Rennes Équinoxe : l’écologie pragmatique, la ville vécue et le mur de l’exécution

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Yan Melan représente la liste Rennes Equinoxe aux Municipales 2026

Rennes Équinoxe présente aux Municipales 2026 une liste nouvelle et jeune (c’est déjà pas mal !), un récit en trois mots – vivante, apaisée, résiliente – mais un programme encore partiel…

Avec Rennes Équinoxe, la campagne municipale rennaise accueille une liste atypique, portée par Yan Mélan, qui se présente comme un collectif de citoyens et revendique une « écologie pragmatique », scientifique plutôt qu’idéologique. Le triptyque de communication — « Pour une ville vivante, apaisée & résiliente » — assume un récit simple qui consiste à rendre du plaisir urbain (quartiers piétons, convivialité), désaturer l’air et les nerfs (mobilités, sécurité, nuisances), et adapter la ville (canicules, inondations, eau, alimentation). Ce qui est déjà en soi désirable.

Au plan stylistique, le programme (tel qu’affiché à ce stade sur le site de campagne) tranche avec les productions « catalogue ». Ici, beaucoup de mesures sont formulées comme des axes-guides tels que densifier autour des haltes ferroviaires, convertir des bureaux en logements, requalifier des zones commerciales, viser « zéro mort » sur les routes, rendre la Vilaine baignable, etc. Cela donne de l’élan… mais crée aussi un enjeu majeur ; le programme complet est annoncé “chapitre par chapitre” et reste en construction. Autrement dit, l’intuition est lisible ; la valeur d’exécution (phasage, portage Ville/Métropole/État, coûts, indicateurs) devra être documentée pour sortir de l’impression de vœux chouettes, séduisants, mais… pieux.

Point intéressant. Interrogé par notre confrère Stéphane Besnier sur la première mesure qu’il prendrait, Yan Mélan met en avant une proposition « courte, efficace, symbolique » qui est la gratuité des transports en commun le week-end, présentée comme peu coûteuse, favorable à la qualité de l’air, et utile aux familles comme aux commerces.

Top 12 mesures

  • Gratuité des transports en commun le week-endConditionnel (Métropole) : STAR = compétence métropolitaine ; question de compensation financière et de capacité d’offre.
  • RER métropolitainConditionnel (Région/SNCF/État) : horizon long, gouvernance multi-acteurs.
  • Densification autour des haltes ferroviaires de la MétropoleConditionnel (PLUi/Métropole) : suppose planification, acceptabilité, opérations foncières.
  • Conversion de bureaux en logementsMixte : actionnable par incitations/outils (Ville), mais dépend surtout du marché, des propriétaires et des règles d’urbanisme.
  • Requalification de zones commercialesConditionnel / Fragile : foncier, acteurs privés, temporalité longue ; risque de promesse “avant/après” difficile à tenir.
  • Objectif : 25% de logements sociauxConditionnel : leviers Ville réels (foncier, règles, préemption), mais résultat dépend opérateurs, financements, État et cycles.
  • 25% de logements neufs en Bail Réel Solidaire (BRS) pour les classes moyennesFragile opérationnel : dépend volumes fonciers, OFS, montage économique et acceptabilité.
  • Abords des écoles et cœurs de quartier piétonnisésActionnable (Ville) : faisable, mais arbitrages d’usage et acceptabilité locale.
  • « Zéro mort sur les routes » : maillage cyclable + priorité piétons + radars intra-rocadeMixte : aménagements actionnables ; radars/contrôles = largement conditionnels (État/forces de l’ordre).
  • Narcotrafic : présence policière 24/7 + verbalisation des consommateursFragile / Conditionnel : “police 24/7” = verrou RH ; verbalisation/quête judiciaire = Police nationale/Justice.
  • Adaptation canicules et inondations : végétalisation, zones tampons, renaturationActionnable (Ville) sur une part ; Conditionnel dès qu’on touche à grands ouvrages, bassin versant, compétences métropolitaines.
  • Rendre la Vilaine baignable + viser “zéro pesticide” dans l’eauConditionnel : qualité de l’eau = chaîne longue (assainissement, ruissellement, pratiques amont), compétences et acteurs multiples.

La méthode Unidivers : Actionnable / Conditionnel / Fragile opérationnel

  • Actionnable : la Ville peut décider, budgéter, lancer, et être évaluée (délais, résultats, coûts).
  • Conditionnel : dépend d’un autre décideur (Métropole, Région, SNCF, État, acteurs privés). La mairie peut impulser, pas garantir.
  • Fragile opérationnel : faisable en théorie, mais risqué au plan de l’exécution (recrutements, exploitation 24/7, maintenance, contentieux, acceptabilité).

1) « Vivante » : piétonniser, rapprocher, loger — l’intuition est bonne, la mécanique est lourde

Le pilier « ville vivante » vise une ville des proximités : abords d’écoles apaisés, cœurs de quartier plus piétons, davantage de commerces de proximité. C’est un choix urbain cohérent : l’ambition est qualitative (confort, convivialité, sécurité des déplacements) et peut produire des résultats visibles. Le cœur du sujet, toutefois, arrive vite qui est… le logement. Équinoxe propose une combinaison de leviers (densification autour des haltes ferroviaires, conversion de bureaux, requalification de zones commerciales, objectifs SRU/logements sociaux, part élevée de BRS). Le diagnostic correspond à la tension rennaise ; la question est celle du portage : qui tient la chaîne foncière, qui finance, et à quel rythme ?

2) « Apaisée » : mobilité, air, nuisances — beaucoup de “métropole”, donc beaucoup de conditionnel

Sur la mobilité, la liste affiche des propositions qui parlent directement au quotidien : gratuité des transports le week-end, RER métropolitain, plan train vers la façade Atlantique et la Normandie, abaissement de la vitesse rocade, bornes de recharge, maillage cyclable, et mesures de sécurité routière (radars intra-rocade, contrôles de deux-roues débridés). La difficulté, ici, n’est pas l’idée ; c’est la compétence. Une large part du bloc mobilité relève de Rennes Métropole (réseau STAR, investissements, exploitation) et, au-delà, de la Région/SNCF/État (RER, ferroviaire). Donc, pour être jugé sérieux, ce pilier doit expliciter une stratégie de gouvernance : négociation, calendrier, coalitions métropolitaines, priorités PPI.

3) « Résiliente » : eau, chaleur, inondations, alimentation — un récit fort, une exécution multi-acteurs

La partie « résilience » est la plus structurante au plan symbolique : organiser la ville face aux canicules et aux inondations (végétalisation, zones tampons, renaturation), rendre la Vilaine baignable, viser « zéro pesticide » dans l’eau, monter la part de bio et de local dans les cantines, installer des fermes en agroécologie, rénover et installer des pompes à chaleur. L’ensemble dessine une ville qui anticipe plutôt qu’elle ne répare. C’est bien. Mais, là encore, la réalisation dépend d’une chaîne technique et institutionnelle : eau et baignade impliquent assainissement, rejets, ruissellement, bassins versants ; l’alimentation des cantines implique marchés publics, filières, capacités de production, prix ; la rénovation/équipement implique ingénierie, budget, planification pluriannuelle.

Ce que le programme réussit… et ce qu’il doit encore prouver

Ce que le programme réussit : un récit cohérent qui va de l’avant (vivante/apaisée/résiliente), une volonté de parler « usage » et qualité de vie, un effort de lisibilité sur quelques marqueurs (week-end gratuit, densification ferroviaire, baignabilité, canicules/inondations). Et un positionnement « collectif citoyen » qui peut séduire une partie de l’électorat en quête de renouvellement.

Ce qu’il doit prouver : sa frontière d’exécution. Beaucoup de propositions structurantes relèvent de la Métropole (mobilités, urbanisme PLUi) ou de chaînes multi-acteurs (RER, eau, narcotrafic). Le programme devra donc dire clairement : qu’est-ce que la Ville peut lancer seule dès 2026, qu’est-ce qui dépend d’accords métropolitains, quels indicateurs pour suivre l’efficacité, et quel phasage réaliste. Sans cela, la belle énergie du récit risque de se heurter au soupçon habituel… une ville rêvée, mais une exécution non maîtrisée.

Mesures au crible : Actionnable / Conditionnel / Fragile opérationnel (synthèse)

Mesure (formulation synthétique)Statut (grille Unidivers)Qui décide / qui paie / risque principal
Abords des écoles et cœurs de quartier piétonnisésActionnable (Ville)Ville ; risque : acceptabilité locale, reports de circulation, arbitrages de stationnement.
Conseil Municipal des JeunesActionnable (Ville)Ville ; risque : instance symbolique si moyens, agenda et droit d’initiative faibles.
Musée de la Ville de RennesFragile opérationnelVille ; risque : modèle culturel (lieu, collections, fonctionnement), coûts récurrents, arbitrages avec les équipements existants.
Densification autour des haltes ferroviaires de la MétropoleConditionnel (Métropole / PLUi)Métropole ; risque : conflits d’urbanisme, foncier, délais, acceptabilité.
Bureaux convertis en logementsMixteVille (incitations, règles) + propriétaires ; risque : faisabilité technique, rentabilité, montage, délais.
Requalification de zones commercialesConditionnel / FragileActeurs privés + urbanisme + foncier ; risque : promesse longue, coûteuse, très dépendante du marché.
Objectif 25% logements sociauxConditionnelVille (leviers fonciers) + bailleurs/financements ; risque : capacités de production, acceptabilité, budgets.
25% des logements neufs en BRSFragile opérationnelFoncier + OFS + montage ; risque : volumes fonciers et équilibre économique.
Gratuité des transports en commun le week-endConditionnel (Métropole)Rennes Métropole ; risque : coût de compensation, effet d’aubaine, capacité d’offre/saturation.
RER métropolitainConditionnel (Région/SNCF/État)Hors main municipale ; risque : calendrier, investissements, gouvernance multi-acteurs.
« Zéro mort sur les routes » : voies cyclables + priorité piétonsActionnable (aménagements)Ville ; risque : continuités, conflits d’usages, phasage.
Radars intra-rocade + contrôles deux-roues débridésConditionnel (État)Police nationale / préfet ; risque : promesse mal imputée au niveau municipal.
Narcotrafic : présence policière 24/7 + verbalisation consommateursFragile / ConditionnelSi “police” = nationale : État ; si municipale : verrou RH ; risque : promesse de résultat difficilement maîtrisable.
0 mineur à la rue : numéro dédié + intermédiation localeFragile opérationnelVille + Département + État/associations ; risque : compétences éclatées, saturation dispositifs, capacité d’hébergement.
Canicules et inondations : végétalisation, zones tampons, renaturationMixteVille (espaces publics) + Métropole (eau/ouvrages) ; risque : foncier, maintenance, arbitrages urbains.
Rendre la Vilaine baignableConditionnelChaîne technique longue ; risque : délais, normes sanitaires, acteurs multiples.
Viser 0 pesticide dans l’eauConditionnelAmont agricole/bassins versants ; risque : promesse de résultat très dépendante d’acteurs externes.
80% bio et local dans les cantines + fermes en agroécologieActionnable / FragileVille (marchés publics) + filières ; risque : prix, volumes, contractualisation, continuité d’approvisionnement.
Rénovation + pompes à chaleur pour réduire factures et empreinte carboneActionnable (patrimoine municipal) / Conditionnel (privé)Ville (bâtiments publics) ; pour le parc privé : aides/État ; risque : ingénierie, capacité travaux, financement.
Nicolas Roberti
Nicolas Roberti est passionné par toutes les formes d'expression culturelle. Docteur de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, il étudie les interactions entre conceptions spirituelles univoques du monde et pratiques idéologiques totalitaires. Conscient d’une crise dangereuse de la démocratie, il a créé en 2011 le magazine Unidivers, dont il dirige la rédaction, au profit de la nécessaire refondation d’un en-commun démocratique inclusif, solidaire et heureux.