L’exposition en plein air Public Intimacy du photographe montréalais Karel Chladek habite le campus de Villejean jusqu’au 30 septembre 2026. Des corps au milieu de la foule s’enlacent et révèlent la douceur de la vie nocturne.
« Le débat autour du véritable amour restera peut-être sans réponse, mais on peut en apercevoir les braises dans Public Intimacy. » Le Baiser de l’Hôtel de Ville de Robert Doisneau (1950) est l’une des photographies les plus célèbres au monde. On y voit un couple s’embrassant au milieu de la foule, un instant figé qui révèle l’une des éternelles sources d’inspiration des plus grands artistes, mais aussi de tout un chacun : l’amour, ou du moins la connexion entre deux personnes. Le photographe montréalais Karel Chladek a fait de ce geste de tendresse le sujet principal de sa série Public Intimacy, actuellement exposée sur le campus de Villejean.
Karel Chladek, photographe de la nuit
Après plusieurs essais scolaires dans le domaine de l’art — dessin, design graphique, 3D — Karel Chladek trouve dans la photographie le moyen d’allier ses centres d’intérêt et la création. Dans l’événementiel depuis plus de quinze ans, il a fait de la vie nocturne et des soirées de musiques électroniques sa spécialité.
Lui-même oiseau de nuit, le photographe a toujours été fasciné par la transformation qui s’opère quand le soleil se couche. Une seconde partie de la journée commence, les personnes révèlent une autre facette d’elles-mêmes quand le jour cède sa place à la nuit, avec la lune pour confidente. « J’ai toujours été fasciné par ces moments que l’on vit dans les clubs, par la vie des gens à ces heures », explique-t-il simplement. Les clubs qu’il fréquentait comme spectateur sont devenus son terrain de jeu. Il y capture l’énergie positive qui se dégage des corps qui habitent les lieux et ces moments singuliers qui définissent la culture des nuits urbaines.
À la fois outil de conversation et barrière de protection pour cet homme réservé, la photographie prolonge sa capacité naturelle d’observation. Dans cette réalité altérée, Karel Chladek saisit des moments éphémères empreints d’une liberté souvent inhibée le jour. « La nuit est propice à des moments introspectifs, uniques pour la personne qui les vit », exprime-t-il. « Rien n’est comparable à ces instants, je trouve important de les photographier. »


Public Intimacy : une photo, une étreinte
La série Public Intimacy s’est imposée à lui au fil de ses explorations photographiques. Éléments récurrents dans ses albums, ces rapprochements éclairés par les jeux de lumière deviennent une quête pour Karel Chladek, qui cherche à documenter la joie de la vie nocturne. « J’ai vite décidé qu’il ne ressortirait que du positif de mon travail. Je voulais montrer la douceur de ces soirées. » La série rassemble aujourd’hui des centaines de photographies prises depuis plusieurs années.
Entre pénombre et lumière, les clichés racontent au fond l’essence d’une soirée festive : le lâcher-prise et la liberté qu’offre la nuit, le plaisir et le mystère qu’elle abrite. Dans le tumulte ambiant que l’on devine, l’objectif de Karel Chladek capture un instant fugace : la douceur d’une étreinte, la fougue d’un baiser, l’intensité d’un regard, soit une connexion organique entre deux personnes isolées au milieu de la foule. La lumière et les couleurs, travaillées presque à la manière d’un peintre, isolent le duo et transforment l’atmosphère.

Là où la photographie de Doisneau relève d’une mise en scène avec des étudiants en théâtre, Karel Chladek privilégie la spontanéité et l’authenticité. Il reste à distance et n’interagit pas avec ses modèles : l’élan qui a rapproché les deux corps est naturel. Il leur laisse aussi ce droit à l’anonymat en jouant avec l’obscurité.
Les clichés du Montréalais naissent du contraste : le couple est net, isolé face à la grandeur de la salle et au flou ambiant qui l’entoure. Notre regard est d’abord attiré par ce point fixe avant de prendre du recul pour apprivoiser le contexte. L’espace public et la foule en mouvement s’opposent, dans un clair-obscur maîtrisé, à l’intimité du moment. « Ce que j’aime vraiment, c’est créer une image compliquée avec plusieurs niveaux », confie-t-il. Dans un équilibre entre composition, lumière et instant, le photographe cristallise la bulle que les couples se créent, ce moment où les corps se fondent l’un dans l’autre dans leur plus belle vulnérabilité.
Cette approche photographique se retrouve dans la manière d’aborder l’exposition en plein air de l’université Rennes 2. Au milieu du campus de Villejean, les photographies, imprimées en grand format, accompagnent les étudiants de passage. « La culture française soutient mon travail, et je trouve fascinant qu’une université veuille partager cette énergie-là », souligne-t-il avec reconnaissance.
Une telle exposition trouve naturellement sa place dans une ville comme Rennes, dont la scène électronique anime puissamment la vie nocturne.


Infos pratiques
Public Intimacy de Karel Chladek, jusqu’au 30 septembre 2026
Campus de Villejean, Rennes
En plein air, entre le bâtiment P et le bâtiment D
Entrée libre
Accessible aux personnes à mobilité réduite
