Rennes lance une brigade municipale de médiation avec les oiseaux afin de pacifier l’espace public

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À Rennes, l’innovation territoriale ne connaît décidément plus de limites. Dans le cadre de son nouveau plan de régulation douce des conflits urbains, la municipalité devrait expérimenter dès ce printemps une « brigade de médiation interespèces » chargée d’améliorer les relations entre habitants, terrasses de café et oiseaux opportunistes. Une première en France. Le dispositif ciblera en priorité les goélands, de plus en plus observés en milieu urbain, notamment autour des zones de restauration, des places fréquentées et des sorties d’école.

Selon plusieurs documents de travail consultés par la rédaction d’Unidivers, cette brigade serait composée de trois agents formés à l’éthologie de terrain, d’un psychologue environnemental, et d’un ancien animateur nature spécialisé dans les comportements de domination alimentaire chez les laridés. Leur mission ne consisterait pas à chasser les oiseaux, jugés « légitimes dans leur réappropriation partielle de l’espace anthropisé », mais à négocier avec eux de nouvelles formes de cohabitation.

Des techniques de désescalade testées sur le terrain

Parmi les outils envisagés figure un protocole baptisé « Regard bas, sandwich couvert », qui inviterait les usagers à ne plus fixer les goélands dans les yeux au moment du déjeuner, afin d’éviter toute lecture agonistique de la situation. Des ateliers pilotes auraient également permis d’identifier plusieurs gestes à risque, notamment le déballage trop rapide d’un panini, l’exposition prolongée d’une frite isolée ou le port d’un cabas à odeur de poisson.

Si l’élue déléguée à la biodiversité et à l’animal en ville a requis l’anonymat car le projet n’a pas encore été officiellement présenté, elle a présenté son approche comme « à la fois préventive, relationnelle et symbolique ». Selon elle, « le goéland n’attaque pas, il propose un rapport de force alimentaire – tout l’enjeu est de sortir de la logique de confrontation frontale, un peu comme avec LFI. ».

Un budget modeste, mais des ambitions élevées

Le coût de l’expérimentation est estimé à 48 000 euros durant six mois qui inclue la confection de chasubles ivoire, de sifflets à ultrasons non vexatoires et d’un petit observatoire mobile en bois installé à tour de rôle place Sainte-Anne, aux abords du mail François-Mitterrand et dans plusieurs parcs. Une charte de bonne conduite sera distribuée aux habitants. Elle rappellera qu’un goéland en stationnement prolongé sur un lampadaire « n’est pas nécessairement hostile » et qu’il convient d’éviter « toute escalade gestuelle avec un individu déjà en vigilance haute ». Le projet prévoit aussi une phase de sensibilisation dans les écoles. Les enfants y apprendraient à distinguer un cri d’alerte, un cri de revendication territoriale et un cri de captation opportuniste de viennoiserie (le cri, le domoraille, le chocoraille)

Vers un permis de terrasse pour les oiseaux ?

Plus controversée, une autre piste serait actuellement à l’étude : la création de « zones alimentaires partagées », installées à distance des terrasses, où de petites quantités de nourriture homologuée seraient déposées à heures fixes afin de détourner la pression aviaire. Certains commerçants y voient un compromis acceptable ; d’autres redoutent, au contraire, « une forme de clientélisme ornithologique ». Un restaurateur du centre-ville résume l’inquiétude d’une partie de la profession : « Nous avions déjà les pigeons, les trottinettes, les livraisons, les manifestations, les travaux, les étudiants en socio qui restent trois heures avec un café. Si maintenant il faut négocier avec les goélands, il va falloir agrandir les terrasses. »

Une démarche qui suscite déjà l’intérêt d’autres villes

Plusieurs collectivités auraient pris contact avec Rennes pour suivre l’expérimentation, notamment Saint-Malo, Lorient et Boulogne-sur-Mer. Une rencontre intercommunale serait à l’étude autour du thème : « Biodiversité urbaine et nouveaux protocoles de civilité alimentaire ».

À ce stade, la Ville de Rennes n’a ni confirmé ni démenti l’existence du projet. Mais une chose est sûre : à l’heure où tant de tensions traversent l’espace public, l’idée qu’un territoire puisse tenter d’apaiser ses relations avec les oiseaux par le dialogue plutôt que par l’affrontement a déjà, pour certains, écologistes ou non, quelque chose de profondément moderne.

Nicolas Roberti
Nicolas Roberti est passionné par toutes les formes d'expression culturelle. Docteur de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, il étudie les interactions entre conceptions spirituelles univoques du monde et pratiques idéologiques totalitaires. Conscient d’une crise dangereuse de la démocratie, il a créé en 2011 le magazine Unidivers, dont il dirige la rédaction, au profit de la nécessaire refondation d’un en-commun démocratique inclusif, solidaire et heureux.