Avec Les Wood, les sœurs Anne-Gaëlle et Gwénola Morizur signent une bande dessinée jeunesse qui mise sur un moteur simple et efficace : une disparition, un passage, puis une course contre la montre. À partir de là, l’album déploie une fantasy “à hauteur d’enfants”, vive, colorée, rythmée, qui parle moins de sauver le monde que de se supporter, s’écouter… et finir par se faire confiance quand on n’a pas choisi d’être frères et sœurs.
Taïga et Laslo ne partent pas du bon pied, ils ne s’entendent pas, n’ont pas les mêmes goûts, et se retrouvent à cohabiter parce que leurs parents ont recomposé la famille. Ajoutez une petite sœur, Olive, tornade miniature, et des adultes débordés qui confient (un peu trop) l’équilibre domestique aux aînés. L’album installe un quotidien reconnaissable, avec ses micro-frictions, ses phrases qui piquent, ses jalousies et ses malentendus.

Quand Olive disparaît dans un arbre, l’histoire bascule : Taïga et Laslo s’élancent à sa suite et se retrouvent propulsés dans une forêt peuplée d’êtres fantastiques. Ils y rencontrent Jasmin, garçon aux oreilles d’écureuil, lui-même pris dans une épreuve liée à une cérémonie de printemps (l’album évoque Ostara). Le pacte narratif est clair : on s’entraide (même quand on n’en a pas envie), on affronte des dangers (dont des sangliers géants), et on doit surtout rentrer avant la fermeture du “portail”.

Ce que raconte vraiment l’album : la famille, mais au plan sensible
Le fantastique, ici, n’est pas un décor gratuit, il sert de laboratoire émotionnel. La forêt agit comme un révélateur — elle oblige les enfants à faire ce que la maison rend difficile : formuler leurs peurs, reconnaître leurs limites, accepter l’autre tel qu’il est, et trouver une place qui ne soit ni l’effacement ni la domination.
Au plan thématique, Les Wood touche juste quand il aborde :
- la famille recomposée (et l’adelphie qui ne “prend” pas immédiatement) ;
- la confiance en soi et le regard des autres ;
- l’entraide comme compétence, pas comme injonction morale ;
- la peur (celle qui paralyse, mais aussi celle qui peut se dire).
De nombreux retours lecteurs saluent justement cet équilibre : une aventure accessible, avec de “bonnes valeurs” amenées sans lourdeur, même si le récit reste volontairement classique dans sa trajectoire.

Une mécanique jeunesse assumée : rythme, lisibilité, efficacité
On est sur une BD pensée pour donner envie de lire : péripéties fréquentes, enjeux immédiatement compréhensibles, humour par touches, émotions lisibles. La critique de ZOO souligne d’ailleurs une histoire “simple, efficace”, et situe l’album dès le CE1, ce qui correspond à la cible “premières grandes lectures BD” : quand on a envie d’aventure, mais qu’on a encore besoin d’être guidé par une narration très claire.
C’est aussi là que l’album peut diviser un lectorat adulte. Certains trouveront le dénouement prévisible ou les ressorts familiers (le passage, la quête, l’épreuve avant minuit). D’autres, au contraire, apprécieront précisément cette lisibilité, parce qu’elle laisse la place à l’essentiel, les relations et leur évolution.
Le dessin de Priscilla Bourgeat : énergie, couleur, expressivité
Le grand atout du tome 1, c’est aussi son identité graphique. Priscilla Bourgeat livre des planches dynamiques et très colorées, avec des personnages expressifs, une lisibilité constante de l’action, et une chaleur visuelle qui “porte” l’aventure. ZOO insiste sur ce point : des dessins qui “pimpent” et renforcent l’élan du récit. Pour le public jeunesse, c’est décisif : l’univers est immédiatement habitable, et la forêt fantastique a suffisamment de variété pour nourrir l’émerveillement sans perdre le lecteur.

Ce que Haute voltige réussit… et ce qui peut faire débat
Réussites :
- un démarrage rapide et une quête claire ;
- un trio de personnages (Taïga, Laslo, Jasmin) qui crée une dynamique d’équipe progressive ;
- des thèmes contemporains (familles recomposées, place de chacun) traités avec tact ;
- un graphisme très “accroche-lecteur”.
Points discutables (et c’est normal) :
- un scénario qui assume des codes très balisés de la BD d’aventure jeunesse ;
- des choix d’adultes (parents débordés, enfants livrés à eux-mêmes) qui peuvent sembler peu crédibles à certains lecteurs, mais qui servent la mise en tension initiale ;
- une profondeur psychologique volontairement mesurée : on reste au plan de l’initiation et du mouvement, pas de l’introspection longue.
Pris pour ce qu’il est — un premier tome d’installation — Haute voltige remplit bien sa promesse. C’est une aventure entraînante, “porte d’entrée” vers la lecture BD, avec un cœur émotionnel net et une esthétique chaleureuse.
Fiche technique
- Titre : Les Wood — Tome 1, Haute voltige
- Scénario : Anne-Gaëlle Morizur, Gwénola Morizur
- Dessin / couleur : Priscilla Bourgeat
- Éditeur : Jungle
- Date de parution : 21 août 2025
- Pagination : 96 pages
- Format : 230 × 278 mm, relié
- ISBN : 978-2-8222-4562-3
- Prix indicatif : 16,95 €
- Public conseillé : dès le CE1
- Une rencontre-dédicace est annoncée au Festival Rue des Livres 2026
