Paris. Exposition temporaire au musée de l’Orangerie, consacré au peintre Alexandre Lenoir

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Alexandre Lenoir. Par la force des choses Musée de l'Orangerie  Paris
Alexandre Lenoir. Par la force des chosesMusée de l'Orangerie Paris

Au musée de l’Orangerie, dans le 1er arrondissement de Paris, Alexandre Lenoir confronte sa peinture aux Nymphéas de Claude Monet. Présentée jusqu’au lundi 24 août 2026, l’exposition Par la force des choses réunit quatre toiles inédites dans lesquelles paysages, souvenirs et figures fantomatiques émergent d’un lent processus de recouvrement et de révélation.

À l’occasion de son 16e contrepoint contemporain, le musée de l’Orangerie invite Alexandre Lenoir à engager un dialogue avec l’un de ses ensembles les plus emblématiques : les Nymphéas de Claude Monet. Il ne s’agit toutefois ni d’un hommage littéral ni d’une imitation de l’impressionnisme. Le peintre français, né en 1992, partage avec Monet une interrogation plus fondamentale : comment la peinture peut-elle restituer non seulement une apparence, mais une sensation, un mouvement et une matière vivante ?

Les quatre œuvres inédites réunies sous le titre Par la force des choses prolongent cette recherche. Alexandre Lenoir y travaille la présence de l’eau, de la végétation, de la lumière et des corps, mais aussi l’instabilité de leur perception. Les images semblent apparaître, s’effacer puis revenir à la surface de la toile, comme des souvenirs dont les contours demeureraient incertains.

Masquer, recouvrir, révéler

Alexandre Lenoir peint principalement des paysages, des intérieurs et des scènes traversées par des personnages souvent fantomatiques, absorbés dans leur environnement et presque indifférents au regard extérieur. Ses œuvres naissent généralement de photographies personnelles, choisies pour leur lien avec un souvenir ou un moment heureux. Pourtant, une fois transposées sur la toile, ces images familières acquièrent une tonalité plus trouble. Sous leur lumière éclatante affleure une mélancolie diffuse.

L’artiste ne cherche pas à reproduire fidèlement la photographie initiale. Celle-ci constitue plutôt un point de départ qu’il soumet à un protocole long et rigoureux. L’image est projetée sur la toile, puis fragmentée par une multitude de bandes adhésives qui délimitent les formes et préservent certaines zones. Alexandre Lenoir applique ensuite de nombreux lavis et couches de peinture, généralement du plus clair au plus foncé.

À mesure que les bandes sont déplacées ou retirées, les formes se découvrent. Certaines zones ont absorbé la couleur ; d’autres sont demeurées presque vierges. La composition résulte ainsi d’un équilibre entre anticipation, répétition, accident et surprise. Loin de produire une scène « sans artifice », cette méthode repose au contraire sur un dispositif particulièrement élaboré, dont l’objectif est de permettre à l’image d’échapper partiellement à la volonté du peintre.

Alexandre Lenoir peut également transmettre certaines consignes à des assistants qui ne sont pas nécessairement peintres. Cette délégation partielle contribue à déplacer la question de l’auteur et de la maîtrise : l’œuvre n’est plus seulement le résultat d’un geste souverain, mais celui d’un ensemble d’opérations au cours desquelles la matière semble acquérir son propre pouvoir de décision.

Peinture d’Alexandre Lenoir associant paysage, eau et figure humaine

Des Cévennes aux Nymphéas

Cette méthode s’est notamment affirmée avec une toile intitulée Les Cévennes. Pour représenter la surface de l’eau et ses reflets sans multiplier les coups de pinceau, Alexandre Lenoir commence à utiliser des bandes de ruban adhésif comme autant de réserves. Il fait glisser ses lavis latéralement sur la toile, selon un mouvement régulier qu’il compare au fonctionnement d’une imprimante.

Lorsque les bandes sont retirées, une image inattendue apparaît. Son architecture générale était préparée, mais la peinture a modifié les formes, brouillé les limites et produit ses propres effets. Ce processus de masquage, de recouvrement puis de dévoilement peut évoquer le développement photographique : ce qui était latent devient progressivement visible, sans que le résultat puisse être entièrement prévu.

La rencontre avec les Nymphéas approfondit cette réflexion. Alexandre Lenoir est frappé par la manière dont la matière déposée par Monet accroche ou dérobe la lumière selon les déplacements du visiteur et les variations de l’éclairage. L’eau semble alors bouger sans que la toile soit animée. La peinture ne se contente plus de représenter un étang : elle produit une expérience instable et presque physique de sa surface.

C’est moins le vocabulaire formel de Monet que cette capacité à « faire nature » qui intéresse Alexandre Lenoir. Chez les deux artistes, l’eau, les arbres, les reflets et la lumière composent un écosystème pictural autonome. La toile devient un milieu dans lequel les formes apparaissent, circulent et se transforment sous le regard.

Entre figuration et abstraction

Les peintures d’Alexandre Lenoir demeurent figuratives : on y reconnaît une rivière, une silhouette, une maison, une plage ou un sous-bois. Pourtant, ces motifs sont constamment menacés de dissolution. Les coulures, les réserves, les superpositions et les variations chromatiques les rapprochent de l’abstraction. Le spectateur oscille ainsi entre reconnaissance et indétermination, comme devant une image mentale dont certains détails se seraient perdus.

Cette hésitation constitue l’un des ressorts majeurs de son travail. L’image semble à la fois précise et inaccessible, présente et déjà éloignée. La photographie autobiographique dont elle procède s’efface derrière un espace plus collectif : un paysage rêvé, un mythe familier ou un souvenir que chacun pourrait croire sien.

Les grands formats fréquemment employés par l’artiste — certaines œuvres atteignent 2,60 mètres sur 4,10 mètres — renforcent cette immersion. Le tableau n’est plus seulement une image placée face au visiteur : il devient un environnement qui sollicite son corps, sa mémoire et sa propre manière de regarder.

Alexandre Lenoir dans son atelier devant l’une de ses peintures
Alexandre Lenoir

Alexandre Lenoir, éléments biographiques

Alexandre Lenoir est un peintre français né en 1992. Diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2016, où il a notamment étudié dans l’atelier de François Boisrond, il développe une œuvre située à la frontière de la figuration et de l’abstraction.

En 2018, il s’installe à Casablanca afin d’y poursuivre ses recherches picturales. De retour en France, il vit et travaille aujourd’hui à Paris. Ses paysages, ses architectures et ses figures sont issus de photographies personnelles, mais le lent travail de transformation auquel il les soumet les éloigne de leur origine documentaire.

Ses œuvres ont notamment été présentées à la Fondation Sisley, à la Caisse des dépôts, aux Beaux-Arts de Paris et dans plusieurs expositions en France et à l’étranger. Il est représenté par la galerie Almine Rech.

Informations pratiques

Alexandre Lenoir. Par la force des choses
Du mercredi 25 mars au lundi 24 août 2026
Musée de l’Orangerie
Jardin des Tuileries, place de la Concorde, côté Seine
75001 Paris

Horaires : musée fermé le mardi.
Ouverture généralement de 9 h à 18 h.
Nocturne jusqu’à 21 h le vendredi pendant les périodes d’exposition.
Des horaires exceptionnels pouvant être appliqués, il est recommandé de vérifier les conditions de visite avant le déplacement.

Tarifs : 12,50 € en ligne ; 11 € sur place.
Gratuit pour les moins de 18 ans et pour les visiteurs de 18 à 25 ans ressortissants ou résidents de longue durée de l’Union européenne, sur présentation d’un justificatif.
Réservation préalable d’un créneau conseillée.

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.