Au cœur du Marais, la galerie RX&SLAG accueille du 14 mars au 11 avril 2026 deux expositions parallèles réunies sous le commissariat d’Henri van Melle. Intitulées Plans de lumière et Corps latents, elles présentent les travaux récents de Justin Weiler et François Maurin. Deux artistes que tout semble rapprocher — formation par le dessin, attention à la structure, exigence de matérialité — mais dont les œuvres s’aventurent vers des territoires distincts. L’une vers la lumière et la perception, l’autre vers le corps et la présence.
Réunies dans des espaces séparés de la galerie, ces deux propositions composent un diptyque sensible. Elles interrogent ce que peut encore être le dessin aujourd’hui : non plus seulement une image tracée, mais un principe actif qui organise la matière, le regard et l’espace.
François Maurin – Le dessin comme présence sculptée
Avec Corps latents, François Maurin poursuit une recherche où la ligne quitte le papier pour devenir une structure physique. Ses sculptures murales, réalisées en bois sculpté et résine, semblent émerger du mur comme des organismes silencieux. Verticales, souvent étroites et creusées, elles déploient une tension subtile entre rigueur architectonique et suggestion organique.
La ligne y agit comme une force interne. Elle ne dessine pas seulement une forme, elle la met en tension. Les creux, les nervures, les surfaces peintes ou polies composent des volumes qui évoquent des silhouettes, des torses, des fragments de corps. Mais ce corps n’est jamais représenté. Il demeure latent, suggéré par les rythmes du bois et les inflexions de la matière.
Dans des œuvres comme Spécimen (2025), où résine biosourcée, cuivre et laiton s’inscrivent dans une structure de bois sculpté, Maurin déploie une matérialité précise et subtile. Les matériaux dialoguent, leurs surfaces réfléchissent la lumière ou l’absorbent, tandis que la verticalité des formes rappelle à la fois la stèle, la colonne et le fragment anatomique.
Le mur devient alors plus qu’un support. Il agit comme un plan d’appui à partir duquel le dessin se prolonge dans l’espace. Le regard glisse le long des reliefs, suit les creusements et les lignes de force. L’œuvre ne se donne pas d’un seul coup. Elle se découvre progressivement, dans une relation presque corporelle entre l’objet et celui qui le regarde.
Justin Weiler – La lumière comme architecture perceptive
Dans l’espace voisin, Plans de lumière de Justin Weiler propose une expérience radicalement différente. Là où Maurin travaille la densité et la présence matérielle, Weiler explore la transparence et l’instabilité de l’image.
Ses œuvres combinent verre, encre de Chine et peinture sur papier, souvent à travers des dispositifs de superposition. Les surfaces transparentes se croisent, les plans se décalent. La lumière traverse les matériaux et modifie constamment la perception de l’image.
Une œuvre comme Dédale Négatif (2026), peinture sur double verre, illustre cette recherche. L’image n’y apparaît jamais de manière immédiate. Elle se forme dans la durée, au gré du déplacement du regard et des variations lumineuses. Ce que l’on voit dépend toujours d’un angle, d’une distance, d’un instant.
Chez Weiler, le dessin agit comme une cartographie fragile. Les lignes ne décrivent pas un espace stable. Elles construisent au contraire un territoire perceptif mouvant, où les formes se recomposent sans cesse. L’œuvre devient une expérience optique, presque phénoménologique.
Deux trajectoires, une origine commune
Si leurs univers semblent diverger — densité sculpturale chez l’un, transparence lumineuse chez l’autre — les œuvres de François Maurin et Justin Weiler partagent une origine fondamentale : le dessin comme principe de construction.
Dans les deux cas, la ligne ne se limite pas à un geste graphique. Elle organise l’espace, structure la matière, guide l’apparition de la forme. Elle constitue l’armature invisible de l’œuvre.
Ce dialogue discret avec l’histoire de l’art renvoie à certaines questions héritées de la modernité : comment une ligne peut-elle structurer l’espace ? Comment une forme apparaît-elle à la perception ? Comment la matérialité transforme-t-elle l’acte de dessiner ?
Mais les réponses proposées ici sont résolument contemporaines. Les œuvres de Weiler et Maurin ne citent pas la modernité ; elles en prolongent les interrogations dans des dispositifs sensibles où lumière, matière et regard deviennent les véritables protagonistes.
Un diptyque sensible au cœur du Marais
Présentées simultanément à la galerie RX&SLAG, ces deux expositions fonctionnent comme les deux versants d’une même réflexion sur la forme. L’une explore la disparition et l’apparition de l’image dans la lumière. L’autre affirme la présence physique de la ligne dans la matière.
Entre transparence et densité, perception et corporéité, Plans de lumière et Corps latents dessinent ainsi un territoire commun où le dessin se réinvente comme une expérience spatiale.
Un dialogue subtil entre deux artistes qui, chacun à leur manière, interrogent la manière dont les formes naissent — dans la matière, dans la lumière, et dans le regard de celui qui les rencontre.
Vernissage : samedi 14 mars 2026, de 15h à 19h, en présence des artistes.
Expositions : du 14 mars au 11 avril 2026.
Lieu : RX&SLAG, 16 rue des Quatre-Fils, 75003 Paris.
Artistes exposés : François Maurin, Justin Weiler.
Commissariat : Henri van Melle.
Site : https://www.rxslag.com
