La poésie de Pauline Bilisari ne joue pas à être profonde, elle ne surplombe pas l’émotion, elle la vie. Et, par une simple franchise, elle finit par faire du lecteur un témoin, presque un confident.
Née en 2000, originaire de Toulon et installée à Rennes, Pauline Bilisari avance depuis quelques années avec une trajectoire qui ressemble à sa poésie, autrement dit,z directe, autodidacte, obstinée. D’abord le besoin d’écrire, avant la stratégie. D’abord l’élan, avant le “milieu”. Éditrice free-lance, autrice passée par l’auto-édition, elle a construit son lectorat au fil des partages, des extraits, de cette présence contemporaine où l’on ne sépare plus tout à fait la page et la vie sans pour autant confondre la littérature avec une vitrine.
Et puis il y a Ça ira. Le titre, à lui seul, pourrait être un slogan d’affiche ou une formule qu’on se répète pour tenir. Chez elle, c’est plutôt un pari. Une phrase qu’on n’ose pas toujours prononcer, et qu’on déplie pourtant, poème après poème, comme on ouvrirait une fenêtre dans une chambre trop longtemps fermée.
Ça ira n’est pas un manuel de consolation, et c’est précisément pour cela qu’il console. La poésie de Pauline Bilisari n’explique pas la douleur, mais la reconnaît. Elle lui donne une forme respirable, une syntaxe simple, une nudité presque enfantine qui, paradoxalement, demande du courage. Ses textes courts fonctionnent comme des battements — parfois une évidence, parfois une secousse, parfois une main posée sur l’épaule.

Ce qui frappe, c’est la façon dont Pauline Bilisari écrit sans décor. Pas d’emphase inutile. Pas de virtuosité pour faire joli. Une langue accessible, oui, mais accessible comme un aveu, pas comme un produit. Et dans cette accessibilité, un phénomène puissant se produit, le lecteur se reconnaît. Pas forcément dans les faits, mais dans les sensations. L’angoisse, l’épuisement, la honte, la solitude, la peur de “trop ressentir”, la difficulté à s’aimer, l’idée (si moderne) qu’il faudrait être performant même dans sa guérison.
Une espèce de “poésie thérapeutique” qui autorise plutôt qu’une distribution de solutions, mais parce qu’elle autorise à craquer. À avoir peur. À ne pas aller bien. À ne pas “mériter” sa peine. À se dire que la douleur n’a pas besoin d’être comparée pour être légitime.
tu as le droit
de craquer
de pleurer
de hurler
tu as le droit
de te sentir dépassé
désarmé
asphyxié
ne laisse personne
te faire croire
que tu n’as pas le droit
d’avoir mal
nos souffrances
sont incomparables
mais nos douleurs
sont légitimes
Réduire Pauline Bilisari à l’intime serait pourtant passer à côté d’une autre dimension qui est la manière dont l’intime, chez elle, finit par toucher au collectif. Dans Ça ira, la fragilité n’est pas seulement une histoire personnelle ; elle est aussi le symptôme d’un monde qui presse, qui normalise, juge vite, exige d’être “fort” et qui s’étonne ensuite de voir tant de gens s’effondrer en silence…
Quand la poésie glisse vers la critique sociale, elle ne le fait pas avec des slogans, mais avec des constats. Une sensation d’injustice, de décalage, d’étranglement. Cette capacité à passer du “je” au “nous” sans perdre la sincérité fait partie de ce qui distingue une voix ; l’émotion n’y est pas une bulle, mais une manière d’être au monde.
Ça ira a d’abord existé comme un premier élan, presque brut, avant d’être repris, revu, augmenté dans une édition plus récente paru en octobre 2025. Ce détail compte, car il raconte une autrice qui revient sur son propre matériau, non pour le lisser, mais pour l’assumer autrement. Comme si l’on relisait son ancien soi avec davantage de justesse.
Il y a là quelque chose de très rennais, au fond — ce mélange de pudeur et de frontalité, de discrétion et d’exigence. Pauline Bilisari n’écrit pas “depuis Rennes” comme on collerait une étiquette ; elle y écrit comme on s’enracine. Au milieu des jours ordinaires, des saisons qui passent, des corps qui encaissent, des mots qu’on tente d’ordonner pour ne pas se perdre.

Ça ira (édition Robert Laffont, 2025)
- Titre : Ça ira
- Autrice : Pauline Bilisari
- Éditeur : Robert Laffont
- Date de parution : 2 octobre 2025
- Format : grand format, relié
- Pagination : 260 pages
- EAN : 9782221284261
- ISBN : 2221284267
- Dimensions : 13,50 × 20,00 cm (env. 20,9 × 14,2 cm selon les fiches libraires)
- Poids : env. 382 g
- Illustrations : aucune (pas d’illustrations)
- Langue : français
À noter
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