Cheveux est la première création de la Rennaise Marie-Laure Picard, en co-production avec l’Armada productions. Dans le cadre du festival de cinéma Travelling, mardi 17 février, l’artiste présente un spectacle immersif dans lequel un dessin d’animation aux allures de conte est porté par une bande sonore électronique-pop.
Pour les personnes qui connaissent le nom de Marie-Laure Picard, c’est peut-être par le biais de son travail musical : elle a notamment partagé la scène avec la comédienne Chloé Maniscalco pour la performance poétique et musicale D’amour et d’eau fraîche de la compagnie A Corps Rompus. C’est aujourd’hui avec une création pluridisciplinaire que nous la retrouvons au festival de cinéma Travelling.

Cheveux a poussé il y a environ 4 ans, née un peu par hasard de la main de Marie-Laure Picard. Il s’agissait à la base d’un moyen d’expression personnel plus que les prémices d’une création, mais le projet a surgi dans le plaisir de dessiner et l’envie de le faire vivre. « Je travaillais déjà avec L’Armada Productions, avec les jeunes publics, mais plus sur le volet musique. Nous avons travaillé ensemble le stop motion et on composait ensuite la musique pour nos films« , introduit-elle. Si Marie-Laure ne vient pas du milieu de l’animation, elle est liée au dessin par sa formation d’architecte. « Il y a quelque chose de magique dans le dessin d’animation, c’est une manière d’écrire et d’exprimer des choses sans les verbaliser.«
Le début de sa narration est né à partir d’une idée, « un géant qui mange une petite fille« , et d’une scène, « des cheveux qui poussent jusqu’à ce qu’elle se fasse absorber par sa chevelure et se retrouve sur une île déserte. L’histoire commence à partir de là« .

Comme dans un conte traditionnel, le public navigue dans dans différents sujets en compagnie de Cheveux. A la manière d’Alice aux pays des merveilles de Lewis Carroll, le personnage est emporté dans un rêve, invité à entreprendre un parcours initiatique vers l’émancipation. On traverse la mélancolie, la peur et l’anxiété, mais aussi la curiosité et la quête de l’identité. Cheveux avance dans des espaces naturels sur le chemin de la confiance en soi, pour enfin sortir du rêve. « Cette promenade initiatique propose un chemin vers l’apaisement« , exprime-t-elle. « Je trouvais intéressant d’aborder ces thèmes-là, notamment chez les plus jeunes qui ressentent ces émotions sans les formuler forcément encore. Mais on se trouve dans un monde complexe et ils y ont accès très tôt à ces sentiments-là. » Mais le concert-spectacle ne plonge jamais dans le pathos, notamment grâce à un travail sur la couleur : Marie-Laure Picard a pensé sa création comme un moment relaxant duquel on ressort avec un sentiment de bien-être.
Si le dessin aux traits minimalistes est figuratif, il laisse aussi parler l’imagination du public afin que chaque personne puisse avoir sa propre interprétation. Cette approche révèle un rapport plus contemporain aux images en ce qu’elles peuvent évoquer en chacun de nous. « Il n’existe pas qu’une seule réponse« , souligne-t-elle. « Un objet artistique ne doit pas enfermer dans une seule direction. »
« C’est intéressant de voir comment l’imaginaire fleurit à partir d’une histoire et ce que les images signifient pour nous. »


A contre-courant des processus créatifs actuels, Marie-Laure a travaillé son dessin comme elle compose sa musique, artisanalement, soit image par image. « J’ai toujours construit de cette manière, avec les bons côtés et les plus anarchiques« , s’amuse-t-elle. « A l’heure de l’Intelligence Artificielle, cet exercice m’a créé de grands moments d’anxiété, mais l’effort valait le coup. » Le technique apporte cette lenteur d’antan que nous avons oublié, aujourd’hui inexistante dans la majorité des dessins-animés d’aujourd’hui.
Marie-Laure est à fois conteuse et chanteuse. L’histoire est portée par une musique à la croisée de deux mondes, en miroir quelque part à la narration entre rêve et réalité : par moments, la musique bascule dans une expérimentation sonore qui privilégie la texture et un son ambient ; à d’autres, des sonorités plus légères et pop apporte un côté comédie musicale sans tomber dans le kitsch. Dans un aller-retour entre inspirations pop et références exigeantes, l’artiste cite notamment les musiques minimalistes japonaises comme Iroshi Shimura – particulièrement l’album Green dont elle est fan – et Ryiuchi Sakamoto, connu pour ses musiques de film. « J’ai d’autres références pop comme The Beatles, The Beatch Boys et Robert Wyatt. »

Captivés par les images, enveloppés par le son, les spectateurs et spectatrices accompagnent Cheveux dans une quête qui traite de sujets tant personnels qu’universels, résonnant intimement avec l’expérience de Marie-Laure Picard dans la création. « C’est une balade vers soi-même aussi« , confirme-t-elle. « On apprend beaucoup sur soi quand on fait des projets de ce type.«
Articles connexes :
