Renouveau quimpérois. L’artiste Alfred Beau est mort le 11 février 1907

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Alfred Beau
Alfred Beau

Alfred Beau (1829-1907) est l’une des grandes figures du renouveau quimpérois.

Artiste d’une virtuosité rare, il a porté la faïence vers un illusionnisme qui rivalise avec la peinture, tout en renouvelant profondément les thèmes décoratifs par des paysages, des costumes, des scènes de genre et des détails ethnographiques. Photographe à ses débuts, curieux d’archéologie et d’histoire locale, il a aussi collaboré avec la presse illustrée et, à Quimper, il a conçu une ambitieuse « galerie ethnographique » nourrie par son observation minutieuse des visages et des silhouettes bretonnes.

Portrait d’Alfred Beau (1829-1907)

Le public peut aujourd’hui retrouver des œuvres d’Alfred Beau au musée des Beaux-Arts de Quimper et au manoir de Kerazan (Finistère), qui conserve l’un des ensembles les plus importants attribués à l’artiste.

Pièces de faïence et décors attribués à Alfred Beau

Chez Alfred Beau, la faïence ne se limite pas à l’ornement : elle devient un support d’observation et de récit. Sa « galerie ethnographique » – souvent associée aux costumes bretons – procède d’un même geste : modeler, décrire et peindre des figures dont il saisit les traits avec une attention quasi anthropologique. Les têtes sont individualisées, les attitudes parlantes, et chaque personnage renvoie à une aire, un usage, une manière d’être, comme si la céramique se faisait, à sa façon, archive des vies ordinaires.

Décor sur faïence attribué à Alfred Beau

Alfred Beau, que l’on surnomma couramment le peintre de tableaux sur faïence, naît le 23 juillet 1829 à Morlaix, au sein d’une famille de négociants, liée également à l’administration des mines de plomb de Poullaouen (Finistère). Formé au dessin et à l’aquarelle, il reçoit une instruction artistique solide. Dans ces années où l’image circule de plus en plus, la photographie passionne son entourage ; adulte, il s’installe d’ailleurs comme photographe. En 1854 et 1855, il fait paraître deux lithographies, La Maçonnerie éclairant le monde et Le Réveil de l’Aigle à l’armée d’Orient.

En avril 1857, il épouse Adah-Ana Souvestre, artiste elle aussi, qui pratique l’aquarelle et s’essaie à la faïence. De leur union naît un fils, Émile, le 18 mars 1859. Le couple s’inscrit ainsi dans un même climat familial où l’image – dessinée, imprimée, photographiée ou peinte sur céramique – demeure une affaire de regard, d’atelier et de patience.

Porté par l’engouement du Second Empire pour les arts décoratifs, Alfred Beau devient un peintre de « tableaux » sur faïence. Il expose des plats décoratifs et des plateaux d’inspirations variées : portraits historiques, scènes de genre puisées dans la Cornouaille, décors floraux, motifs botaniques et ornements savamment composés. À mesure, son style s’affirme : la touche s’affine, les matières se répondent, et la céramique prend l’ambition d’une image à part entière.

Après 1870, il signe ses pièces et devient directeur artistique de la faïencerie Porquier, installée depuis le XVIIIe siècle dans le quartier historique de Locmaria, à Quimper. Il en prend ensuite la direction, et l’atelier devient Porquier-Beau ; de nombreuses pièces portent alors les initiales PB. Les modèles se multiplient : scènes pittoresques de foires et de marchés, métiers traditionnels, pardons, fêtes et noces, décors botaniques parfois influencés par le japonisme qui irrigue alors les arts décoratifs. Alfred Beau pousse même l’illusion jusqu’à concevoir des instruments de musique en faïence, où la céramique imite le bois, les vernis et les reflets. Il expose à Paris et participe à l’Exposition universelle de 1878, où il obtient une médaille d’argent pour un violoncelle en faïence. À ce moment-là, il apparaît comme l’un des artisans majeurs du renouveau céramique quimpérois.

Décor attribué à Alfred Beau

En 1880, Alfred Beau est nommé conservateur du musée des Beaux-Arts de Quimper, où il contribue à constituer et orienter des collections attentives aux expressions artistiques et culturelles bretonnes. Cinq ans plus tard, il réalise un diorama figurant une noce bretonne sortant d’une chapelle, composée de 44 mannequins : une œuvre à la fois spectaculaire et documentée, qui mêle mise en scène, costumes et observation des rites sociaux. Le 23 juin 1893, il est fait chevalier de la Légion d’honneur.

Alfred Beau meurt à Quimper le 11 février 1907, à l’âge de 77 ans. Son œuvre a marqué durablement la faïence quimpéroise et a ouvert la voie à de nombreux artistes et ateliers au XXe siècle. Sa tombe se trouve au cimetière Saint-Marc de Quimper (carré 9) ; elle comporte un médaillon réalisé par le sculpteur Hector Lemaire.

Pièce de faïence attribuée à Alfred Beau