À Rennes, la santé mentale ne sera pas seulement abordée sous l’angle médical ou institutionnel. Du 27 mars au 13 avril 2026, les Semaines d’information sur la santé mentale invitent le grand public comme les professionnels à se rencontrer, à écouter, à débattre et à expérimenter, avec un fil rouge particulièrement inspirant cette année : « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts ».
Organisé dans le cadre des SISM, ce temps fort entend sensibiliser aux questions de santé mentale, fédérer les acteurs du territoire et faire mieux connaître les lieux, les ressources et les personnes susceptibles d’apporter une aide concrète, un accompagnement ou une information de proximité. Dans un contexte où la santé mentale s’impose de plus en plus comme un enjeu majeur de santé publique, cette édition rennaise choisit de miser sur une approche à la fois humaine, culturelle et collective.
Car la santé mentale ne concerne pas seulement les moments de crise. Elle traverse toutes les vies, tous les âges, tous les milieux. Elle interroge notre manière de vivre ensemble, d’accompagner les fragilités, de sortir des préjugés et de reconnaître que le soin passe aussi par la parole, l’écoute, la création, l’émotion et le lien.
La programmation 2026 en donne une belle illustration. Elle mêle conférences, lectures musicales, cinéma, débats, spectacles, ateliers, concerts et rencontres. Loin d’un simple empilement d’événements, elle compose un véritable parcours de sensibilisation où l’art devient un levier pour comprendre autrement les troubles psychiques, déplacer les regards et faire circuler la parole.
Parmi les temps forts annoncés, lundi 30 mars, la conférence gesticulée To be or not to bipolaire proposera un témoignage fort. Diagnostiquée bipolaire à 26 ans, Élodie y raconte son parcours et invite le public à poser un regard moins stigmatisant, plus juste et plus incarné sur la maladie psychique. Un moment qui s’annonce précieux, à 19 h, au Bâtiment à Modeler.
Mercredi 1er avril, place à un rendez-vous plus familial avec Les émotions, quelle émotion !, des lectures musicales destinées aux enfants de 4 à 8 ans et à leurs parents. Le conteur Ivonig Jan, accompagné de la violoniste Talie, fera dialoguer récit et musique dans un moment sensible, accessible et poétique à la bibliothèque de Maurepas, à 16 h. Une manière délicate d’aborder très tôt la question des émotions, sans pesanteur, mais sans la minimiser non plus.
Jeudi 2 avril concentrera plusieurs propositions marquantes. À 18 h, le cinéma Arvor accueillera un ciné-débat autour du film Le Livre des solutions, en présence du réalisateur Michel Gondry et du psychiatre Dr David Levoyer, à l’initiative du collectif SISM de Rennes. L’art, la création, les déséquilibres intérieurs, la manière dont l’imaginaire peut désordonner ou réparer seront au cœur des échanges.
Le même soir, à 18 h 30, le Pôle associatif de la Marbaudais proposera Clown et Philosophie, avec cette question aussi simple qu’essentielle : « Rire, est-ce essentiel pour la santé mentale ? ». Le spectacle, nourri d’humour et de lucidité, sera suivi d’un débat philosophique avec le public. Une façon originale de rappeler que nos vulnérabilités sont partagées, et que le rire, loin d’être un simple divertissement, peut aussi devenir un appui, un déplacement, un souffle.
Enfin, jeudi 9 avril, au Centre hospitalier Guillaume Régnier, le groupe Alien-Nation, présenté par l’association DE OUF, proposera un concert-débat mêlant musique, témoignages et échanges avec le public autour de la santé mentale. Une formule vivante, incarnée, qui fait entendre des expériences souvent tues et redonne une place centrale à la parole des personnes concernées.
Au-delà de sa programmation, cette édition 2026 s’inscrit dans une ambition plus large. La Ville de Rennes poursuit en effet un engagement déjà affirmé ces dernières années pour faire de la santé mentale une priorité publique. À la suite des États généraux de la santé mentale organisés en 2024, la Ville et les membres du Conseil rennais de la santé mentaleont porté en 2025 un plaidoyer sur la santé mentale, l’inclusion et les déstigmatisations. Son objectif est clair : faire reculer les tabous, mieux articuler les réponses locales et construire une société plus attentive au « mieux-être » de toutes et tous.
Cette dynamique prend un relief particulier en 2026, année où la santé mentale est à nouveau reconnue comme Grande cause nationale. Le sujet n’est plus périphérique. Il s’impose désormais au cœur du débat public, tant les besoins sont massifs, durables et encore trop souvent mal compris. À Rennes, les SISM rappellent avec intelligence qu’il ne suffit pas d’alerter. Il faut aussi créer les conditions d’une culture commune du soutien, de la prévention et de la dignité.
En cela, cette manifestation remplit plusieurs fonctions à la fois. Elle informe. Elle rassemble. Elle rend visibles les ressources existantes. Elle permet aussi d’entrer dans ces questions autrement, par l’émotion esthétique, par l’échange, par la présence des artistes, des soignants, des associations, des proches et des personnes concernées elles-mêmes.
À l’heure où les souffrances psychiques touchent une part considérable de la population, ces semaines rennaises rappellent une chose simple mais décisive : parler de santé mentale, ce n’est pas enfermer les personnes dans une étiquette. C’est au contraire ouvrir des espaces de compréhension, de solidarité et d’humanité.
La programmation complète de l’édition 2026 est à découvrir en ligne, ainsi que le plaidoyer rennais pour faire de la santé mentale une priorité publique.
