Paris. L’art contemporain s’invite aux Galeries Lafayette à partir du 10 mars

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Art contemporain galeries Lafayette

Les Galeries Lafayette Paris Haussmann (Paris 9e) invitent le public à découvrir les œuvres majeures de Gloria Friedmann, Birgit Jürgenssen, Christodoulos Panayiotou et Lawrence Weiner. Du 10 mars au 27 avril 2026, le grand magasin devient le terrain de jeu d’un projet artistique gratuit et inédit, conçu par Maurizio Cattelan et Chiara Parisi (Centre Pompidou-Metz).

L’exposition Pour toujours se déploie comme un parcours d’œuvres au cœur des espaces des Galeries Lafayette Haussmann. Ici, l’art ne s’annonce pas : il surgit là où l’on ne l’attend pas, au milieu des flux, du désir, de la vitesse. Sous la Coupole, dans l’escalier patrimonial, dans la zone de l’entre-deux coupoles et sur la terrasse panoramique, quatre interventions transforment ce temple du commerce en musée « hors les murs », en résonance avec l’exposition Dimanche sans fin du Centre Pompidou-Metz.

Art contemporain aux Galeries Lafayette Haussmann : exposition Pour toujours

Sous la Coupole, Mammalia : une fable cosmique sur la fragilité du vivant

Sous la Coupole emblématique, les visiteurs découvrent une fable cosmique sur la fragilité du vivant. Gloria Friedmann déploie Mammalia, une constellation sculpturale où des figures animales en terre (cerf, ours, loup, tortue, âne, paon, et un immense héron) gravitent comme dans un système solaire sensible. La Coupole, pensée comme une source originelle, devient mémoire profonde : un point de rassemblement pour une constellation à la fois fragile et puissante, comme si le grand magasin retrouvait, au plan symbolique, son rôle de lieu commun — mais déplacé vers le vivant.

Née en 1950 en Allemagne, Gloria Friedmann s’installe en France en 1977. Autodidacte, elle travaille la sculpture, l’installation, la photographie ou la performance, en mettant souvent la nature et l’animal au centre. Depuis les années 1980, son œuvre tend un miroir : elle met en scène, avec une poésie parfois mordante, la manière dont nos gestes ordinaires participent à la domination — et à la destruction — de ce qui nous entoure.

Dans l’escalier, Birgit Jürgenssen : le domestique comme piège, et le corps comme sabotage

Au-dessus des marches, les images de la photographe autrichienne Birgit Jürgenssen (1943-2003) — réalisées des années 1970 aux années 1990 — brouillent les frontières entre le corps féminin et l’univers domestique. La série n’est pas un « document d’époque » : elle agit comme une persistance. Les objets du foyer deviennent accessoires d’assignation, les rôles sociaux se révèlent dans leurs coutures, et l’humour noir de Jürgenssen fait remonter à la surface ce qui, parfois, se rejoue encore.

Figure majeure de l’avant-garde féministe viennoise, Birgit Jürgenssen a multiplié dessins, photographies, objets et performances pour subvertir les stéréotypes de genre. Son œuvre met en crise les scénarios imposés — la ménagère, le corps décoratif, la docilité attendue — et déplace le regard vers la métamorphose : camouflages, masques, peaux, devenirs animaux. Dans l’escalier, cette traversée se lit comme un montage mental : ironie, inquiétude, puissance d’images qui refusent d’être sages.

Entre-deux coupoles : Christodoulos Panayiotou fait de la voix une archive vivante

Le public découvre aussi l’intervention de Christodoulos Panayiotou, artiste chypriote né en 1978 à Limassol, vivant entre Paris et Limassol. Sa pratique, polymorphe, circule entre sculpture, performance, vidéo et dispositifs sonores. Formé à la danse et aux arts de la scène, nourri par une approche quasi archéologique des récits collectifs, il travaille les mythes, les rituels et les images d’histoire — non pour « raconter » l’Histoire, mais pour la fissurer et laisser apparaître d’autres possibles.

Dans la zone de l’entre-deux coupoles, Panayiotou installe une pièce sonore intitulée JUDY GARLAND: A BIOGRAPHY (2009). L’artiste y superpose les premières et les dernières interprétations de « Over the Rainbow », transformant la chanson en biographie spéculative : évolution d’une voix, bascule d’une interprétation, écart entre promesse et épuisement. La musique devient matière de mémoire, reliant la fragilité individuelle à des mouvements collectifs, jusqu’à produire un léger décalage spatio-temporel — comme si, au cœur du grand magasin, un fantôme s’autorisait à chanter encore, autrement.

Sur la terrasse : Lawrence Weiner inscrit le temps dans la ville

Sur la terrasse panoramique, l’artiste américain Lawrence Weiner (1942-2021) inscrit le langage dans le paysage parisien. Figure majeure de l’art conceptuel, il fait du texte une sculpture : non pas un commentaire, mais une forme autonome, activée par la lecture, par le déplacement, par la rencontre. Ici, le statement est bilingue — Au même moment / At the same moment — et introduit une perturbation douce : que perçoit-on « ici » et « maintenant » lorsque la phrase décale légèrement notre rapport au temps ? L’art ne s’impose pas : il circule, se dissémine, accepte de se perdre dans la foule pour mieux s’inscrire, peut-être, dans les mémoires.

Informations pratiques

Exposition art contemporain Pour toujours – Galeries Lafayette Paris Haussmann
Du 10 mars au 27 avril 2026
40, boulevard Haussmann – 75009 Paris
Accès libre (dans les espaces du magasin).
Horaires indicatifs : lundi–samedi 10h–20h30 ; dimanche et jours fériés 11h–20h.
À noter : l’accès à la zone de l’entre-deux coupoles peut dépendre d’un calendrier et d’horaires spécifiques.

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.