Brest. La Piscine expose Kuniyoshi, de l’estampe au pixel

10094
exposition brest Kuniyoshi

Depuis son inauguration, La Piscine de Brest poursuit sa ligne avec des expositions-événements et des propositions qui croisent création plastique, image, son et expérimentations contemporaines. Jusqu’au 28 juin 2026, le lieu brestois accueille l’exposition « Kuniyoshi, de l’estampe au pixel », rencontre stimulante entre l’ukiyo-e japonais, l’intelligence artificielle générative et les écritures visuelles contemporaines.

KUNIYOSHI de l'estampe au pixel
KUNIYOSHI de l’estampe au pixel

Exposition « Kuniyoshi, de l’estampe au pixel » (6 décembre 2025 → 28 juin 2026)

Du samedi 6 décembre 2025 au dimanche 28 juin 2026, La Piscine – un lieu d’art et de rencontres, à Brest, présente une exposition consacrée à Utagawa Kuniyoshi (1798-1861), grand maître japonais de l’ukiyo-e. À quelques semaines de sa clôture, le parcours entre dans sa dernière ligne droite et demeure l’un des rendez-vous les plus singuliers de la saison culturelle brestoise.

L’exposition réunit 54 estampes, présentées comme un ensemble cohérent, et les installe dans une scénographie pensée pour l’architecture du lieu. Dans le bassin de La Piscine, les images dialoguent avec des recréations et prolongements numériques réalisés par David Boisseaux-Chical autour de l’intelligence artificielle générative. L’enjeu n’est pas seulement de « moderniser » Kuniyoshi, mais d’observer ce que l’outil algorithmique révèle, déplace ou transforme dans la narration, le mouvement, les détails et l’énergie graphique de ces compositions.

Kuniyoshi appartient à cette tradition de l’ukiyo-e, les « images du monde flottant », qui a fixé dans le Japon de l’époque Edo un imaginaire de guerriers, de fantômes, d’acteurs, de scènes populaires, d’animaux, de récits héroïques et de visions fantastiques. Son œuvre frappe par sa puissance de cadrage, son goût de la métamorphose, sa liberté narrative et son sens du spectaculaire. Bien avant l’image animée, certaines estampes semblent déjà contenir leur propre mouvement.

C’est ce potentiel de mouvement que La Piscine met en jeu. Le papier, l’encre, la ligne gravée et le pixel s’y répondent. Une main, une armure, une vague, un animal, une grimace, un motif floral deviennent autant de points de passage entre la gravure sur bois et l’image recomposée par la machine. L’exposition interroge ainsi notre manière contemporaine de regarder les œuvres anciennes, au moment où l’intelligence artificielle s’invite dans les ateliers, les musées, les écrans et les imaginaires.

La Piscine annonce également un colloque consacré aux usages artistiques de l’intelligence artificielle et enrichit l’accrochage avec des artistes invités inspirés par l’univers du maître japonais. Le parcours se déploie donc comme une exposition-passerelle, entre patrimoine graphique, création numérique, street art, expérimentation visuelle et réflexion sur la place des nouvelles techniques dans notre regard.

Cette proposition correspond bien à l’identité de La Piscine. Le lieu aime les croisements, les frottements, les circulations entre disciplines. Il ne transforme pas l’art ancien en prétexte technologique. Il invite plutôt à mesurer la vitalité d’une œuvre ancienne lorsqu’elle est remise en tension avec les outils d’aujourd’hui. À Brest, l’ancien bassin ne sert plus à nager, mais à plonger dans les images.

Infos pratiques

La Piscine – Un lieu d’art et de rencontres
Adresse : 170, rue Jean-Jaurès, 29200 Brest (quartier Haut Jaurès)
Exposition : Kuniyoshi, de l’estampe au pixel
Dates : jusqu’au dimanche 28 juin 2026
Horaires d’ouverture : mercredi, samedi, dimanche, 14h – 18h30
Visites sur rendez-vous : lapiscine.lab@gmail.com
Fermeture saisonnière : fermé en juillet et août
Plus d’infos : lapiscinelab.com
Réseaux : Instagram @lapiscine.lab

Avec Anne-Laure Maison et Michel Cam, l’aventure artistique brestoise se poursuit. Le couple d’artistes a créé un nouveau lieu d’art dans le centre de Brest dans le Finistère, La Piscine. Elle a été inaugurée le samedi 16 décembre 2023.

Anne-Laure Maison et Michel Cam sont les propriétaires de ce nouvel endroit culturel, qu’ils ont créé dans une ancienne boutique d’ameublement, redessinée puis rebaptisée La Piscine. Le magasin Brin d’osier possédait au sein de son bâtiment un bassin de nage, dont les murs appartenaient déjà au couple d’artistes. Après avoir été vidé, le bassin a accueilli un collage monumental réalisé par Anne-Laure Maison et Michel Cam. Ils ont alors décidé de faire de cet espace un rendez-vous culturel, d’autant que le lieu bénéficie d’une superficie généreuse et d’une configuration rare.

Constitué en association baptisée Human Soul, le projet réunit une équipe de bénévoles qui porte avec Anne-Laure Maison et Michel Cam la vie artistique de La Piscine. Les deux artistes en sont les co-directeurs artistiques bénévoles. Une toute première exposition éphémère intitulée Symbiose avait été installée en prémisse en juin 2023. Vingt-et-un artistes de l’association Zaat, Zone d’Art et d’Artisanat Temporaire, avaient alors poussé les meubles pour exposer leurs talents. Depuis, ce lieu d’art et de rencontres s’est structuré.

La première exposition temporaire officielle d’Anne-Laure Maison et de Michel Cam, ce couple dans la vie comme dans le métier, a été inaugurée le 16 décembre 2023 en soirée. Intitulée Human Soul, elle réunissait les créations du couple. Elle était le fruit de sept années de collaboration artistique entre les deux artistes. Human Soul est aussi le nom de l’association qu’ils ont fondée en 2021 et dont ils assurent la direction artistique. L’objectif de l’association est de promouvoir l’altérité et l’art comme lien social au travers de projets culturels.

L’exposition pluridisciplinaire mêlait photos, collages et vidéos. Les visiteurs étaient plongés dans un univers allant des Philippines à la Cité de Refuge du 13e arrondissement de Paris, construite en 1933 par l’architecte Le Corbusier, en passant par Deauville, ville côtière de Normandie. Le public découvrait les histoires de femmes et d’hommes croisés au fil des voyages et des projets du couple, notamment celles de la tribu des Badjaos, qui vit principalement de la pêche, des nomades des mers à Bornéo, des Tagbanuas et de leur ferme sous-marine aux Philippines. L’histoire de Nelson, pêcheur ermite, y était également racontée. Des performances sur le son, les voix et la vidéo jalonnaient la visite.

La Piscine - Brest

Le travail en commun d’Anne-Laure Maison et de Michel Cam s’est construit en 2016, au gré de leurs navigations et de leurs rencontres. Leur série de portraits intitulée Human Soul vise à établir une résonance avec l’autre et raconte différentes manières d’être au monde : maître-nageur, épiciers, légionnaires reconvertis, bénéficiaires de la Croix-Rouge, médecins, pêcheurs, voyageurs, anonymes rencontrés au fil de leurs déplacements. Les portraits deviennent ensuite des collages mêlant dessins et photographies. Le couple vit entre Paris et Brest.

Après avoir obtenu un diplôme de designer d’espace à l’école des Beaux-Arts de Toulouse et effectué un stage aux côtés d’Helen Mayer et Newton Harrison, Anne-Laure Maison, née à Lyon, commence sa carrière professionnelle dans une agence d’architecture. Elle décide ensuite de se consacrer à sa pratique artistique, notamment au Centre Pompidou puis en résidence au Pavillon du Palais de Tokyo en 2004 et 2005. Avec la série de collages Femme-Maison, elle renvoie l’image d’une femme contemporaine, libre et autonome, capable de porter sa propre architecture. Ces allégories s’affichent sur les murs des villes qu’Anne-Laure Maison traverse.

Le Breton Michel Cam est lui aussi titulaire d’un diplôme de l’école des Beaux-Arts de Toulouse. À 27 ans, il quitte Brest et part faire un tour du monde en 2004 à bord de son voilier. Son voyage dure une quinzaine d’années autour des côtes africaines et de l’Amazonie, en passant par les Galápagos et Bornéo. Il explore la Papouasie, expose à Carthagène et développe, au fil de ses traversées, un témoignage photographique, vidéo et pictural. Ses carnets de voyage retracent ce parcours avec une attention presque ethnologique aux êtres, aux gestes, aux milieux et aux récits. Vingt ans après leurs débuts respectifs naît le projet commun d’Anne-Laure Maison et de Michel Cam : Human Soul.

La Piscine Brest

La Piscine est appelée à devenir un lieu unique à Brest, car elle a pour objectif d’être un espace de rencontre où les artistes bretons et internationaux peuvent se côtoyer dans une ambiance festive, conviviale et ouverte. Pour Anne-Laure Maison et Michel Cam, l’art est un lien social, sensible aux discussions et aux questionnements sur des thématiques diverses, qu’elles soient sociales, sociologiques ou environnementales, avec toujours une volonté de partage et d’ouverture à l’autre.

Le lieu accueille des expositions régulières, des artistes en résidence, des ateliers et des événements. Il demeure cependant encore en construction, car des travaux de mise aux normes restent nécessaires pour pérenniser pleinement son activité. La structure espère obtenir des dons et des aides de collectivités pour accompagner son développement. Mais, depuis son ouverture, La Piscine a déjà trouvé sa place dans le paysage brestois : celle d’un laboratoire chaleureux, indépendant, curieux, où l’art circule entre les murs, les corps, les images et les rencontres.

Marjolaine Tanguy
Marjolaine Tanguy est correspondante de presse dans le Finistère