, au final, en manifestation. « L’idée n’est pas d’aller en manif à la fin de la représentation, mais j’ai envie de redonner de l’élan et une motivation pour avancer et faire collectif ; de voir comment, par la danse, j’arrive à transformer cette colère et tristesse en joie. »

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© Léa_Montézin

Chaque texte a sa propre écriture chorégraphique afin de correspondre à la manière dont il est écrit et son propos. Pour Lâcher prise, comme la poétesse qui laisse venir en elle des images pour écrire, Annaëlle a superposé la danse et le texte pour voir quelles images pouvaient être créées, en dissociant la parole et le geste, en procédant par collage. Une femme est enterrée sous moi a été conçue comme une proposition plus souterraine, « dans la lenteur, le changement d’appui, l’écoute du sol, afin de voir comment un dialogue peut se faire à l’écoute de cette surface de sol. » Pour brouiller les images, la danseuse explorera la marge de l’espace.

Plusieurs couches se superposent dans cette première création. La parole personnelle d’Annaëlle s’ajoute à la danse et aux textes et agit comme liant : « J’essaie de partager ce que je comprends et ressens à force de cohabiter avec eux, en créant des liens avec ma vie plutôt que de me placer dans une dimension pédagogique. » L’ensemble sera porté par une bande sonore dark ambient composée par la productrice de musique électronique Morgann Le Roux, alias Midnight Totem, avec qui elle a notamment collaboré pour le projet transdisciplinaire Müngata.

Chez Annaëlle, l’art s’ecrit dans l’engagement et l’émotion. Elle apporte, à sa manière, sa vision du monde et des causes sociales à défendre.

Jeudi 19 mars 2026, à 13h (40 minutes)

Campus de Villejean (Rennes)
L’Agora de la Bibliothèque Universitaire Centrale (1er étage)
À partir de 14 ans
Gratuit, entrée libre

Accessibilité : Personnes à mobilité réduite