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UNIDIVERSLE MÉDIAVERS CULTUREL
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WE ARE still HERE au Petit Palais : l’art urbain dialogue avec les collections

Deux ans après le succès de WE ARE HERE, première grande exposition consacrée à l’art urbain au Petit Palais, le musée parisien poursuit l’expérience avec WE ARE [still] HERE.

Ouverte depuis le samedi 20 juin et visible jusqu’au dimanche 20 septembre 2026, cette seconde édition gratuite réunit 75 artistes français et internationaux et plus de 200 œuvres. Peintures, sculptures, installations, céramiques et compositions graphiques investissent les collections historiques avant de converger vers un accrochage spectaculaire dans la salle Concorde.

Le projet est conçu avec Mehdi Ben Cheikh, galeriste, fondateur de la galerie Itinerrance, commissaire invité et directeur artistique de l’exposition. La scène française occupe cette fois une place prépondérante, avec 43 artistes, parmi lesquels Invader, Seth, eL Seed, Miss Van, Fafi, L’Atlas, Shaka, Bom.K, Jace, Lek & Sowat, Nasty, Sun7 ou Le CyKlop. Ils côtoient plusieurs figures internationales majeures comme Shepard Fairey, Swoon, Vhils, D*Face, Conor Harrington, El Mac, Inti, ROA, Hush ou Tristan Eaton.

Deux expositions en une

WE ARE [still] HERE repose sur deux principes d’accrochage complémentaires. Dans les galeries permanentes, des œuvres de D*Face, Invader, eL Seed, EvazéSir, Hopare, Mark Jenkins, Conor Harrington, Maye, Sun7 et Maxime Siau sont introduites parmi les peintures, les sculptures et les objets d’art du musée. Elles prolongent la présence des créations de Seth et d’Inti intégrées au parcours depuis l’exposition de 2024.

Cette première partie est la plus stimulante. Le visiteur ne découvre pas l’art urbain dans un espace isolé, mais au milieu des collections du Petit Palais. Les confrontations provoquent des rapprochements de formes, de sujets ou de matériaux : un cavalier contemporain répond à un portrait équestre du XIXe siècle ; une vanité pop prend place sous les coupoles du musée ; des objets liés à la rue sont reproduits dans la porcelaine. Les œuvres nouvelles ne font pas seulement contraste avec le décor historique : elles en déplacent provisoirement la lecture.

L’art urbain ne se résume plus au mur

L’exposition montre combien la notion d’art urbain s’est élargie. Le graffiti et la peinture murale en demeurent des matrices essentielles, mais ils voisinent désormais avec la sculpture, la céramique, le pochoir, la photographie, la mosaïque, la calligraphie, le détournement d’objets et les techniques mixtes. Tous les artistes réunis ne viennent pas du même rapport à la rue et ne défendent pas nécessairement un discours politique identique. Leurs œuvres abordent néanmoins plusieurs préoccupations contemporaines : l’identité, la mémoire, les inégalités, la circulation des images, la surveillance, la consommation, la représentation des corps ou l’appropriation de l’espace public.

Refuge d’EvazéSir au Petit Palais
EvazéSir, Refuge.

D*Face : une vanité pop sous les ors du musée

Le Britannique D*Face installe dans le hall principal Memento Vivere, une vanité contemporaine sculptée dans le marbre. L’artiste détourne les codes de la bande dessinée, de la publicité et de la culture pop pour revenir à l’un des thèmes les plus anciens de l’histoire de l’art : la conscience de la mort. Son langage visuel, nourri par les comics, le skateboard et l’esthétique punk, prend ici une gravité nouvelle au contact de l’architecture monumentale du Petit Palais.

Memento Vivere de D*Face au Petit Palais
D*Face, Memento Vivere.

Sun7 : quand l’écriture devient matière

Les vases de Sun7 sont recouverts de signes, de lettres et de fragments graphiques qui saturent leur surface. L’écriture cesse progressivement d’être lisible : elle devient rythme, texture et ornement. En appliquant à des formes associées aux arts décoratifs un vocabulaire issu du tag, l’artiste brouille la frontière entre inscription spontanée et objet précieux.

Seth : l’enfance face aux livres et au monde

Seth, alias Julien Malland, est immédiatement reconnaissable à ses figures enfantines aux vêtements vivement colorés. Souvent représentés de dos ou absorbés par une ouverture invisible, ses personnages deviennent les vecteurs de l’imagination, du déplacement et de la rêverie. Dans Les écrits volent et Bibliothèque, le livre apparaît comme un passage : il ouvre un espace mental plus vaste que celui dans lequel l’enfant se trouve physiquement.

Conor Harrington : le passé en état de collision

Chez l’Irlandais Conor Harrington, la gestuelle de la peinture urbaine rencontre les grandes compositions historiques. Les figures semblent surgir d’une scène ancienne avant d’être brouillées, effacées ou traversées par les tensions du présent. Loud Mouth et Shooting from the Lip interrogent ainsi les rapports entre autorité, spectacle, propagande et maîtrise de la parole publique, sans refermer les images sur une interprétation unique.

Maxime Siau : la rue pétrifiée dans la porcelaine

Maxime Siau reproduit en céramique des objets emblématiques des cultures urbaines : extincteurs, baskets ou ballons. Le passage de l’objet industriel à la porcelaine crée un trouble. Ce qui était fonctionnel, banal ou soumis à l’usure devient fragile, précieux et presque archéologique. L’artiste transforme ainsi des accessoires contemporains en vestiges possibles de notre propre époque.

La salle Concorde transformée en Salon contemporain

Le parcours conduit finalement à la salle Concorde, dont les murs sont occupés presque sans interruption par des œuvres de formats, de techniques et de générations très différents. L’accrochage renoue explicitement avec la tradition des Salons du XIXe siècle, ces grandes manifestations collectives qui permettaient aux artistes de se confronter au regard du public et participaient à l’émergence des avant-gardes.

Le résultat est visuellement saisissant. La densité de l’ensemble traduit l’énergie, la diversité et la dimension internationale du mouvement. Elle possède cependant son revers : confrontées dans un accrochage extrêmement serré, certaines œuvres risquent de se réduire à une signature ou à un effet immédiatement reconnaissable. La profusion donne à voir un panorama, mais elle ne permet pas toujours de s’attarder sur les trajectoires individuelles.

C’est dans les salles historiques, lorsque les œuvres contemporaines sont placées face à une peinture, une sculpture ou un décor précis, que l’exposition trouve ses échanges les plus féconds. Dans la salle Concorde, elle devient davantage une déclaration collective : nous sommes là, nous sommes nombreux et l’histoire de l’art doit désormais compter avec nous.

Accrochage collectif de We Are Still Here dans la salle Concorde
L’accrochage collectif de la salle Concorde.

Que devient l’art urbain lorsqu’il entre au musée ?

WE ARE [still] HERE assume une contradiction devenue centrale dans l’histoire de l’art urbain. Né de pratiques souvent éphémères, non autorisées et indissociables de l’espace public, le mouvement est désormais reconnu par les galeries, les institutions et le marché. Entrer au Petit Palais lui apporte visibilité, conservation et légitimité, mais l’éloigne aussi du contexte social et architectural dans lequel nombre de ses formes ont été inventées.

L’exposition ne résout pas cette tension ; elle la rend visible. Sa gratuité joue à cet égard un rôle essentiel. En laissant l’accès libre, le Petit Palais évite que la reconnaissance institutionnelle se traduise immédiatement par une nouvelle barrière économique. Le musée devient moins le tombeau respectable d’un art autrefois rebelle qu’un lieu de circulation entre des histoires, des publics et des langages visuels différents.

Cette seconde édition confirme ainsi que l’art urbain n’est plus seulement invité à entrer au musée comme une curiosité extérieure. Il revendique désormais sa place dans le récit commun de l’art contemporain. Le titre de l’exposition prend alors tout son sens : ils sont toujours là, mais leur territoire s’est considérablement étendu.

Un atelier d’été gratuit autour de l’exposition

Du 16 juillet au 23 août 2026, le Petit Palais installe également un atelier d’été dans la Galerie Sud. Familles avec enfants à partir de 3 ans, adolescents et adultes peuvent participer à des activités créatives autour du jardin, du péristyle restauré et de l’accrochage de WE ARE [still] HERE. Les séances sont gratuites, accessibles sans réservation et proposées dans la limite des places disponibles, principalement du mardi au vendredi, de 10 h à 13 h ou de 14 h à 17 h.

Informations pratiques

Exposition :WE ARE [still] HERE — Une exploration d’art urbain au Petit Palais
Dates : du 20 juin au 20 septembre 2026
Tarif : entrée libre
Lieu : Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, avenue Winston-Churchill, 75008 Paris
Téléphone : 01 53 43 40 00

Horaires : du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h. Fermeture progressive des salles à partir de 17 h 45. Il est conseillé d’arriver avant 17 h 15. Fermeture le lundi et le mardi 14 juillet 2026.

Accès : métro Champs-Élysées–Clemenceau, lignes 1 et 13 ; Franklin-D.-Roosevelt, ligne 9 ; RER C, station Invalides.

Œuvre présentée dans l’exposition We Are Still Here au Petit Palais

Les 75 artistes de l’exposition

Add Fuel, Akacha, Ardif, Bom.K, Btoy, Clet Abraham, Codex Urbanus, Conor Harrington, D*Face, Dacruz, Dan23, David de la Mano, Deyaa, El Mac, eL Seed, EvazéSir, Fafi, Faile, Fenx, FKDL, Hera, Hom, Hopare, Horor, Hush, Inti, Invader, Jace, Jan Kaláb, Jana & JS, Kan, Katre, L’Atlas, Le CyKlop, Lek & Sowat, Logan Hicks, Madame, Marko93, Mark Jenkins, Maxime Siau, Maye, M-City, Miaz Brothers, Miss Van, Mosko, Najah Zarbout, Nasty, Nicolas Panayotou, Nilko, Orticanoodles, Pakone, Pose, Rea, Rero, Retna, Retro, ROA, Romain Froquet, Saman & Sasan, Saner, Seize, Salma Mestiri, Seth, Shaka, Shepard Fairey, Speedy Graphito, Stew, Sun7, Swoon, Theazee, Tim Conlon, Tristan Eaton, Vinnie, Vhils et Yseult YZ Digan.

Vue de l’exposition We Are Still Here au Petit Palais
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L’auteur

Martine Gatti

Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.

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