L’exposition Salomé. Henner et Moreau face au mythe, à découvrir au musée national Jean-Jacques Henner (Paris 17e), réunit une trentaine d’œuvres autour de l’héroïne biblique, signées par deux peintres majeurs du XIXe siècle, Jean-Jacques Henner (1829-1905) et Gustave Moreau (1826-1898). Dessins préparatoires, croquis et peintures permettent de comparer leurs visions, tandis que l’on y découvre notamment la dernière Salomé de Henner, réalisée en 1904. Du mercredi 18 février au lundi 22 juin 2026.


Tantôt sensuelle, tantôt énigmatique, Salomé n’a jamais cessé de fasciner les artistes depuis la Renaissance. Figure biblique devenue mythe, elle traverse la sculpture, la littérature, la musique et la peinture, tandis que la fin du XIXe siècle, qui est travaillée par le symbolisme et la tentation « décadente », en fait une obsession nouvelle, à la fois spirituelle et charnelle. C’est à cette tension que l’exposition s’attache lorsqu’elle met en regard deux manières de peindre, l’une qui va vers l’épure et la vibration des chairs, l’autre qui s’abandonne au théâtre de l’imaginaire et aux fastes du rêve.


Chez Gustave Moreau, qui revient sans cesse au sujet pendant près de vingt ans, Salomé devient un personnage de vision, dont la danse semble ouvrir un monde, tandis que les décors foisonnent, que les ornements s’accumulent et que le récit biblique se métamorphose en légende intérieure. Chez Jean-Jacques Henner, qui privilégie une approche plus resserrée, le mythe se fixe souvent sur un instant glaçant, celui où l’héroïne porte le plateau qui doit recevoir, ou qui vient de recevoir, la tête de saint Jean-Baptiste. Là où Moreau amplifie, Henner suggère, et c’est précisément ce face-à-face que l’exposition rend lisible.
Le parcours, qui est conçu en deux temps, donne d’abord la place aux peintures, avant de s’ouvrir aux arts graphiques. On y retrouve notamment de grands dessins de Gustave Moreau, ainsi que des carnets et études de Jean-Jacques Henner, qui permettent d’entrer dans l’atelier, de suivre la fabrication d’une image et de mesurer combien le mythe se construit aussi par retouches, reprises et variantes.


Salomé, de la figure biblique au mythe fin-de-siècle
Dans les Évangiles, la jeune fille qui danse lors du banquet d’Hérode n’est pas nommée, tandis que la tradition l’identifie à Salomé, connue par ailleurs grâce à l’historien Flavius Josèphe. Elle est la fille d’Hérodiade et de Hérode II (dit aussi Hérode Boëthos), puis elle apparaît, dans le récit évangélique, au cœur de l’épisode tragique qui mène à l’exécution de saint Jean-Baptiste. La littérature et les arts du XIXe siècle transforment progressivement ce personnage, qui est parfois présenté comme manipulé, en une figure de tentation, de pouvoir et d’ambiguïté, dont la sensualité devient le symbole d’une époque qui doute, désire et fantasme.

Deux artistes, deux climats
Jean-Jacques Henner, né le 5 mars 1829 à Bernwiller (Alsace) et mort à Paris le 23 juillet 1905, se forme à Strasbourg puis à l’École des beaux-arts de Paris. Lauréat du Grand Prix de Rome en 1858 avec Adam et Ève retrouvant le corps d’Abel, il séjourne plusieurs années à la Villa Médicis. Sa peinture, qui est marquée par l’admiration de la Renaissance italienne, privilégie souvent une lumière sourde, une pâte veloutée et des fonds profonds, au service de figures qui semblent émerger du silence.
Gustave Moreau, né à Paris le 6 avril 1826 et mort le 18 avril 1898, suit une formation académique, copie au Louvre et construit très tôt une œuvre singulière, nourrie de culture classique et de voyages en Italie. Peintre symboliste par excellence, il compose des images où l’Antiquité, la Bible et les légendes se mêlent, tandis que les détails, les bijoux, les architectures et les matières participent d’une vision presque hallucinée. Face au sujet de Salomé, ce tempérament produit un contraste saisissant avec l’économie expressive de Henner.


Infos pratiques
Exposition Salomé. Henner et Moreau face au mythe
Lieu Musée national Jean-Jacques Henner, 43, avenue de Villiers, 75017 Paris
Dates Du mercredi 18 février au lundi 22 juin 2026
Horaires Ouvert de 11 h à 18 h, tous les jours sauf le mardi (dernière entrée à 17 h 30). Nocturne jusqu’à 21 h le deuxième jeudi du mois, de septembre à juin (dernière entrée à 20 h 30), sauf en juillet et août. Fermeture le 1er mai.
Tarifs Plein tarif 8 € ; tarif réduit 6 €. Gratuité pour les moins de 26 ans ressortissants de l’UE et pour les moins de 18 ans.
