Les Ateliers du Vent (Rennes) accueillent la troisième édition de Visiophare, un festival d’arts visuels low-tech qui est porté par les associations OYÉ et Croco Fumé. Du 4 au 7 mars 2026, le lieu se couvre de projections, d’installations, de performances et d’ateliers qui permettent de « faire grand » avec des outils sobres, sans renoncer à l’émerveillement.
Visiophare n’est pas seulement un festival. C’est d’abord un projet de recherche qui est née d’une question concrète de l’association OYE : comment continuer à projeter et à mapper, en produisant des expériences immersives, en diminuant le recours numérique afin de ne plus courir après la surenchère matérielle et logicielle ?
OYÉ, qui projette autrement
Créée en 2015 par des artistes issus d’une formation en design graphique multimédia, OYÉ développe depuis ses débuts des projets qui croisent arts visuels, projection et scénographie. Au fil des années, émergent des réflexions quant à l’impact écologique d’une pratique trop souvent dépendante d’équipements toujours plus puissants, d’outils lourds et de cycles d’achat rapides.
À partir de 2019, une idée prend corps : l’association réfléchit à un dispositif de rétro-projecteur low tech et analogique, comme il existaient à la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Les premiers prototypes, utilisés dans le cadre d’un festival éco-responsable à Sarzeau servent de terrain d’essai, puis le projet se structure. En 2023, des financements permettent de documenter leurs recherches, de créer des plans et tutoriels pour les partager au plus grand nombre dans une logique open source. Aujourd’hui, Visiophare fonctionne comme une communauté qui échange des trouvailles, des améliorations, des astuces de fabrication et des usages artistiques.
Avec ce dispositif, l’association Oyé montre qu’un mapping peut rester spectaculaire sans être nécessairement numérique.
Un festival qui interroge l’outil, qui éclaire les récits
Depuis sa création, Visiophare met en avant des artistes dont les œuvres interrogent la technologie. Il ne s’agit pas de la rejeter, mais de la replacer au bon endroit, là où l’effet n’est pas une fin et où il découle d’un choix d’outil. Le festival revendique une accessibilité qui passe par le fait de montrer comment c’est fait, et par le fait de donner des clés de lecture. Des ateliers sont programmés pour que le public s’initie à la projection, au dessin et à la fabrication, ce qui permet d’entrer dans les œuvres par la main autant que par l’œil.
Au plan des formats, l’événement cultive la pluralité et en fait sa signature. On y traverse des expositions, des installations et des performances, auxquelles s’ajoutent des projections sur bâtiment. Le moment le plus saisissant reste souvent celui où l’on voit « en géant » des images produites par des dispositifs sobres, parfois entièrement analogiques, souvent bricolés et toujours pensés pour être transmissibles.
L’édition 2026, qui s’étend sur quatre jours
Après une deuxième édition plus resserrée, Visiophare revient aux Ateliers du Vent dans un format étendu. Le programme, qui se déploie sur quatre jours du 4 au 7 mars 2026, réunit une trentaine d’artistes et propose deux espaces d’exposition, lesquels occupent le rez-de-chaussée et le premier étage.
Parmi les œuvres et dispositifs annoncés, trois lauréats de l’appel à projets présentent leur travail. Clara Maugin, qui montre Les Veilleuses, propose une manière très simple de projeter des images avec un système de veilleuse pour enfants, lequel déplace l’imaginaire domestique vers l’espace d’exposition. Le duo Miraé, qui est composé de Diana Groud et Jules Riou, présente une performance où une batterie est reliée à un ordinateur, tandis que l’image, qui s’active par la musique, est projetée sur de l’eau puis sur un mur. L’eau, qui vibre, altère la trame numérique, ce qui transforme les pixels en ondes lumineuses. LS Studio, qui vient d’Amiens, travaille sur Les Serinettes, un dispositif dont les visuels se mettent en mouvement avec des manivelles et qui est destiné à être utilisé sur les rétroprojecteurs Visiophare. L’œuvre, qui sera montrée pour la première fois durant le festival, est appelée à enrichir les ressources mises en partage.
Un kit de médiation ludique, développé par Clémence Caharel dans le cadre d’un stage, est également présenté. On pourra aussi découvrir une œuvre participative du Rennais Brouce Bertrand, qui invite le public à inscrire ses souvenirs sur une carte vierge de Rennes avec un marqueur. L’œuvre, qui se construit au fil des heures, fait apparaître une ville intime qui s’additionne et se contredit, comme une mémoire collective en train de se faire.
En soirée, des DJ sets ont lieu jeudi 5 et vendredi 6 mars, tandis que des « liquid light shows » accompagnent la musique. Cette pratique, qui vient des années 1970, joue avec des liquides qui se déplacent dans la lumière et qui composent des formes mouvantes. Trois mappings sont aussi annoncés en extérieur, dont ceux de l’illustratrice Thaïs Guimard, de Paul Vivien et d’étudiant·es de l’EESAB.
Le samedi 7 mars, les expositions se prolongent, tandis que des conférences et tables rondes interrogent la place des low-tech dans les arts visuels. La clôture, qui tient autant du manifeste que du jeu, se fait autour d’un concours de vinaigrette projetée.
Repères de programme
- Mercredi 4 mars (10 h – 18 h) : atelier de construction, qui se fait sur inscription.
- Jeudi 5 mars (18 h – 1 h) : vernissage, live et DJ sets, auxquels s’ajoutent des liquid light shows et des mappings extérieurs, avec une entrée à prix libre.
- Vendredi 6 mars (18 h – 1 h) : expositions et soirée, qui mêle musique et projections, avec une entrée à prix libre.
- Samedi 7 mars (14 h – 20 h) : tables rondes et expositions, qui se terminent par le concours de vinaigrette projetée, avec une entrée à prix libre.
Informations pratiques :
Visiophare, qui est un festival d’arts visuels low-tech
Du 4 au 7 mars 2026
Les Ateliers du Vent, 59 rue Alexandre Duval, 35000 Rennes
Accès, qui se fait facilement en métro (ligne B, station Mabilais), à vélo et en bus.
Tarifs : entrée à prix libre, avec des montants conseillés qui varient selon les temps forts. Renseignements : contact@lesateliersduvent.org
