Les quatre départements bretons subissent les conséquences de pluies exceptionnellement abondantes depuis le 1er janvier 2026, dans un contexte météorologique marqué par une anomalie négative de pression parmi les plus fortes observées cet hiver sur l’Atlantique nord. De nombreux territoires sont inondés, avec certaines communes plus touchées que d’autres, à l’image de Rennes et Redon en Ille-et-Vilaine, Malestroit et Inzinzac-Lochrist dans le Morbihan, Quimper, Morlaix ou Quimperlé dans le Finistère. Malgré plusieurs épisodes pluvieux conséquents à Saint-Brieuc, Guingamp ou Paimpol, le département des Côtes-d’Armor demeure pour l’instant le moins impacté.
Chaque année, des événements tempétueux rappellent la vulnérabilité des territoires bretons face aux intempéries. La tempête Johanna en mars 2008 avait marqué les esprits par la violence des inondations, les dégâts sur les ouvrages côtiers et une forte érosion des dunes et falaises. L’hiver 2013-2014 avait également laissé un souvenir durable avec une succession de tempêtes qui avaient fragilisé tout le littoral atlantique. Plus récemment, l’hiver 2024-2025 avait déjà provoqué d’importantes inondations dans le sud de l’Ille-et-Vilaine.

Pourquoi la Bretagne subit-elle un hiver aussi pluvieux en 2026 ?
L’hiver 2025-2026 est marqué par une succession quasi ininterrompue de dépressions atlantiques. Ces systèmes météorologiques se forment sur l’Atlantique nord et se dirigent vers l’Europe occidentale en suivant le jet-stream, ce puissant courant d’altitude qui guide les perturbations.
Depuis le début de l’année, ce courant atmosphérique reste positionné plus au sud que d’ordinaire. Résultat : les perturbations pluvieuses passent les unes derrière les autres sur la façade atlantique française. La Bretagne, première région exposée à ces flux océaniques, reçoit donc directement les masses d’air chargées d’humidité.
Cette configuration météorologique explique la répétition des épisodes pluvieux, mais aussi la persistance de sols saturés qui favorisent les inondations. Lorsque les pluies se succèdent sans période sèche suffisamment longue, les rivières et les nappes phréatiques n’ont plus le temps d’évacuer les volumes d’eau accumulés.
Depuis le début du mois de janvier 2026, il pleut quasiment sans discontinuer sur la Bretagne. Les grandes marées successives, combinées à des vents soutenus atteignant parfois 80 à 100 km/h venus du sud et du sud-ouest, créent un phénomène bien connu des hydrologues. La pression atmosphérique basse et les vents marins ralentissent l’écoulement des fleuves vers l’océan. L’eau s’accumule dans les estuaires et remonte parfois dans les rivières, créant un véritable effet de « bouchon hydraulique ».
À cette configuration météorologique s’ajoutent des caractéristiques géologiques propres à la Bretagne. Les sols granitiques et schisteux, souvent peu profonds, se saturent rapidement. Lorsque les nappes phréatiques atteignent leur niveau maximal, les pluies supplémentaires ne s’infiltrent plus et ruissellent directement vers les vallées et les cours d’eau. Les rivières sortent alors de leur lit, de la Laïta à l’Odet, du Blavet à l’Oust, touchant des territoires du Finistère jusqu’au bassin rennais en passant par le Morbihan.

Les nappes phréatiques du golfe du Morbihan et d’une partie du Finistère sont en outre très proches de la surface. Elles peuvent stocker des volumes d’eau relativement limités. Une fois saturées, toute nouvelle pluie alimente immédiatement le ruissellement. Les campagnes se transforment alors en vastes zones d’accumulation d’eau et les rivières grossissent rapidement. À l’inverse, la pluviométrie observée dans les Côtes-d’Armor depuis le début de l’année 2026 reste sensiblement moins élevée que dans les autres départements bretons, ce qui explique l’impact plus limité des inondations dans ce territoire.


Pourquoi les rivières débordent si vite en Bretagne
Plusieurs facteurs expliquent la rapidité des crues observées en Bretagne.
- Des sols peu profonds : la Bretagne repose majoritairement sur un socle granitique ou schisteux qui limite l’infiltration de l’eau.
- Des nappes phréatiques proches de la surface : lorsqu’elles sont pleines, les pluies supplémentaires ruissellent directement vers les rivières.
- Un réseau hydrographique dense : de nombreux petits cours d’eau convergent rapidement vers les vallées.
- L’influence des marées : lors des grandes marées ou des vents marins, l’eau s’écoule plus difficilement vers l’océan.
Cette combinaison de facteurs fait de la Bretagne une région particulièrement sensible aux crues hivernales, surtout lorsque plusieurs tempêtes atlantiques se succèdent sur une courte période.
1 — À Malestroit, dans le Morbihan, élu plus beau village de France en 2025, les semaines de ce début d’année 2026 se ressemblent. Le niveau de la rivière l’Oust, déjà élevé en janvier, a atteint 3,18 mètres dans la matinée du vendredi 13 février après avoir franchi la barre des 2,50 mètres quelques jours plus tôt. Une crue spectaculaire qui a conduit la municipalité à maintenir pendant plusieurs semaines une cellule de crise et le plan communal de sauvegarde.

La montée des eaux a été particulièrement rapide. Une hausse de 48 centimètres en douze heures a été enregistrée, soit environ quatre centimètres par heure. Une dizaine de maisons du centre historique ont été inondées. Le faubourg Saint-Julien, la rue Notre-Dame et même la salle des fêtes se sont retrouvés temporairement inaccessibles.

Depuis le début de cet épisode, plusieurs arrêtés municipaux ont interdit l’accès aux équipements touchés pour des raisons de sécurité. Le complexe sportif de la Daufresne, la salle des Sources, les terrains de football et leurs vestiaires ont été fermés. Face à la répétition des crues, les habitants ont été invités par la municipalité à surélever leurs meubles dans les habitations les plus exposées en attendant une décrue durable.


2 — Dans le Finistère, janvier 2026 est devenu le mois le plus pluvieux enregistré depuis la fin des années 1950 dans plusieurs stations météorologiques. À Quimper, les précipitations ont atteint 351,8 mm sur le mois. La persistance des nuages et des perturbations atlantiques a également réduit l’ensoleillement. Brest n’a enregistré que 37,7 heures de soleil et Quimper 57,6 heures sur l’ensemble du mois.
À Quimperlé, la situation est bien connue des habitants. L’Isole et l’Ellé, qui se rejoignent pour former la Laïta, débordent régulièrement lors des épisodes pluvieux prolongés. Le bassin versant très étendu et la configuration encaissée de la ville expliquent ces crues récurrentes. Fin janvier, la Laïta avait atteint 4,52 mètres en basse-ville. Six commerces ont été submergés et quatorze habitants ont dû être évacués.

La tempête Ingrid, arrivée dans la foulée avec de nouvelles pluies et des vents soutenus, a prolongé la situation. La route départementale du quai Brizeux est restée coupée pendant plusieurs jours. Heureusement, les travaux d’aménagement réalisés au début des années 2000 et l’installation de dispositifs anti-inondation ont permis de réduire en partie les dégâts.

3 — À Redon, en Ille-et-Vilaine, l’onde de crue provient des deux grands axes fluviaux que sont la Vilaine et l’Oust. Les niveaux d’eau enregistrés en ce début d’année 2026 ont atteint 5,41 mètres pour l’Oust et 5,14 mètres pour la Vilaine.
Plusieurs routes ont été fermées de manière intermittente, notamment le boulevard d’Armorique, la rue des Marais, le bas de la rue du Val, la route de la Marionnette, la rue Jacques-Cartier et la rue Jean-Mermoz. Le stationnement a été interdit quai Saint-Jacques et quai Duguay-Trouin. L’accès aux quais a également été restreint aux seuls riverains.

Après une courte décrue début février, les niveaux d’eau sont repartis à la hausse à partir du 20 février. La municipalité a pris de nouvelles mesures de prévention, notamment l’interdiction d’accès aux chemins de halage le long de la Vilaine et du canal de Nantes à Brest.
Ville historiquement exposée aux crues, Redon pourrait avoir connu en 2026 un épisode comparable, voire supérieur, à celui de 1936, souvent cité comme référence. Les habitants restent attentifs à l’évolution des niveaux d’eau, dans une région où les rivières mettent parfois plusieurs semaines à retrouver leur cours normal.

Dans les Côtes-d’Armor, les pluies ont été abondantes durant les deux premiers mois de l’année 2026. Elles restent cependant moins importantes que dans les autres départements bretons, ce qui a limité les épisodes d’inondations majeures malgré plusieurs crues localisées.
Les grandes inondations qui ont marqué la Bretagne
La Bretagne a déjà connu plusieurs épisodes majeurs de crues au cours des dernières décennies.
- 1936 : crue historique de la Vilaine à Redon, longtemps considérée comme la référence.
- 2001 : inondations importantes dans le Finistère sud et le Morbihan.
- 2008 : la tempête Johanna provoque des dégâts considérables sur le littoral et de nombreuses submersions.
- 2013-2014 : un hiver marqué par une succession exceptionnelle de tempêtes atlantiques.
- 2024-2025 : plusieurs territoires d’Ille-et-Vilaine sont déjà touchés par des inondations prolongées.
L’épisode de l’hiver 2026 pourrait rejoindre cette liste d’événements marquants si les précipitations se poursuivent dans les semaines à venir.
