Paris. 200 photos de Sebastiao Salgado exposées à l’Hôtel de ville

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Sebastiao Salgado

L’Hôtel de Ville de Paris rend hommage à Sebastião Salgado (1944-2025), disparu le 23 mai 2025. Visible jusqu’au samedi 30 mai 2026, l’exposition retrace les grandes séries qui ont marqué la carrière de l’un des plus grands photographes de notre temps. Conçu par Lélia Wanick Salgado, son épouse, avec l’ensemble du studio, le parcours dessine un portrait à la fois intime et monumental de l’homme, du père, du photographe et de l’écologiste.

À travers des images devenues iconiques, l’exposition réunit près de 200 œuvres et s’appuie sur un prêt exceptionnel de 114 tirages de la Maison européenne de la photographie, institution particulièrement chère à Sebastião Salgado. Le parcours ne se contente pas de rappeler la puissance documentaire de son œuvre. Il met aussi en lumière la cohérence profonde d’un regard qui, durant plus de cinquante ans, n’a cessé de lier la dignité humaine, la fragilité du monde et la nécessité d’un engagement envers le vivant.

Sebastião Salgado
Sebastião Salgado

L’exposition souligne le lien profond de Sebastião Salgado avec Paris. C’est dans la capitale française qu’il s’installe avec Lélia Wanick Salgado à la fin des années 1960, alors que le Brésil vit sous dictature militaire. Paris devient pour lui un lieu d’ancrage, de travail et de rayonnement international. Durant les derniers mois de sa vie, le photographe s’était d’ailleurs attaché à photographier cette ville qu’il habitait depuis plus d’un demi-siècle, comme si le parcours devait aussi revenir vers ce port d’attache devenu essentiel.

Paris, parc Montsouris, photographié dans le cadre de l’hommage à Sebastião Salgado
Paris, le parc Montsouris

Le parcours met également en valeur un autre pan majeur de son existence : le patient travail de régénération de la forêt atlantique brésilienne, engagé à partir de la fin des années 1990 avec l’Instituto Terra. Fondée par Sebastião et Lélia Salgado, cette initiative est devenue une référence internationale en matière de reforestation, de restauration écologique, d’éducation environnementale et de protection de la biodiversité. Cet engagement n’est pas annexe dans l’œuvre du photographe ; il en constitue le prolongement éthique. Après avoir documenté les ravages imposés aux hommes et aux territoires, Salgado a voulu, concrètement, réparer une part du monde.

Travail de reforestation lié à l’Instituto Terra
Le travail de reforestation

Enfin, l’exposition s’achève sur les œuvres picturales de Rodrigo Salgado, fils du couple. Né avec la trisomie 21, il peint depuis l’enfance. Sa présence dans le parcours ne relève pas de l’appendice familial, mais d’une ouverture sensible. Son travail, d’une grande intensité affective, introduit une autre manière de voir, une autre manière d’habiter le monde. Dans cette dernière salle, l’hommage public devient presque domestique, et la rétrospective biographique s’ouvre à une forme de transmission.

Rodrigo Salgado
Rodrigo Salgado

Ticket gratuit, mais réservation obligatoire :


Biographie

Sebastião Salgado naît le 8 février 1944 à Aimorés, dans l’État du Minas Gerais au Brésil. Formé à l’économie, il étudie notamment à l’université de São Paulo avant de s’installer à Paris en 1969. Il commence sa carrière de photographe professionnel en 1973. Il rejoint successivement les agences Sygma, Gamma puis Magnum Photos. En 1994, il fonde avec son épouse Lélia Wanick Salgado l’agence Amazonas images, exclusivement dédiée à son travail. Le couple a deux fils, Juliano et Rodrigo.

Sebastião Salgado

Sebastião Salgado a voyagé dans plus d’une centaine de pays pour mener ses grands projets au long cours. Son œuvre, largement diffusée dans la presse internationale, a aussi pris la forme de livres majeurs, parmi lesquels Autres Amériques, Sahel, l’homme en détresse, La Main de l’homme, Terra, Exodes, Les Enfants de l’exode, Africa, Genesis, Terres de café, Koweït, un désert en feu ou encore Gold. Mine d’or Serra Pelada. Ces ensembles ont donné lieu à des expositions itinérantes présentées dans le monde entier, confirmant une œuvre immédiatement reconnaissable, presque entièrement construite en noir et blanc.

Sebastião Salgado

Ambassadeur de l’UNICEF depuis 2001, Sebastião Salgado a reçu de nombreuses distinctions. Il devient membre honoraire étranger de l’American Academy of Arts and Sciences en 1992, est nommé commandeur des Arts et des Lettres en 2014, puis chevalier de la Légion d’honneur en 2016. En 2019, il reçoit le Prix de la paix des libraires allemands. En 2016, il est également élu à l’Académie des beaux-arts, au fauteuil de Lucien Clergue.

Depuis les années 1990, Sebastião et Lélia Salgado ont consacré une part essentielle de leur énergie à restaurer une zone dégradée de la forêt atlantique brésilienne, dans leur région d’origine. Cette terre est devenue une réserve naturelle et un laboratoire exemplaire de reforestation, d’éducation et de sensibilisation écologique. Chez Salgado, l’humanisme n’a jamais été séparé de la nature. Son travail n’oppose pas les hommes au monde vivant ; il rappelle, au contraire, qu’ils relèvent d’une même communauté de destin.

Grand témoin de la condition humaine et de l’état de la planète, Sebastião Salgado concevait la photographie comme un langage apte à retisser des liens entre les êtres et leur environnement. Son choix presque constant du noir et blanc n’était pas un effet de style, mais une manière d’interpréter le réel, d’en dégager la structure, la densité morale et la dignité irréductible.

Après avoir parcouru et photographié l’Amazonie pendant plusieurs années, il présente en 2021 l’exposition Amazônia, l’un de ses grands aboutissements. Il s’éteint le 23 mai 2025, à l’âge de 81 ans. Sa disparition laisse une œuvre immense, située au croisement du photojournalisme, de la méditation humaniste et de la conscience écologique.

Sebastião Salgado

Infos pratiques

Exposition Sebastião Salgado
Hôtel de Ville de Paris – Salle Saint-Jean
3, rue de Lobau, Paris 4e

Dates : du 21 février au samedi 30 mai 2026

Horaires : du mardi au samedi de 10 h à 18 h 30 ; nocturne le jeudi de 13 h à 20 h ; fermeture le dimanche, le lundi et les jours fériés

Accès : entrée gratuite, sur réservation

Ticket gratuit, mais réservation obligatoire :


Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.