Paris. Des dessins de Jules Noël, le peintre des paysages maritimes bretons, à la galerie Prouté

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Jules Noël
Jules Noël : La tour Solidor à Saint Servan-sur-mer (en Ille-et-Vilaine) : sanguine, crayon noir, estompe et rehauts de craie blanche sur papier verdâtre : galerie Prouté

Né en Meurthe-et-Moselle et décédé en Algérie, le peintre paysagiste Jules Noël (1810-1881) entretenait de forts liens avec la Bretagne et ses villes portuaires. Il est encore possible de se procurer quelques-uns de ses dessins originaux à la galerie Paul Prouté dans le 6e arrondissement.

Fondée en 1876, la galerie Paul Prouté à Paris est l’une des plus anciennes galeries d’art françaises consacrée aux estampes et au dessins, à la fois anciens et contemporains.

Jules Noël, de son vrai nom Louis Assez Noël, vient au monde à Nancy en Meurthe-et-Moselle, le 4 janvier 1810. Son père Louis est lorrain, mais sa mère Marie-Françoise est bretonne, originaire de Plougasnou dans le Finistère. Il est le sixième d’une fratrie de huit enfants. Il passe une grande partie de son enfance d’abord à Quimper, puis à Lennon, dans le Finistère. C’est d’ailleurs dans cette ville que son père est conducteur de travaux des Ponts et Chaussées et participe à la construction du canal de Nantes à Brest ; c’est aussi son père qui initie son fils au dessin. Jules Noël prend ensuite des cours avec Louis-Gabriel Charioux, un professeur de Brest (29), avant de rejoindre Paris et l’enseignement du peintre Jean-Victor Bertin (1767-1842). 

Au décès de son père en 1835, Jules Noël revient en Bretagne pour enseigner le dessin, d’abord à Saint-Pol-de-Léon (29), puis à Lorient (56). Deux ans plus tard, il se marie avec Adèle Cécile Constance, fille d’un libraire lorientais, qui lui donnera deux filles. C’est avec son beau-frère Eugène qui est lieutenant de marine, que Jules Noël va trouver son inspiration maritime ! Il consacre alors cinq tableaux à la rade et au port de Brest. Il devient le spécialiste des peintures marines. Sur chaque toile, chaque détail raconte une histoire, celle des départs, des retours, des aventures maritimes et des scènes du quotidien…

Jules Noël
Le port de Brest en 1864 : huile sur toile

Ce tableau, ci-dessus, capture avec une remarquable précision l’effervescence du port de Brest au XIXe siècle. Les quais sont animés, fourmillent de marins, de dockers et de promeneurs ; les voiliers majestueux se balancent doucement au gré des flots, prêts à appareiller. Jules Noël traduit à la perfection l’énergie d’un port en pleine activité, tout en restituant l’authenticité de Brest à une époque où la mer était au centre de l’économie. Sa palette subtile joue habilement entre les bleus profonds de l’océan et les tons terreux des quais.

A Nantes (44), où la famille s’est installée, Jules Noël fait la rencontre du Duc de Nemours, qui lui fait une première commande. Il le recommande aussi pour enseigner le dessin au prestigieux lycée Henri IV de Paris ; Jules Noël s’installe donc à la capitale en 1845. En parallèle, il expose dans la majorité des salons parisiens et continuera à les fréquenter jusqu’en 1877.

Jules Noël

Pendant les vacances scolaires, Jules Noël, resté fidèle à la Bretagne, voyage : dans le Morbihan, à Auray et Hennebont, région de sa belle-famille ; dans les villes portuaires du Finistère ; et aussi en Normandie, pour peindre les paysages marins.

À partir de croquis pris sur le vif, Jules Noël recompose dans son atelier des tableaux très vivants, mêlant ainsi son amour du paysage à des scènes de genre, où s’accumulent de nombreux détails. Ce travail de recomposition en atelier l’amène souvent à transformer les lieux selon son humeur du moment. Sa renommée ne cesse de croître. En 1849, il reçoit un prix d’encouragement ; il est sollicité par le ministre de l’Intérieur pour une copie d’un tableau du Louvre. En 1870, il reçoit les palmes d’officier d’Académie.

Jules Noël

A partir de 1877, Jules Noël mène une vie débridée, tombe dans l’alcool en buvant trop d’absinthe et perd des fortunes au jeu ; il est donc interdit du cercle artistique. Alors suite à ses problèmes d’argent et surtout de santé, il décide, cette même année, de rejoindre sa fille aînée à Mustapha en Algérie. Handicapé par des pertes de mémoire et une vision diminuée, ses œuvres sont moins élaborées, mais restent d’allure spontanées et modernes. En 1879, il fait valoir ses droits à la retraite. D’abord refusée, la pension lui est accordée en 1880 après présentation de quatre certificats d’infirmité. Jules Noël s’éteint à Mustapha le 26 mars 1881, à l’âge de 71 ans.

Les œuvres de Jules Noël sont présentes dans de nombreux musées bretons tels que Quimper, Brest, et Vannes (56), mais également à Lille (59), au château de Versailles (78), également à Londres en Angleterre. Le poète Charles Baudelaire (1821-1867) disait en parlant de Jules Noël : Sa palette de couleurs est belle, claire, rayonnante et gaie !

Galerie Paul Prouté : 74, rue de Seine – 6e arrondissement de Paris – Contact : 01 43 26  89 80 

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Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.