La galerie Mathgoth, dans le 13e arrondissement de Paris, poursuit son travail de mise en lumière des grandes figures de l’art urbain avec une exposition inédite consacrée à Jef Aérosol. Intitulée Interstices, elle réunit pour la première fois ses toiles et sa musique. L’événement, gratuit, est à découvrir du jeudi 12 mars au samedi 18 avril 2026.

Après une première exposition marquante organisée en 2022 pour célébrer ses quarante ans de création, Jef Aérosol est de nouveau mis à l’honneur par la galerie Mathgoth. Cette fois, l’artiste dévoile des œuvres qui témoignent de nouvelles recherches plastiques. Il joue avec la matière, les superpositions, les épaisseurs, tout en demeurant fidèle à une figuration intensément habitée. Mais l’auteur de pochoirs n’a jamais limité sa pratique à la peinture. Chez lui, la musique a toujours accompagné le geste. Avec Interstices, ces deux dimensions se rencontrent enfin dans une même proposition.

Jef Aérosol n’a, au fond, jamais séparé la peinture de la musique. Les toiles présentées ici ont été réalisées au moment même où il composait, écrivait et enregistrait un album de quatorze chansons. Le visiteur est ainsi invité à circuler dans l’exposition avec son smartphone, à flasher les QR codes associés aux œuvres et à écouter les morceaux qui dialoguent avec elles. L’ensemble compose un parcours sensible, presque intérieur, où l’image et le son se répondent.
L’artiste a d’ailleurs choisi de faire paraître ce disque le jeudi 12 mars, jour du vernissage. Lui qui chantait jusqu’ici surtout en anglais livre ici son premier album solo en français, prolongeant l’exposition par une forme plus intime encore, plus directement autobiographique aussi. La galerie présente ainsi une œuvre à deux voix, une création plastique et musicale née d’un même souffle.


Il faut dire que Paris entretient depuis longtemps un lien privilégié avec le street art, dont elle est l’une des capitales européennes. Au détour d’une façade, d’un pignon, d’un mur aveugle ou d’un angle de rue, l’art surgit et recompose le paysage urbain. Hors les murs, il déplace la pratique créatrice, l’arrache aux lieux d’exposition traditionnels et la met au contact direct des habitants. Ce sont souvent des œuvres populaires au meilleur sens du terme, immédiatement visibles, immédiatement offertes, capables de réenchanter le quotidien sans le nier.
Jef Aérosol appartient à la première vague de l’art urbain des années 1980. Pochoiriste, musicien, aquarelliste, ancien professeur d’anglais, il est considéré comme l’un des grands pionniers du pochoir en France. Son univers a marqué durablement les rues parisiennes. L’un de ses gestes les plus célèbres demeure son autoportrait monumental, installé en 2019 près du Centre Pompidou, au-dessus de la fontaine Stravinsky. Cette œuvre est devenue l’une des images les plus photographiées de la capitale, au point de s’imposer comme un repère visuel du Paris contemporain.


À proximité, la fontaine Stravinsky, avec ses automates colorés conçus par Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, ajoute à cet ensemble une énergie singulière. Le dialogue entre les fresques monumentales, l’architecture du quartier Beaubourg et la fontaine produit un paysage artistique d’une rare densité, à la fois populaire, spectaculaire et profondément parisien.



Jef Aérosol, de son vrai nom Jean-François Perroy, est né à Nantes le 15 janvier 1957. Enfant du rock, il grandit avec les voix de Jimi Hendrix, Bob Dylan ou des Rolling Stones, dont il collectionne les affiches. Ces posters, accrochés aux murs de sa chambre d’adolescent, constituent ses premiers paysages visuels. La révélation survient en 1977, lors d’un concert des Clash, quand il voit un artiste new-yorkais peindre en direct une grande toile de scène. Il en ressort sidéré. Quelque chose s’ouvre alors, entre musique, image et énergie brute.
Jef Aérosol réalise son premier pochoir à Tours en 1982. Très vite, il met au point un langage immédiatement reconnaissable, fondé sur la force du noir et blanc, la justesse du visage et la présence d’une flèche rouge, devenue sa seconde signature. Il peint à même les murs ou sur papier, qu’il colle ensuite dans l’espace urbain. Ses figures semblent surgir du béton comme des présences silencieuses, fragiles et fortes à la fois.

En 1985, il participe au premier rassemblement du mouvement graffiti et art urbain à Bondy. Installé depuis 1984 dans la banlieue de Lille, il enseigne alors l’anglais au lycée Louis-Pasteur le jour, et peint la nuit. Cette double vie, longtemps tenue ensemble, dit beaucoup de son parcours : un artiste qui n’a jamais rompu avec le réel et qui a construit son œuvre au contact direct de la ville, de ses habitants et de ses tensions.
Depuis plus de quarante ans, Jef Aérosol introduit l’humain au cœur des cités minérales. Il met en scène des visages célèbres, de Bob Dylan à Mick Jagger, mais aussi toute une galerie d’anonymes, d’hommes, de femmes et d’enfants saisis avec une profonde intensité humaniste. Ses créations au pochoir et à la bombe aérosol ont voyagé en France, en Europe, en Afrique, aux États-Unis, et jusqu’à la Grande Muraille de Chine, où il a collé son célèbre Sitting Kid.

En 2022, la galerie Mathgoth lui consacrait déjà une exposition d’ampleur pour ses quarante ans de pochoirs, avec près de 300 œuvres originales sur 600 m². Interstices prend aujourd’hui une autre direction. Plus resserrée, plus intérieure, peut-être plus risquée aussi, elle montre un artiste qui ne se contente plus de signer des images immédiatement reconnaissables, mais qui cherche à faire entendre ce qui, entre les œuvres, entre les mots, entre les notes, persiste encore.


Infos pratiques
Exposition : Interstices, de Jef Aérosol
Dates : du jeudi 12 mars au samedi 18 avril 2026
Lieu : Galerie Mathgoth, 1 rue Alphonse-Boudard, 75013 Paris
Horaires : du mercredi au samedi, de 14 h à 19 h
Entrée : gratuite

