Paris. L’Institut Suédois accueille l’exposition Formes ouvertes jusqu’au 19 juillet

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Formes ouvertes

L’Institut suédois, dans le Marais à Paris, présente avec l’exposition Formes ouvertes près de trente années de création du peintre et sculpteur Olle Bærtling (1911-1981). Figure majeure de l’abstraction suédoise, il dialogue ici avec les œuvres de plusieurs artistes internationaux contemporains, dans une exposition qui interroge la vitalité actuelle de l’abstraction géométrique.

Formes ouvertes

L’exposition Formes ouvertes, orchestrée par les commissaires Marion Alluchon et Marjolaine Lévy, met en regard l’œuvre d’Olle Bærtling avec celles de sept artistes internationaux : Cécile Bart (née en 1958), Rana Begum (née en 1977), Ulla von Brandenburg (née en 1974), Jacob Dahlgren (né en 1970), Bernd Ribbeck (né en 1974), Bella Rune (née en 1971) et Brooklin A. Soumahoro (né en 1990). À travers des approches et des médiums très différents, tous renouvellent l’art abstrait géométrique et en interrogent la pertinence aujourd’hui. Au sein d’une scénographie singulière, l’exposition explore ainsi les ramifications mondiales de l’abstraction géométrique et donne à voir, de manière sensible, ce que peut encore signifier une « forme ouverte » au XXIe siècle.

Pour Olle Bærtling, l’art n’a jamais été affaire d’immobilité. Il écrivait en 1970, dans son Prologue à un manifeste de la forme ouverte : « L’art ? Pour moi, depuis toujours : mouvement abstrait. Tout est mouvement, tout se meut. Rien de fixe, d’immobile dans l’univers. » Cette pensée irrigue toute son œuvre. Chez lui, la géométrie n’est ni froide ni décorative ; elle devient tension, expansion, projection mentale. La toile cesse d’être une limite. Les lignes, les angles et les couleurs semblent vouloir poursuivre leur course hors du cadre, vers un infini à la fois spatial et intérieur.

Olle Bærtling, du monde bancaire à l’abstraction radicale

Olle Bærtling naît le 6 décembre 1911 à Halmstad, en Suède. Il commence sa vie professionnelle comme employé de bureau à la Banque scandinave de Stockholm. C’est à l’âge de 23 ans qu’il s’oriente vers la peinture, d’abord en autodidacte, avant de poursuivre sa formation à Paris auprès de Fernand Léger (1881-1955) et André Lhote (1885-1962). À ses débuts, son travail porte encore la marque de l’expressionnisme nordique, mais son parcours bascule véritablement à la fin des années 1940.

Olle Bærtling
Olle Bærtling, avant de devenir pleinement artiste, exerça d’abord dans le secteur bancaire

En 1948, l’influence décisive de Piet Mondrian (1872-1944) détermine son orientation future. Bærtling développe alors une peinture pleinement abstraite, portée par une palette vive et contrastée, et fondée sur un vocabulaire de diagonales, d’angles et de triangles ouverts. Dès le début des années 1950, il théorise la forme ouverte, un système visuel refusant les motifs clos et les compositions refermées sur elles-mêmes. Les formes s’élancent au-delà de la toile, comme si l’espace pictural débordait vers l’infini.

Olle Bærtling expose pour la première fois à Stockholm en 1949. En 1950, soutenu par Auguste Herbin, il entre au Salon des Réalités Nouvelles à Paris. Deux ans plus tard, la galerie Denise René commence à représenter son travail, notamment à l’occasion de l’exposition Diagonale. Cette reconnaissance parisienne joue un rôle décisif dans sa trajectoire. Nourri par ses séjours en France et par ses échanges avec les milieux de l’abstraction construite, Bærtling s’impose alors comme l’un des artistes les plus singuliers de sa génération.

Olle Bærtling au Salon des Réalités Nouvelles en 1950
Olle Bærtling au Salon des Réalités Nouvelles en 1950, en compagnie du peintre Auguste Herbin

À partir de là, l’artiste élabore une œuvre immédiatement reconnaissable. Le mouvement y naît d’une combinaison de lignes noires et de contrastes chromatiques puissants. La couleur n’est pas un simple remplissage ; elle agit comme une force perceptive, active la rétine et met la pensée en mouvement. Ses compositions, souvent monumentales, fondées sur des triangles jamais achevés, proposent une abstraction ouverte, dynamique, décentrée. En parallèle, Bærtling développe également une œuvre sculpturale qui prolonge dans l’espace ses recherches picturales.

Formes ouvertes

Dès 1955, ses œuvres entrent dans plusieurs collections majeures, parmi lesquelles celles du Museum of Modern Art et du Solomon R. Guggenheim Museum à New York, du Nationalmuseum en Suède et du musée d’art de Gothenburg. À partir des années 1960, sa notoriété s’affirme durablement. Lorsqu’il meurt à Stockholm le 2 mai 1981, dans sa soixante-dixième année, la Liljevalchs Konsthall lui consacre une rétrospective. Il demeure aujourd’hui l’une des grandes figures de l’art moderne suédois, mais aussi un artiste dont l’utopie formelle continue d’interroger notre présent.

Au-delà de la redécouverte historique, Formes ouvertes a le mérite de ne pas enfermer Bærtling dans une simple célébration patrimoniale. L’exposition le replace au contraire dans une conversation vivante avec des artistes contemporains qui, chacun à leur manière, déplacent, troublent ou prolongent l’héritage de l’abstraction. Une question parcourt alors le parcours : l’idéal d’un langage universel, porté par la forme pure, est-il encore possible aujourd’hui ? C’est sans doute là que l’exposition trouve sa véritable force. Elle ne commémore pas seulement un pionnier ; elle remet en circulation une hypothèse esthétique.

Infos pratiques

Exposition Formes ouvertes, du 20 février au 19 juillet 2026
Institut suédois – 11, rue Payenne – 75003 Paris

Horaires : du mardi au dimanche, de 12 h à 19 h ; nocturne le jeudi jusqu’à 21 h.
Entrée libre, sans réservation.

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.