Rennes BAM. Un « contre-carnaval » dégénère à Cleunay, quatre interpellations

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Les événements se sont déroulés samedi 7 mars 2026 à Rennes, dans le quartier de Cleunay, à l’occasion d’un rassemblement organisé contre la démolition du bâtiment associatif BAM (voir notre article).

Présentée initialement comme une manifestation festive, parfois décrite comme un « contre-carnaval », la mobilisation réunissait plusieurs dizaines de participants issus de milieux militants proches de la mouvance antifasciste et de l’ultra-gauche. Quatre personnes ont été placées en garde à vue, notamment pour vol en réunion et apologie du terrorisme. Au cœur de la controverse, le BAM, un tiers-lieu associatif promis à la démolition.

Une mobilisation contre la démolition du BAM

Les événements se sont déroulés samedi 7 mars 2026 à Rennes, dans le quartier de Cleunay, à l’occasion d’un rassemblement organisé contre la démolition du bâtiment associatif BAM (voir notre article). Présentée initialement comme une manifestation festive, parfois décrite comme un « contre-carnaval », la mobilisation réunissait plusieurs dizaines de participants issus de milieux militants proches de la mouvance antifasciste et de l’ultra-gauche.

Selon plusieurs témoignages, le rassemblement avait été annoncé comme un moment festif et solidaire destiné à défendre l’avenir du Bâtiment à Modeler (BAM), tiers-lieu associatif promis à la démolition dans le cadre d’un projet d’aménagement urbain. Des ateliers de préparation avaient été organisés les semaines précédentes et les organisateurs évoquaient un carnaval militant mêlant musique, déguisements et déambulation dans le quartier.

Plusieurs participants auraient d’ailleurs défilé déguisés, certains arborant notamment des caricatures ou des masques représentant des responsables politiques locaux, notamment la maire de Rennes. L’événement se voulait, selon ses initiateurs, une manière festive de protester contre la disparition annoncée du lieu et contre ce qu’ils dénoncent comme une transformation sociale et immobilière du quartier.

Le « contre-carnaval », une forme de manifestation militante

La mobilisation du 7 mars avait été présentée par ses organisateurs comme un « contre-carnaval ». Ce type d’événement s’inscrit dans une tradition militante apparue dans plusieurs villes européennes depuis les années 2000. L’idée consiste à détourner les codes du carnaval – déguisements, musique, déambulation festive – pour en faire une forme de protestation politique.

Dans ces rassemblements, les participants défilent souvent sous forme de parodie ou de satire politique. Les costumes, slogans et performances visent à dénoncer certaines politiques urbaines ou sociales. À Rennes, plusieurs initiatives de ce type ont déjà eu lieu ces dernières années dans différents quartiers, mêlant revendications politiques et culture alternative.

Des dégradations et le pillage d’un supermarché

Mais selon les premiers éléments rapportés par des sources policières, la situation se serait progressivement tendue au cours de l’après-midi. Des tags et dégradations de mobilier urbain ont été constatés dans le secteur. Une agence immobilière aurait également été visée. Dans le même temps, un supermarché du quartier, un Carrefour City situé à proximité, aurait fait l’objet d’un pillage par un groupe de participants. Les forces de l’ordre sont intervenues afin de sécuriser la zone et d’identifier les auteurs présumés des dégradations. Plusieurs individus ont alors été interpellés dans le secteur ou à proximité du rassemblement.

Samedi 7 mars : la chronologie des faits

  • 14 h : début du rassemblement autour du BAM, rue André-Trasbot, dans le quartier de Cleunay.
  • Début d’après-midi : défilé d’une cinquantaine de participants déguisés ou masqués dans les rues du quartier.
  • Milieu d’après-midi : apparition de tags et premières dégradations de mobilier urbain.
  • Peu après : une agence immobilière est visée et un Carrefour City est pillé.
  • Fin d’après-midi : intervention des forces de l’ordre et contrôles dans le secteur.
  • Soirée : quatre personnes sont interpellées et placées en garde à vue.

À la suite de ces incidents, quatre individus âgés de 21 à 28 ans ont été interpellés puis placés en garde à vue. Les personnes mentionnées dans les premières informations de presse sont :

  • Basile G., 22 ans
  • Lucas L., 28 ans
  • Antoine L., 23 ans
  • Henri R., 21 ans

Les chefs d’accusation évoqués par les enquêteurs incluent notamment :

  • vol en réunion, en lien avec le pillage du supermarché
  • port d’arme, un couteau de type Opinel ayant été retrouvé dans un véhicule
  • outrage
  • apologie du terrorisme

Un chant visant la mémoire d’Arnaud Beltrame

Le chef d’accusation d’apologie du terrorisme serait lié à un chant scandé par certains manifestants face aux forces de l’ordre : « On n’entend plus chanter Arnaud Beltrame. » Cette phrase vise la mémoire du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, officier de gendarmerie tué en mars 2018 à Trèbes après avoir trouvé l’exceptionnel courage de prendre la place d’une otage lors d’un attentat djihadiste. Selon les autorités, ce type de propos est susceptible de relever juridiquement de l’infraction d’apologie du terrorisme prévue par le droit pénal français.

Une affaire dans un climat politique tendu

L’épisode intervient dans un contexte de tensions croissantes entre groupuscules militants radicaux. Plusieurs affrontements entre militants d’ultra-gauche et d’ultra-droite ont récemment marqué l’actualité nationale. La mort d’un militant identitaire lors d’une rixe à Lyon en février 2026 a notamment ravivé ces tensions. Les services de renseignement signalent par ailleurs une augmentation des violences politiques entre groupes radicaux ces dernières années, phénomène qui touche plusieurs villes françaises.

Une enquête en cours

Au moment des premières informations rendues publiques :

  • quatre personnes ont été interpellées et placées en garde à vue
  • une enquête a été ouverte pour vols, port d’arme, outrage et apologie du terrorisme
  • les investigations doivent encore déterminer précisément les responsabilités individuelles

L’affaire pourrait également éclairer les tensions locales autour du BAM de Cleunay, bâtiment devenu ces dernières années un lieu de sociabilité militante et dont la démolition a suscité une mobilisation de certains collectifs rennais.

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Le BAM de Cleunay, un lieu militant et associatif installé depuis plusieurs années

Au cœur de la mobilisation se trouve le BAM, un bâtiment situé dans le quartier de Cleunay, à l’ouest de Rennes. Connu dans certains milieux militants rennais, ce lieu a servi ces dernières années d’espace d’activités collectives pour différents collectifs associatifs et politiques.

Le bâtiment a progressivement été investi par des groupes issus de la mouvance libertaire, antifasciste ou autonome, qui y ont organisé diverses initiatives. On y trouvait notamment des réunions militantes, des ateliers, des cantines solidaires, des projections ou des rencontres politiques. Comme d’autres lieux comparables dans plusieurs villes européennes, le BAM fonctionnait ainsi comme un espace autogéré, mêlant activités sociales, culturelles et engagement politique.

Pour ses soutiens, le lieu représentait un espace de sociabilité alternative permettant l’organisation d’événements indépendants des structures institutionnelles. Certains collectifs y voyaient également un point d’ancrage pour des initiatives solidaires locales, notamment autour de l’aide alimentaire ou de l’organisation d’événements militants.

Mais le bâtiment se trouvait également au centre d’un contentieux urbanistique. Inscrit dans un secteur concerné par des projets de transformation urbaine, il doit être démoli dans le cadre d’un programme d’aménagement du quartier. Cette perspective a suscité la mobilisation de plusieurs collectifs qui dénoncent la disparition d’un lieu associatif et critiquent ce qu’ils perçoivent comme un processus de recomposition urbaine et de gentrification.

La manifestation du 7 mars s’inscrivait précisément dans ce contexte. Les organisateurs entendaient protester contre la démolition annoncée du bâtiment et défendre la pérennité de ce type d’espaces militants dans la ville. Reste à savoir si les incidents survenus lors de ce rassemblement pèseront sur l’avenir du lieu et sur les relations déjà tendues entre certains collectifs militants et les autorités locales.