Au 13 et 15 boulevard Franklin-Roosevelt, des milliers de Rennais passent chaque jour devant une façade de béton et de métal qui ressemble à un hangar, un ancien atelier, une usine endormie. Au-dessus de la porte, une plaque triangulaire grise tranche dans l’anonymat : « Cité Pierre Louaïl ». Derrière cette entrée, pourtant, se cache l’un des endroits les plus singuliers de Rennes : une cité d’artisanat d’art à la fois industrielle, habitée, et encore trop méconnue.
Le bon prétexte pour pousser la grande porte, ce sont les Journées européennes des Métiers d’Art (JEMA). L’édition 2026 se tiendra du 7 au 12 avril 2026, sur le thème « Cœurs à l’ouvrage ». La Cité Pierre Louaïl participe régulièrement à ces portes ouvertes (éditions récentes en 2024 et 2025) et ouvre également lors des Journées européennes du patrimoine (par exemple en 2025). Autrement dit : si vous cherchez un lieu où comprendre, concrètement, ce que signifie un geste, un matériau, une patience, vous êtes au bon endroit.
D’une usine (1928) à une cité d’artisanat d’art (depuis 1988)
Le bâtiment est une ancienne usine fondée en 1928. Ici, on a longtemps fabriqué des landaus, des poussettes, des jouets : une production populaire, concrète, enracinée dans une époque où l’atelier et la série cohabitaient sans se contredire. Puis, à la fin des années 1980, le lieu change de vocation : il devient une cité d’artisanat d’art, dédiée à des pratiques qui exigent du temps, de la précision et un rapport intime au matériau.
Ce qui frappe, en entrant, c’est le contraste : dehors, une enveloppe robuste, presque brute ; dedans, des ateliers où se jouent des scènes patientes — restauration, sculpture, céramique, lutherie, travail du métal, création d’objets. Dans ce décor de hall industriel et de couloir d’ateliers, la visite devient une leçon de fabrication.
Une visite : entrer par le métal, sortir par les gestes
Dès l’entrée, une sculpture en fer signée GIL plante le décor : ici, le métal n’est pas seulement une matière, c’est une présence. Puis viennent les œuvres de Thierry Laudren (dont notre portrait) : sculptures, meubles, fragments de bestiaire, silhouettes, objets qui semblent sortis d’un rêve industriel. Le couloir devient une galerie, sans le cérémonial d’une galerie.
Restaurer : le temps long d’un siège, l’intelligence d’un tissu
Un atelier de tapissier-décorateur a toujours quelque chose d’une arrière-boutique du temps : odeurs de bois ancien, étoffes, ressorts, crin, sangles, outils posés comme des instruments de précision. Ici, la restauration de sièges, le revêtement mural, les décors de fenêtres (rideaux, stores) racontent une autre histoire : celle d’un patrimoine domestique, public ou privé, qui tient parce que quelqu’un sait refaire.
Céramique : l’atelier comme laboratoire de chaleur
La céramique, vue de près, rappelle une évidence : le beau est souvent une affaire de cuisson, d’attente, d’essais. Dans ce type d’atelier, tout parle de températures, d’émaux, de rythmes. Les pièces semblent “calmes” au regard ; au plan technique, elles sont pleines de décisions et de risques.
Objets, sculptures, “petite cuisine” d’atelier : fabriquer, c’est composer
Dans une cité d’artisanat d’art, l’atelier ressemble souvent à une cuisine d’idées : moules, pigments, outillage, matériaux, essais en cours. La fabrication d’objets, la sculpture, la création de séries ou de pièces uniques montrent la même chose : un artisan ne “produit” pas seulement ; il compose — avec la matière, la commande, le lieu, et le temps disponible.
Thierry Laudren : l’atelier hanté par les métamorphoses
Dans le hall, une pièce en cours raconte mieux qu’un discours la vérité de ces métiers : on voit la forme “venir”, étape par étape, avec ses repentirs, ses reprises, ses accidents heureux. Les sculptures-meubles de Thierry Laudren — surréalistes, drôles, parfois inquiétantes — donnent au lieu une atmosphère de fiction. Bestiaire, figures humaines, clins d’œil au cinéma, à la pop culture : tout peut devenir matière à sculpture, et la sculpture devient parfois meuble, sans demander pardon à aucune catégorie.
Lutherie, feutre, coutellerie : la diversité comme signature
La Cité Pierre Louaïl n’est pas un “musée du geste”. C’est un endroit où les disciplines se frottent : travail du bois, du métal, de la terre, du textile, de la laine, du cuir, et aussi fabrication d’instruments. Une porte ouverte est souvent l’occasion de croiser des invités, des démonstrations, parfois une forge temporaire à l’extérieur, et des artisans venus élargir le champ (selon les éditions).
Au plan éditorial, c’est ce mélange qui fait la force du lieu : un espace commun, un hall, un couloir, des ateliers, et l’idée simple qu’on apprend mieux en voyant faire qu’en lisant des promesses. Si vous souhaitez rencontrer un luthier, un créateur, un artisan, gardez toutefois en tête une règle de bon sens : la visite dépend des contraintes d’atelier (commandes, pièces en cours, rendez-vous). Une porte ouverte, justement, sert à rendre ce calendrier visible et humain.
Pourquoi il faut y aller (au moins une fois)
- Pour comprendre : un objet “bien fait” n’est pas un miracle, c’est une somme de gestes et de décisions.
- Pour regarder autrement : le matériau n’est plus un décor, il devient une réalité (bois, métal, cuir, textile, terre, laine…).
- Pour rencontrer : les métiers d’art vivent aussi de parole, de transmission, d’explications, de démonstrations.
- Pour Rennes : parce que ce lieu fait partie de la ville autant que ses grands équipements — mais dans un registre plus secret.
Infos pratiques
Cité Pierre Louaïl / Centre des métiers d’art de Rennes
13–15 boulevard Franklin-Roosevelt, 35000 Rennes
JEMA 2026 : du 7 au 12 avril 2026 (thème : « Cœurs à l’ouvrage »). Les modalités exactes (jours/horaires/ateliers participants) sont à vérifier au moment de l’édition, via les canaux officiels ci-dessous.
Suivre / contacter : Instagram citepierrelouail_rennes (annonces et portes ouvertes). Pour les éditions récentes, l’organisateur déclaré est le Centre métiers d’art de Rennes.











