Les salles de sport rennaises débordent, les applications de langues chauffent et le « Dry January » bat son plein. Comme chaque année, début 2026 rime avec bonnes résolutions, mais selon une étude de l’université de Scranton, 80 % des résolutions formulées le 1er janvier sont abandonnées deux semaines plus tard… Pourquoi ce rituel annuel se transforme-t-il, la plupart du temps, en chronique d’un échec annoncé ? Entre injonctions sociales et mécanismes neuronaux, autopsie de nos renoncements.
Prendre de bonnes résolutions chaque début d’année est devenu une habitude dans nos quotidiens. En anglais, on parle de l’effet « Fresh Start » (nouveau départ) : ce biais psychologique nous persuade que le changement d’année marque une rupture nette, capable d’effacer les échecs passés. Mais si, quand sonnent, le 31 décembre, les douze coups de minuit annonciateurs d’une nouvelle année, on se sent capable de tout, l’envie de donner le meilleur de soi retombe… comme un soufflet.
Le piège de l’influence
Regardons d’abord les résolutions les plus populaires pour comprendre : manger sainement, perdre du poids, se remettre en forme, boire moins d’alcool, arrêter de fumer… Ces envies sont sur toutes les lèvres : « Je compte perdre des kilos en trop cette année, parce que je me trouve trop grosse », déclare Thaïs, 17 ans, tandis qu’Aurélien, 20 ans, a déjà réfléchi à s’inscrire à la salle de sport. « Je n’aime pas vraiment l’activité physique, mais ce serait pour paraître plus musclé. » La prise de bonnes résolutions se manifeste souvent par une volonté de performance, mais répond-elle à un réel désir intime ou à une uniformisation des attentes sociales ?
Tous deux confient ressentir un profond malaise face aux « standards » auxquels ils veulent ressembler, un sentiment amplifié par les réseaux sociaux qu’ils utilisent fréquemment. Selon le think tank américain Pew Research Center, 43 % de la « Gen Z » (génération née entre 1990 et 2010) ressent une pression à ne poster que du contenu qui les « met en valeur » aux yeux des autres. Ce qui complique la création d’objectifs personnels, en adéquation avec soi-même, et incite à se tourner vers des standards de performance imposés par le collectif.
Si le regard des autres peut être un facteur déclencheur de résolutions, l’échec de celles-ci se joue aussi au sein de notre cerveau.

Le cerveau, ennemi de la bonne résolution ?
L’échec de nos résolutions s’explique d’abord par un conflit neurologique. Deux zones du cerveau s’affrontent : le cortex préfrontal, siège de la planification et de la volonté, et le striatum, responsable des habitudes et du plaisir immédiat. Si le premier s’épuise rapidement avec le stress et la fatigue mentale, le second opère en mode automatique, sans effort.
Pour faire simple : après une journée de travail, notre « batterie de volonté » est généralement à plat. L’instinctif l’emporte sur le rationnel, et nous cherchons une satisfaction instantanée plutôt qu’un effort à long terme. De ce fait, l’abandon n’est pas lié à un manque de détermination, mais à une limite physiologique. La réussite consiste donc moins à « serrer les dents » qu’à transformer l’objectif en habitude : déplacer l’effort du cortex préfrontal vers l’automatisme du striatum.
Paradoxalement, le simple fait d’annoncer ses objectifs peut saboter leur réalisation. Étonnant, mais véridique : des études en psychologie sociale menées en 2009 par M. Gollwitzer et Paschal Sheeran ont montré que la validation sociale reçue au moment de l’annonce peut tromper notre cerveau. Annoncer une résolution libère de la dopamine : le cerveau reçoit sa récompense avant même d’avoir fourni l’effort, ce qui crée un sentiment d’accomplissement prématuré. Résultat : la motivation retombe. Notre inconscient confond la réalité sociale avec la réalité factuelle. En parlant trop vite de nos projets, nous consommons une partie du carburant de motivation avant même d’avoir commencé l’action.
Des erreurs de méthode fréquentes
« Cette année, j’ai décidé de ne m’obliger à rien. De toute façon, je n’ai pas de méthode pour y arriver », raconte Laurent, 52 ans. L’échec des résolutions relève aussi souvent d’une erreur structurelle que les psychologues de l’Université de Toronto, Janet Polivy et Peter Herman, ont appelée « le syndrome des faux espoirs ». En se fixant des attentes irréalistes, on confond transformation et brutalité de l’acte. « J’ai essayé de tout arrêter du jour au lendemain : alcool et tabac », ajoute-t-il. « J’ai très vite craqué pour un verre en soirée, puis j’ai laissé tomber. » Passer de la sédentarité totale à un entraînement quotidien, ou d’une alimentation débridée à un régime drastique, constitue un choc violent pour l’organisme. Après un premier écart, l’abandon devient plus facile à chaque transgression…
« Celui qui a un pourquoi pour vivre peut supporter n’importe quel comment », écrivait Nietzsche. Si la méthode pèche, la motivation, elle, souffre souvent d’un déficit de sens profond. Le « Modèle de la concordance de soi », théorisé en 1999 par les psychologues américains Sheldon et Elliot, montre que la volonté s’épuise lorsque l’objectif est déconnecté des valeurs intrinsèques de l’individu. Ainsi, si nous ne pensons pas les résolutions en fonction de nos véritables désirs et besoins, il devient difficile d’atteindre les objectifs fixés.
Existe-t-il des solutions ?
Trois stratégies validées par les sciences comportementales permettent de contourner nos blocages neuronaux :
- Faciliter le démarrage : le plus dur n’est pas l’action elle-même, mais le fait de commencer. Procéder pas à pas aide à lancer la machine. L’idée : effectuer une première étape qui demande peu de volonté afin d’augmenter l’effort progressivement (exemple : enfiler ses baskets, même si l’on ne court pas). Cette micro-action lève le blocage mental initial et permet d’enchaîner plus naturellement.
- Modifier l’environnement : la chercheuse américaine Wendy Wood a montré que 43 % de nos actions sont des réflexes largement dictés par notre environnement. L’objectif est de supprimer les frictions. Si votre livre vous attend déjà sur la table de nuit, l’obstacle mental disparaît. Il s’agit de sculpter son espace pour que la « bonne » décision devienne l’option par défaut, sans que la volonté ait besoin d’intervenir.
- Le « Temptation Bundling » (couplage de tentation) : cette technique consiste à associer une « corvée » à une activité de plaisir immédiat. En liant une récompense à un effort, on aide le cerveau à tenir dans la durée (exemple : écouter un podcast que l’on adore uniquement pendant le ménage ou la vaisselle).
En 2026, prendre de bonnes résolutions reste une tendance tenace. Mais n’oubliez pas ceci : à moins de parvenir à transformer vos objectifs en habitudes, après la première raclette de l’année, vous risquez d’abandonner la moitié de vos bonnes résolutions.
Sources :
Revue scientifique : L’année psychologique
Article de revue : Les théories de la motivation. Présentation intégrée de 101 théories motivationnelles
Article de revue : Traité de neuropsychologie clinique de l’adulte. La prise en charge des problèmes socio-émotionnels
Article de revue : Psychologie sociale et environnementale. Persuasion, engagement et communication engageante
Article rédigé par Gabriel Daubigney, stagiaire en troisième année de licence Information-Communication à l’Université Rennes 2.
