Paris. À la Bourse de Commerce, l’exposition Clair-obscur fait vaciller la nuit

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Clair Obscur

Depuis le mercredi 4 mars et jusqu’au lundi 24 août 2026, la Bourse de Commerce – Pinault Collection, dans le 1er arrondissement de Paris, invite le public à découvrir Clair-obscur, une exposition qui réunit les œuvres d’une vingtaine d’artistes modernes et contemporains. Fascinant parcours entre obscurité et lumière, elle revisite l’héritage de la Renaissance, du baroque et du chiaroscuro, en le faisant résonner avec les inquiétudes et les perceptions du temps présent.

Dans un monde saturé d’images, que révèle encore la lumière ? Que peut-on discerner dans les ténèbres du présent ? À travers plus d’une centaine d’œuvres issues de la Collection Pinault, l’exposition Clair-obscur explore l’héritage du chiaroscuro dans la création contemporaine et met en lumière la manière dont les artistes regardent notre époque. De Bill Viola à Pierre Huyghe, de James Lee Byars à Germaine Richier, cette traversée sensible entre ombre et clarté investit l’ensemble des espaces du musée.

Vue de l’exposition Clair-obscur à la Bourse de Commerce – Pinault Collection

Orchestrée par Emma Lavigne, directrice générale de la Collection Pinault, l’exposition Clair-obscur réunit pour la première fois, dans un même élan, des artistes de la collection, de l’art moderne à aujourd’hui, qui sondent les zones d’ombre du monde autant qu’ils en révèlent les éclats de lumière. La Bourse de Commerce se métamorphose alors en paysage crépusculaire et lumineux, entraînant le visiteur dans une réflexion sur le visible et l’invisible, sur la matière de la lumière, sur les ombres psychiques, spirituelles ou historiques qui traversent notre temps.

Héritière du chiaroscuro magnifié par Le Caravage, l’exposition fait du musée un espace immersif où ombre et lumière dialoguent sans cesse. Cette tension traverse les peintures de Victor Man comme les vidéos de Bill Viola, où les figures semblent émerger lentement de la pénombre, comme si la vision elle-même devait se frayer un chemin dans l’épaisseur du noir.

Clair-obscur emprunte son titre à cette technique picturale qui s’impose à partir du XVIe siècle, du maniérisme à l’âge baroque. L’exposition prend aussi appui sur une réflexion de Giorgio Agamben, pour qui le contemporain est celui qui sait regarder son temps non dans son seul éclat, mais dans son obscurité même. Ce fil philosophique donne à l’ensemble une profondeur particulière. Il ne s’agit pas seulement d’admirer des œuvres, mais d’éprouver une manière d’habiter le présent, d’en percevoir les fractures, les silences, les révélations fugitives.

L’œuvre du peintre italien Le Caravage (1571-1610) a radicalisé l’usage du clair-obscur en plongeant le monde terrestre dans une obscurité dense, traversée par des rayons de lumière qui accentuent la tension dramatique autant qu’ils rendent sensibles les enjeux spirituels. Plus tard, Francisco Goya (1746-1828) a, lui aussi, porté cette intensité à un point de trouble majeur, enveloppant ses visions de toute la part sombre de l’humanité. De cette généalogie puissante, la création contemporaine hérite une profondeur, une inquiétude et un mystère que l’exposition déploie avec force.

Les visiteurs peuvent notamment découvrir les œuvres de :

Sigmar Polke, artiste allemand qui mêle l’ivresse de la matière, la puissance conceptuelle et la vibration sensible ; James Lee Byars, dont la vie et l’œuvre semblent indissociables, jusqu’à faire de l’intime et de la disparition un geste artistique ; Germaine Richier, avec ses sculptures habitées par une étrange densité organique ; Victor Man, dont les toiles énigmatiques et mélancoliques rappellent parfois l’intensité dramatique du Caravage ; Philippe Parreno, qui revisite les Peintures noires de la Quinta del Sordo à la lueur de la bougie et rappelle combien ce cycle visionnaire a ouvert les voies de la sensibilité moderne ; Bill Viola, dont l’œuvre poétique, inspirée des maîtres anciens, donne naissance à des corps surgissant lentement de l’ombre ; Pierre Huyghe, qui instaure une forme de rituel hypnotique et plonge le visiteur dans une temporalité suspendue, notamment à travers une œuvre filmée dans le désert d’Atacama ; Fujiko Nakaya, avec ses œuvres de brouillard qui donnent une présence quasi tactile à l’insaisissable ; enfin Laura Lamiel, qui présente des installations spécifiquement imaginées pour cette exposition, où la couleur, la lumière et des objets sensibles composent un univers introspectif aux accents spirituels. Chez elle, l’ombre n’est jamais simple absence de clarté. Elle devient un lieu mental, une réserve d’émotions, de bruissements et de présences diffuses que la lumière vient à la fois révéler et troubler.

Œuvre et scénographie de l’exposition Clair-obscur

Peintures, installations, sculptures, vidéos, brouillards, halos, percées lumineuses et obscurités feutrées composent ainsi un itinéraire sensoriel singulier. Chaque salle devient une étape, chaque œuvre une variation sur ce qui se dévoile, résiste, affleure ou disparaît. Clair-obscur ne se contente pas d’illustrer une histoire de l’art. L’exposition fait éprouver un régime de perception, une manière de regarder autrement, au plus près des tensions qui traversent notre époque.

Infos pratiques

Exposition Clair-obscur, à découvrir jusqu’au 24 août 2026

Bourse de Commerce – Pinault Collection
2, rue de Viarmes, Paris 1er

Horaires
Lundi, mercredi, jeudi, samedi et dimanche de 11 h à 19 h
Vendredi nocturne de 11 h à 21 h
Fermeture le mardi

Tarifs
De 0 à 15 € – réservation ici
Réservation conseillée

Œuvre exposée dans Clair-obscur à la Bourse de Commerce

À noter
Pinault Collection lance également une carte Membership Corporate destinée aux entreprises. Elle permet un accès illimité, prioritaire et sans réservation aux expositions pour les collaborateurs et invités, à Paris comme à Venise. Non nominative, valable un an, elle autorise jusqu’à quatre personnes par visite, offre 10 % de réduction au Bookshop et facilite également la réservation au restaurant La Halle aux grains.

Ambiance de l’exposition Clair-obscur à Paris
Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.