Paris. La galerie Roger Viollet dévoile un Monde de photos coloriées à la main

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Le monde colorié à la main
Place de l'Opéra Garnier à Paris, en 1889

Une sélection de photographies du XIXe siècle, colorées à la main, sera présentée dans une exposition gratuite à la galerie Roger-Viollet, du jeudi 26 février au samedi 6 juin 2026.

Intitulée Le monde colorié à la main, l’exposition réunit 66 tirages contemporains réalisés à partir de plaques de verre stéréoscopiques du studio Léon & Lévy. Ces plaques sont aujourd’hui conservées par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), installée à l’hôtel Lamoignon (Paris 4e), grande institution patrimoniale dédiée à l’histoire de Paris et de l’Île-de-France.

La stéréoscopie, très en vogue au XIXe siècle, repose sur une idée simple et géniale : photographier une scène en deux vues légèrement décalées, destinées à être regardées avec un dispositif adapté (stéréoscope). Le cerveau recompose alors le relief et la profondeur. À l’époque, l’effet est saisissant : c’est un avant-goût de “3D”, bien avant le cinéma et nos écrans.

Dès le milieu du XIXe siècle, le studio Léon & Lévy — éditeurs-photographes et imprimeurs à Paris — envoie des opérateurs sur de nombreux territoires : villes de France, Espagne, Égypte, États-Unis, jusqu’au Japon. Ils fixent des paysages, des rues, des architectures, mais aussi des scènes de vie et des silhouettes. Ces images documentent un monde en pleine transformation, et révèlent aussi le regard de l’époque : curiosité, exotisme, “pittoresque” — parfois au prisme des imaginaires coloniaux.

Le monde colorié à la main
Omnibus à cheval, Yokohama (Japon), 1905.

Ce qui frappe, au-delà du relief, c’est la couleur. L’exposition rappelle que ces photographies ont été colorisées à la main dans les ateliers du studio, par des coloristes professionnels. Leur travail transforme l’image : il ajoute une température, une ambiance, une vraisemblance… et parfois une part d’invention.

Le monde colorié à la main
Tombeaux des califes, Le Caire (Égypte), 1880.

Les coloristes ne suivent pas les photographes sur le terrain : ils travaillent à distance, à partir des clichés, en choisissant les teintes pour suggérer une “vérité” sensible. À la manière de miniaturistes, ils appliquent des lavis (souvent à l’aquarelle) au pinceau fin, avec une précision d’orfèvre. Résultat : des images qui oscillent entre restitution et interprétation, entre documentaire et rêverie.

Ces vues stéréoscopiques étaient ensuite vendues au public : elles permettaient de “voyager” depuis un salon parisien à une époque où partir loin restait exceptionnel. On y retrouve l’appétit du XIXe siècle pour les panoramas, les récits d’expédition et les images “du bout du monde” — avec, pour la galerie, l’intérêt d’exhiber aujourd’hui la fabrication même de ces imaginaires.

Le monde colorié à la main

À voir aussi, en filigrane : la mise en scène du réel par l’archive photographique. La couleur ajoute une couche de récit ; la stéréoscopie ajoute une couche de présence. L’exposition propose ainsi une belle entrée dans l’histoire des images : ce moment où la photographie, déjà, n’est pas seulement “preuve”, mais aussi construction et sensation.

Le monde colorié à la main

Repères : le studio Léon & Lévy

Moyse Léon et Isaac (dit Georges) Lévy débutent comme assistants chez Ferrier-Soulier, avant de fonder leur maison en 1864. Ils diffusent des tirages sur papier albuminé et surtout des vues stéréoscopiques, souvent signées “L. L.”. En 1867, la firme participe à l’Exposition universelle de Paris et obtient une distinction. En 1874, l’entreprise devient J. Lévy et Cie, puis prend de l’ampleur à l’arrivée des fils (Ernest et Lucien) en 1895, sous le nom Lévy & fils. L’activité décline au début du XXe siècle (les dates de fin varient selon les sources).

Le monde colorié à la main

La collection Léon & Lévy est aujourd’hui exploitée par l’Agence Roger-Viollet, qui la valorise pour l’illustration d’ouvrages, d’essais historiques et de projets éditoriaux : un fonds très vivant, où l’archive continue de circuler, de se réinterpréter, et de nourrir de nouvelles lectures du passé.

Infos pratiques

Exposition : Le monde colorié à la main
Dates : du jeudi 26 février au samedi 6 juin 2026
Lieu : Galerie Roger-Viollet
Adresse : 6, rue de Seine, 75006 Paris
Horaires : du mardi au samedi, 11h–19h (fermé dimanche, lundi et jours fériés)
Entrée : gratuite
Contact : 01 55 42 89 00galerie@roger-viollet.fr

Le monde colorié à la main

Sources

  • Sortiraparis — “Le monde colorié à la main” (mise à jour du 4 février 2026 : dates et principe de l’exposition)
  • Offi.fr — fiche exposition “Le monde colorié à la main” (dates, présentation, gratuité, lieu)
  • Site Galerie Roger-Viollet — page contact (adresse, horaires, téléphone)
  • Site Galerie Roger-Viollet — notice “Léon et Lévy” (jalons historiques : 1864, 1874, 1895 ; Exposition universelle 1867)
  • Paris Musées — notice sur l’hôtel Lamoignon / BHVP (localisation et identification du site patrimonial)
Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.