Paris. La galerie Negropontes fête Brancusi avec les photographies de Grigorescu

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Constantin Brancusi
Constantin Brancusi

La Galerie Negropontes (Paris 1er) présente, du vendredi 16 janvier au samedi 18 avril 2026, l’exposition Un regard sur Brancusi – Art et Design. Au cœur du parcours, les photographies de Dan Er. Grigorescu (1917–1990) offrent une lecture sensible et rigoureuse de l’œuvre de Constantin Brancusi (1876–1957), en dialogue avec des créations contemporaines d’art et de design.

Les formes de Brancusi n’en finissent pas d’inspirer l’art et le design : un ovale, une ligne tendue, un poli miroir, et voilà que le monde se simplifie jusqu’à l’évidence. À l’occasion du 150e anniversaire de la naissance du sculpteur (19 février 1876), la Galerie Negropontes inaugure un cycle consacré à son héritage, dont Un regard sur Brancusi – Art et Design constitue le premier chapitre. Le principe : faire dialoguer photographies, sculpture et création contemporaine afin de révéler des parentés de matière, de rythme et de silence.

Constantin Brancusi

Les séries exposées de Dan Er. Grigorescu ont été réalisées entre 1964 et 1967. Elles ne cherchent pas à “documenter” Brancusi comme on ferait un inventaire : elles tentent plutôt de capter une présence. Un même volume est repris sous des angles variés, dans des lumières différentes, parfois au plus près, parfois à distance, jusqu’à ce que la sculpture semble basculer d’objet en apparition. Les ombres sculptent l’ombre, les reflets effacent l’anecdote, et l’on comprend alors combien Brancusi lui-même pensait l’atelier comme une scène : un lieu où la forme, l’air et la lumière composent ensemble.

Constantin Brancusi
Le Torse de Constantin Brancusi — photographie de Dan Er. Grigorescu.

Dans ce regard en noir et blanc, le poli devient ciel, la courbe devient souffle. Grigorescu isole les sculptures dans l’espace et accentue leur puissance géométrique : le volume se fait signe. La photographie prolonge ici la quête de Brancusi : atteindre la forme essentielle, débarrassée du pittoresque, mais chargée d’une énergie presque spirituelle.

Brancusi, l’invention d’une modernité silencieuse

Constantin Brancusi naît le 19 février 1876 à Hobița (Roumanie). Après une formation à Craïova puis à Bucarest, il rejoint Paris en 1904. La légende raconte qu’il effectua une partie du trajet à pied ; ce que l’on sait, c’est qu’il arrive dans une capitale artistique où tout est en tension : tradition académique, explosion des avant-gardes, effervescence des ateliers. Brancusi travaille brièvement auprès d’Auguste Rodin, mais s’éloigne vite : il veut autre chose qu’une virtuosité du modelé. Son projet est radical : réduire la forme jusqu’à sa vérité.

Constantin Brancusi

Dès les années 1907–1908, avec Le Baiser ou La Sagesse de la Terre, il pratique la taille directe et refuse l’ornement. Puis viennent les grands cycles : Mademoiselle Pogany, La Muse endormie, et surtout l’Oiseau (dont Oiseau dans l’espace) — une série où la figure se dépouille jusqu’à devenir élan pur. Chez Brancusi, le socle fait œuvre, la surface devient pensée, et l’atelier se transforme en composition totale : sculptures, outils, supports et agencements participent d’un même langage.

Constantin Brancusi
Le Baiser

Un épisode cristallise cette modernité : le procès américain de Brancusi v. United States (1927–1928), déclenché lorsque les douanes souhaitent taxer Oiseau dans l’espace comme simple objet métallique. La décision finale reconnaît l’œuvre comme de l’art : c’est un moment clé dans la reconnaissance institutionnelle de l’abstraction et de la sculpture moderne.

Constantin Brancusi

Après la Seconde Guerre mondiale, Brancusi est naturalisé français (1952). En 1956, il lègue son atelier à l’État français, geste décisif pour la mémoire de son œuvre : l’atelier, reconstitué à proximité du Centre Pompidou, reste l’un des lieux les plus émouvants pour saisir sa pensée en acte. Brancusi meurt le 16 mars 1957 à Paris, impasse Ronsin, et repose au cimetière du Montparnasse.

Constantin Brancusi
Trois versions du Coq.

Dan Er. Grigorescu, le photographe qui “écoute” la sculpture

Dan Er. Grigorescu naît le 22 novembre 1917 à Bârlad (Roumanie) et meurt le 19 février 1990 à Aubervilliers. Photographe autodidacte, auteur de nombreux livres, il consacre entre 1964 et 1967 un travail au long cours à Brancusi : une suite d’“études” photographiques qui cherchent moins l’illustration que l’essence. Son noir profond, ses contrastes, son attention à la peau des matières et au halo de la lumière font de chaque image une interprétation, presque une méditation. Certaines de ces photographies seront montrées plus tard dans des contextes d’envergure internationale, soulignant la place singulière de Grigorescu dans la réception visuelle de Brancusi.

La Galerie Negropontes présente son travail depuis 2012, et le remet ici au centre, comme une colonne vertébrale : un fil de regard qui relie le XXe siècle de Brancusi au XXIe siècle du design.

Constantin Brancusi

Infos pratiques

Exposition : Un regard sur Brancusi – Art et Design
Dates : du vendredi 16 janvier au samedi 18 avril 2026
Lieu : Galerie Negropontes
Adresse : 14–16 rue Jean-Jacques Rousseau, 75001 Paris
Horaires : du lundi au samedi, 10h–19h
Contact : 01 71 18 19 51galerie@negropontes-galerie.com

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Sources

  • Galerie Negropontes — page “Un regard sur Brancusi – Art & Design” (dates : 16.01–18.04.2026, principe du cycle, dialogue art/design/photographie).
  • Galerie Negropontes — page Contact (adresse 14–16 rue Jean-Jacques Rousseau, horaires, téléphone).
  • Le Journal des Arts — notice d’exposition “Un regard sur Brancusi Art et Design” (dates et lieu).
  • EXB / Éditions Xavier Barral — notice auteur Dan Er. Grigorescu (période 1964–1967, corpus Brancusi, éléments biographiques).
  • Wikipédia (FR) — éléments biographiques généraux sur Constantin Brancusi (dates, naturalisation, legs de l’atelier, décès).
Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.